Tensions et arrestations entre Iran et Occident avril 6, 2007
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Le Monde (France), jeudi 5 avril 2007, p. 4
Cécile Hennion
Depuis les premières sanctions votées en décembre 2006 par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’encontre de Téhéran à propos du nucléaire, la tension entre les Etats-Unis et l’Iran s’est considérablement accrue. Outre le déploiement de missiles Patriot, annoncé par le président américain George Bush pour protéger les pays arabes sunnites du Golfe face à la ” menace iranienne “, des arrestations de diplomates iraniens en Irak, et d’autres affaires mystérieuses, dont des disparitions, ont contribué à envenimer la situation.
En décembre 2006, quatre officiers iraniens ont été appréhendés à Bagdad et mis en garde à vue, avant d’être relâchés. Le 4 février, Jalal Sharafi, deuxième secrétaire de l’ambassade d’Iran à Bagdad, a été enlevé par des hommes armés portant des uniformes de l’armée irakienne, avant d’être libéré, mardi 3 avril. En février, à Istanbul, un ex-vice-ministre de la défense iranien, Ali Reza Asghari, a disparu, l’Iran accusant les Etats-Unis ou Israël de l’avoir enlevé, la presse américaine croyant savoir qu’il aurait fait défection et se serait mis à la disposition de services de renseignement occidentaux. Par ailleurs, le 23 mars, quinze marins britanniques ont été capturés par l’Iran dans le Golfe. Et, lundi 2 avril, Washington a indiqué qu’un ex-agent du FBI avait disparu en mars en Iran.
L’un des événements les plus marquants de cette série d’incidents - entre lesquels des liens formels ne peuvent être établis - est le raid américain sur un ” bureau de liaison ” iranien, le 11 janvier, à Erbil, la capitale régionale du Kurdistan irakien.
Dans ce quartier résidentiel, situé entre le Parlement kurde et la vieille citadelle, personne ne s’attendait à un réveil si brutal. ” Il y avait des hélicoptères au-dessus de nos têtes et des véhicules blindés. Des soldats américains couraient en criant “, confie un témoin. ” Je n’ai pas osé sortir, ils arrêtaient tout le monde. ” Son voisin a entendu des échanges de tirs et des explosions. Ce n’est que le lendemain qu’ils ont appris que le raid américain visait un ” bureau de liaison ” iranien et que cinq fonctionnaires y avaient été arrêtés. Ce ” bureau “, dépourvu de plaque officielle, ne se distinguait que par une guérite à l’entrée. Quelques heures plus tard, la télévision retransmettait les propos de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, mettant en garde Téhéran contre la tentation de déstabiliser l’Irak.
La méthode employée par l’armée américaine - dans une région d’Irak où celle-ci ne peut intervenir, selon un accord passé avec le président du Kurdistan, Massoud Barzani, sans le consentement de ce dernier - a été perçue en Iran comme particulièrement humiliante. Téhéran a aussitôt condamné ” une provocation américaine, contraire à toutes les lois internationales “, visant à ” créer des tensions chez les voisins de l’Irak “.
Le raid américain a coïncidé avec la visite d’un diplomate iranien d’envergure, Mohammed Jafari Sahroudi, adjoint du président du Conseil national de sécurité, Ali Larijani, général dans le corps des Pasdarans, ancien chef adjoint des services de renseignement des Gardiens de la révolution. Il est par ailleurs accusé d’avoir perpétré l’assassinat, en 1989, à Vienne, du dirigeant de l’opposition des Kurdes iraniens, Abdoul Rahman Ghassemlou, et fait depuis l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par l’Autriche. Selon le quotidien britannique The Independent du mercredi 3 avril, il était accompagné du général Minojahar Frouzanda, présenté comme le chef des services de renseignement des Gardiens de la révolution.
Selon plusieurs officiels kurdes, M. Jafari avait été reçu, la veille du raid américain, par le président irakien, Jalal Talabani, dans son fief kurde de Souleimaniyé, puis par Massoud Barzani à Salaheddine, avant de passer la nuit à quelques kilomètres du ” bureau de liaison ” iranien, dans un bâtiment réservé aux hôtes d’honneur. Il avait ensuite quitté le pays sans être inquiété. Etait-il la véritable cible ? ” Je ne sais pas, répond le premier ministre kurde, Nechirvan Barzani : toujours est-il qu’il n’a pas été attrapé. “
La situation est très embarrassante pour le gouvernement kurde, qui assure ne pas avoir été prévenu. ” Nous ne voulons pas prendre part au conflit entre les Etats-Unis et l’Iran, c’est une affaire qui les regarde, a déclaré au Monde le président Massoud Barzani. Mais, dans ce cas particulier, nous sommes directement concernés. Jafari était venu en tant qu’invité du président d’Irak. Sa visite était publique. Personne ne nous a dit qu’il était recherché ou qu’il n’avait pas le droit de se rendre en Irak. Nous souhaitons de bonnes relations avec nos voisins. Personne ne souhaite d’interférences étrangères dans les affaires irakiennes. La souveraineté de cette région est pour nous quelque chose de sacré. Nous sommes alliés aux Américains mais nous n’acceptons pas d’être insultés dans notre position. Ce raid n’était pas correct. “
Des officiels kurdes ont exprimés leur crainte que leur région ” devienne le champ de bataille entre les Etats-Unis et l’Iran “. Ils ont également rapporté que les Etats-Unis ont mené d’autres opérations, à Qaradagh, non loin de la frontière iranienne, à 20 km au sud de Souleimaniyé.
Ces arrestations en série sont intervenues dans un contexte intérieur tendu en Iran, frappé depuis deux ans par des attentats dans ses régions frontalières. Le 14 février, à Zahedan, dans la province du Sistan-Baloutchistan, en bordure du Pakistan et de l’Afghanistan, une attaque spectaculaire contre un bus des Gardiens de la révolution a fait 11 morts et 31 blessés. L’attaque a été revendiquée par Joundallah, un groupe sunnite proche d’Al-Qaida, mais les autorités iraniennes accusent la Grande-Bretagne et les Etats-Unis de soutenir les rebelles des minorités ethniques dans ses provinces frontalières, au Sistan-Baloutchistan, au Khouzistan, et au Kurdistan où les militaires iraniens ont essuyé plusieurs embuscades meurtrières, lancées, depuis les montagnes irakiennes, par l’organisation armée kurde Pejak.
Côté américain, le sous-secrétaire d’Etat adjoint chargé des affaires proche-orientales, Jim Jeffrey, a réaffirmé, mardi 3 avril, que ces prisonniers, selon lui ” des membres assez élevés dans la hiérarchie des Gardiens de la révolution “, étaient impliqués dans la fourniture d’explosifs utilisés pour attaquer l’armée américaine en Irak.
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