Une résolution très politicienne aux Etats-Unis octobre 15, 2007
Posted by acturca in Etats-Unis, Histoire, Turquie.trackback
SDA – Service de base français (Suisse)
13 octobre 2007 samedi, Washington
Saisissant l’occasion de lancer une croisade morale tout en défiant le président George W. Bush, les démocrates américains veulent faire reconnaître le génocide des Arméniens entre 1915 et 1917. La colère de la Turquie ne semble pas les toucher.
Marqué par des considérations de politique intérieure et de sérieuses implications internationales, le débat sur le génocide des Arméniens dans l’Empire ottoman devrait arriver à la chambre des Représentants.
La résolution qualifiant de génocide les massacres d’Arméniens, votée jeudi par une commission de la chambre des Représentants, n’entraînerait aucune obligation pour le gouvernement américain. Mais elle a provoqué la colère de la Turquie, qui a rappelé son ambassadeur de Washington et pourrait retirer un soutien logistique précieux pour les opérations en Irak.
Eviter d’encourager l’impunité
Pour les démocrates, refuser de qualifier le massacre des Arméniens de génocide revient à encourager l’impunité pour les crimes contre l’humanité actuels et futurs, comme dans la province soudanaise du Darfour. La croisade a pris le visage de Tom Lantos, président de la commission aux Affaires étrangères, survivant de l’Holocauste et figure de la moralité en politique.
Tom Lantos a appelé ses confrères à un vote de “conscience”. Cette semaine, la commission a transmis la résolution à la Chambre des représentants, provoquant une levée de boucliers classique dans un système où le législatif et l’exécutif, aux pouvoirs relativement équilibrés, sont souvent en conflit. Elle est susceptible d’être discutée en novembre.
Frustration
La détermination des démocrates semble aussi en partie due à la frustration accumulée pendant les années où les républicains, alors majoritaires, ont bloqué toute résolution sur les massacres d’Arméniens. En 2000 pourtant, c’est l’administration démocrate de Bill Clinton qui avait fait capoter une tentative en ce sens, pour ne pas perdre un allié important.
Cette fois-ci, le risque n’effraie plus les démocrates, embarqués dans un bras de fer tendu avec la Maison Blanche sur des sujets aussi divers que l’Irak, la couverture santé des enfants et les écoutes anti-terroristes.
La présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a affiché sa détermination, malgré les appels insistants du président Bush, de la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, et du ministre de la Défense, Robert Gates. Le texte “a été approuvé en commission et il sera mis au vote en session plénière”, a insisté Mme Pelosi jeudi.
Relégués des années dans l’opposition, les démocrates semblent désormais décidés à utiliser tous les pouvoirs nés de leur victoire au Congrès face aux républicains il y a bientôt un an.
Un rôle clé
Pour George Harris, un ancien responsable du département d’Etat spécialiste de la Turquie, ces considérations de politique intérieure jouent un rôle clé dans l’affaire, un an avant la prochaine élection présidentielle.
“Les démocrates ont gagné la majorité au Congrès et ils doivent montrer qu’ils peuvent faire quelque chose”, a-t-il expliqué, soulignant que Mme Pelosi, comme de nombreux partisans de la résolution, venait d’une circonscription où la communauté arménienne est très présente.
“La saison électorale a commencé”, a noté pour sa part Michael Rubin, un expert qui vient d’entrer dans l’équipe de campagne du républicain Rudy Giuliani, ajoutant: “Malheureusement, beaucoup au Congrès semblent plus préoccupés par la posture politique que par les conséquences”.
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