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Une mer Noire, noire, noire… novembre 28, 2007

Posted by acturca in Caucase, Europe du Sud-Est, Russie, Turquie, UE.
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Le Monde (France), mercredi, 28 novembre 2007, p. 2

Daniel Vernet

Un mauvais jour de novembre, la tempête a fendu en deux un bateau-citerne russe dans le détroit de Kertch reliant la mer d’Azov à la mer Noire. Le Volganeft-139 était fait pour la navigation fluviale, pas pour les coups de tabac de la haute mer. Deux mille tonnes de mazout se sont répandues et des centaines de soldats russes luttent contre la marée noire qui risque d’affecter tous les riverains, car la mer Noire appartient à plusieurs Etats, dans un flou juridique que personne n’a vraiment intérêt à éclaircir.

La défense de l’environnement devrait être en tout cas une préoccupation prioritaire d’une institution comme l’Organisation de coopération économique de la mer Noire (BSEC), qui regroupe une douzaine de pays liés par la géographie. Elle est à l’ordre du jour de ses réunions, mais les progrès sont lents.

Il faut dire que l’existence même de la BSEC semble être une gageure. Elle est née en 1992, à l’initiative de la Turquie, peu de temps donc après la dissolution du bloc communiste. Elle s’est petit à petit structurée tout en évitant de développer une bureaucratie démesurée. Elle est dotée d’un secrétariat général, installé à Istanbul, et les ministres des affaires étrangères des pays membres se retrouvent en principe deux fois par an. A l’automne, les chefs d’Etat et de gouvernement ont tenu une réunion au sommet sur le Bosphore. Elle est pourtant loin d’être un club dans lequel tout le monde joue selon les mêmes règles. On a beau avoir des ambitions modestes, il est difficile de faire coopérer des pays qui n’ont pas de relations diplomatiques - comme la Turquie et l’Arménie -, voire qui sont en état de guerre - comme l’Azerbaïdjan et l’Arménie -, ou qui tiennent leurs frontières soigneusement closes pour leurs voisins - comme la Russie et la Géorgie.

Certes, une amorce de coopération très pragmatique sur des dossiers concrets d’intérêt commun, tels les transports, l’énergie, la lutte contre les catastrophes naturelles, peut permettre l’instauration de contacts et créer l’habitude de travailler ensemble. Mais la BSEC est prise dans une contradiction : elle n’est pas en mesure de contribuer au règlement des ” conflits gelés ” qui minent la région (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie, Haut-Karabakh, etc.), mais elle est handicapée par la persistance de ces différends.

Elle est aussi symbolique des dilemmes rencontrés par l’Union européenne dans sa politique vis-à-vis de son environnement. D’abord l’UE a longtemps été indifférente au sort de la mer Noire, jusqu’à ce qu’elle découvre son rôle essentiel de carrefour dans l’approvisionnement énergétique de l’Europe.

Elle a du mal à intégrer ce genre de coopérations régionales auxquelles participent à la fois des Etats membres (en l’occurrence Bulgarie, Grèce, Roumanie), des candidats officiels (Turquie), des candidats potentiels et des pays qui ne sont ni l’un ni l’autre. Ces différents statuts rendent difficile la conclusion d’accords sur l’allégement du régime des visas ou la création d’une zone de libre-échange, pour ne citer que deux exemples.

Enfin, cette organisation régionale pose, nolens, volens, la question des rapports avec la Russie, membre de la BSEC. A tel point que, à la suggestion des Etats-Unis, la Roumanie a créé une instance concurrente, le Forum de la mer Noire, dans lequel Moscou ne dispose que d’un strapontin.

C’est une des raisons pour lesquelles un député allemand, Andreas Schockenhoff, un des porte-parole de la Démocratie chrétienne pour la politique étrangère, vient de proposer que Bruxelles intègre la mer Noire dans un projet plus audacieux que sa trop sage ” politique de voisinage “. Ici comme ailleurs, la demande d’Europe est forte : l’expérience européenne de réconciliation et de solution des conflits n’y serait pas superflue.

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