Istanbul, nouvelle route des clandestins africains vers l’Europe août 3, 2006
Posted by Acturca in Immigration, Istanbul, Turquie, UE.Tags: Istanbul, Turquie, UE
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Le Monde (France), mercredi 12 juillet 2006, p. 4
Guillaume Perrier, Istanbul
Alassane, Innocent, Blaise (« chef du village »), Bakary et les autres sont entassés autour du téléviseur fatigué qui trône au milieu de la pièce, hypnotisés par un match de football espagnol. Un gros rat mort, jeté par la porte entrebâillée, atterrit à leurs pieds. Ils sursautent à peine. « Ce sont les enfants du quartier qui s’amusent. D’habitude, on reçoit des pierres », sourit Alassane en balayant le cadavre du rongeur. Ils sont dix jeunes Africains, venus de Côte d’Ivoire, du Cameroun, de Guinée ou du Sénégal, âgés de 20 à 35 ans, à habiter ce réduit sordide d’à peine 15 m2. Une cave sans fenêtre, humide, que le propriétaire, un marchand ambulant de moules, loue à prix d’or.
Dans les ruelles défoncées du quartier de Tarlabasi, un ghetto en plein coeur d’Istanbul, vivent pêle-mêle des familles de réfugiés kurdes, des travestis prostitués, des adolescents dealers d’héroïne et des clandestins africains, parias parmi les parias. Comme ces dix « aventuriers », ils sont 3 000 à 5 000 migrants, venus de toute l’Afrique, échoués à Istanbul dans l’attente d’un hypothétique passage vers l’espace Schengen. La Grèce est à deux heures à peine. « On m’a trompé, tempête Bakary. On m’avait dit qu’en arrivant ici, je n’avais qu’à prendre un métro pour être en France ou en Italie. »
Dans les pays subsahariens, les passeurs ont mis la Turquie au goût du jour. Le visa est moins cher et plus facile à obtenir que le sésame pour l’Europe. La plupart arrivent en avion. « Les anciens passages par le Maroc ou la Mauritanie ont été découverts et il y a trop de contrôles, note Alassane. Ici, c’est une route qui s’ouvre. »
L’histoire de cet Ivoirien de 29 ans, père de trois enfants, est celle de millions d’Africains. « Mon père s’est sacrifié pour ses 17 enfants et il m’a dit : «Tu es l’aîné, il faut te battre.» Pour moi, l’école s’est arrêtée au CM2. Après, j’ai été cireur et chauffeur de minibus à Abidjan. Je suis finalement parti le 6 novembre 2004, grâce à Dieu. »
Une fois à Istanbul, les clandestins doivent encore franchir une frontière. Beaucoup optent pour la traversée par la mer : la côte égéenne n’est qu’à quelques encablures d’une multitude d’îlots grecs (Chios, Samos, Lesbos) accessibles d’un coup de bateau à moteur. Dès le printemps, les convois s’organisent, mais les naufrages sont fréquents. D’autres choisissent de passer par la frontière terrestre. Pour atteindre la Grèce, il faut d’abord franchir le fleuve Evros et les champs de mines antipersonnel, semées après l’invasion turque du nord de Chypre, en 1974. « Avec la traversée, tu passes ou tu meurs. Tandis qu’avec la «marche», tu te fais souvent refouler par les policiers grecs », précise Blaise. Ce Burkinabé à la voix douce a tenté sept fois de passer de l’autre côté, sans succès. « Maintenant, je reste ici et je vais essayer de m’en sortir », dit-il.
Du rêve au cauchemar
Dans la cave de Tarlabasi, le « chef du village » et Marc se lèvent aux aurores chaque matin et enfilent un bleu de travail. Sur les chantiers de construction des hôtels ou des immeubles de standing, ils sont employés comme bêtes de somme pour 4 à 8 euros par jour. « On porte des sacs de ciment sur plusieurs étages. On appelle ça le çabuk-çabuk [vite-vite] parce que les Turcs nous hurlent dessus «çabuk ! çabuk !». » Certains sont tentés par l’argent « facile » : drogue, prostitution et réseaux de passeurs offrent des réussites moins avouables. « Chez nous, c’est la souffrance qui est une honte, souligne Innocent, le Camerounais : les Africains mentent à leurs familles, et ça entretient le rêve. »
Le rêve a tourné au cauchemar pour Innocent le jour où, pris dans une dispute de voisinage, il a été arrêté, contrôlé et envoyé au centre de rétention d’Aksaray, situé sous le siège de la police d’Istanbul. « On était 200, entassés dans une salle prévue pour 50, dans des conditions terribles. J’y ai passé un mois », susurre le jeune Camerounais en plissant le front. Certains y passent six ou dix mois. « Les raisons de l’enfermement ne sont jamais spécifiées. Il n’y a aucune base légale sur la question en Turquie », dit Isabelle Caillol, du Programme d’aide juridique aux réfugiés (RLAP), qui assiste les demandeurs d’asile.
Coincés à Istanbul, les clandestins ne songent qu’à s’en échapper pour gagner une Union européenne qui presse la Turquie de réagir. Bruxelles voudrait voir Ankara signer un accord de réadmission des clandestins, de plus en plus nombreux à emprunter cette route. Chinois, Afghans, Iraniens ou Africains, ils sont plusieurs dizaines de milliers à transiter par le sol turc. Selon la police, 56 000 migrants illégaux ont été arrêtés en 2003. L’Office des migrations internationales avance, lui, le chiffre de 300 000 entrées clandestines par an. « Mais c’est sans doute plus », estime Isabelle Caillol.
En Turquie, seuls les Européens peuvent prétendre à l’asile politique. La plupart des Africains n’en font même pas la demande. « L’asile ne considère pas la pauvreté, lance Innocent : pourtant, elle tue plus que la guerre. »

Mon message perso. Ne venez en €urope ! En grèce, vous avez 1 000 000 d’étrangers pour 11 000 000 de grecs. Les grecs souffrent de la crise et le bouc-émissaire est logiquement l’étranger.
Plus GLOBALEMENT, l’€urope n’est plus le paradis.
merci pour votre message je suis centrafricains et j* en tire bien des leçons car je m apretait a demander un visa pour la turqui croyant que c est mieux que le maroc ou je suis resident tout cela dans l optique de traverser pour la greece comme nous laisse croire les amis qui st en europe
je pense q ua travers ce temoignage sa me donne matiere a reflechire!..
est il possible de quitter istanbul par metro pour la grece?