Au revoir, AtatürkTurquie janvier 2, 2008
Posted by Acturca in Turquie.Tags: Turquie
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Trends/Tendances, 27 décembre 2007, 45
John Peet *
C’en est fini de la Turquie moderniste. Peu à peu émerge un nouveau pays, plus conservateur et religieux. Une évolution qui pose quelques problèmes…
Trois problèmes majeurs
Que réserve l’avenir à la Turquie après l’année mouvementée qu’elle a connue en 2007, avec des élections présidentielle et parlementaires vivement disputées, des signes de coup d’Etat militaire, des menaces d’invasion de l’Irak et de nouvelles entraves à l’adhésion du pays à l’Union européenne ? De grandes questions continueront à se poser au cours des prochains mois quant à l’orientation future du pays, reflets du clivage de sa société et du ressentiment de son peuple vis-à-vis de l’Occident.
La vieille élite progressiste et cosmopolite, basée essentiellement à Istanbul et à Ankara, reste fermement attachée à l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk, qui a fait entrer l’Empire ottoman, ou ce qu’il en restait, dans le 20e siècle. Atatürk était plus attiré par la modernité et la laïcité, les deux piliers de sa nouvelle république, que par la démocratie. C’est ce qui explique le statut spécial accordé à l’armée, gardienne de l’atatürkisme, qui a perpétré quatre coups d’Etat en 40 ans pour chasser du pouvoir les islamistes et autres éléments indésirables.
Face à cette Turquie atatürkiste se dresse un nouveau pays, plus jeune et plus conservateur, qui a ses racines dans l’arrière-pays anatolien. Ces Turcs accordent davantage d’importance à la croissance et à l’élévation du niveau de vie qu’à la laïcité. Un grand nombre d’entre eux sont même de fervents musulmans. Ils forment la base du Parti pour la justice et le développement (AKP), qui est dirigé par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le président Abdullah Gül. Les classes dirigeantes traditionnelles, dont l’armée, considèrent avec la plus grande méfiance ces deux hommes aux antécédents islamistes et dont les épouses portent le foulard islamique.
Les tensions devraient pourtant s’apaiser. Abdullah Gül est aujourd’hui bien installé au palais de Çankaya. Et Recep Erdogan s’est assuré un second mandat après la victoire de son parti, qui a remporté plus de suffrages en 2007 qu’en 2002. La crise constitutionnelle qui a éclaté en avril dernier, quand l’armée a menacé d’intervenir, a eu une issue favorable à l’AKP et à la démocratie. Yasar Büyükanit, le chef d’état-major de l’armée a plus ou moins fait la paix avec MM. Gül et Erdogan.
Mais la Turquie devrait connaître trois problèmes majeurs l’année prochaine. Le premier concerne la laïcité. Le peuple va faire pression sur le gouvernement pour qu’il assouplisse ou lève son interdiction du port du foulard islamique dans les lieux publics et qu’il autorise les diplômés des écoles religieuses à fréquenter les universités d’Etat. Ces actions vont susciter des protestations chez les atatürkistes, mais, après la grande victoire remportée par l’APK en 2007, on peut s’attendre à ce que de nouvelles lois soient votées.
Des millions de Turcs vont se féliciter de cette orientation, mais le ralentissement de l’activité économique sera un facteur préoccupant pour beaucoup d’entre eux. Après une longue période de crises successives, l’économie turque a rebondi grâce à une conjoncture exceptionnellement favorable de l’économie mondiale. A présent que les perspectives économiques de la planète s’assombrissent, la Turquie, avec sa main-d’£uvre chère et peu qualifiée, sera particulièrement vulnérable.
Le troisième problème résidera dans les relations de la Turquie avec l’extérieur, en particulier avec l’Europe et les Etats-Unis. Cependant, bien que les pourparlers sur son adhésion à l’Union européenne avancent lentement, les Européens sont de plus en plus hostiles à l’idée que la Turquie entre dans leur club. Les Turcs devront donc faire preuve de beaucoup de patience s’ils veulent que leurs espoirs d’adhésion se concrétisent. Dans l’état actuel des choses, l’opinion publique turque a nettement pris parti contre l’UE. Et elle manifeste la même hostilité à l’encontre des Etats-Unis. La Turquie est l’un des rares alliés des Américains – et des Israéliens – dans la région, et elle est membre de l’Otan. Mais la perspective d’un Kurdistan entièrement autonome dans le nord de l’Irak, d’où les rebelles kurdes peuvent lancer des attaques contre le sud-est de la Turquie, exaspère les forces armées turques. Après les événements marquants de 2007, on peut s’attendre à ce que la Turquie continue à faire parler d’elle dans les mois à venir.
* John Peet, chef du service Europe de The Economist

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