Irak : Les Kurdes trahis par l’ami américain février 28, 2008
Posted by acturca in Etats-Unis, Moyen Orient, Turquie.Tags: Irak, Kurdes, PKK
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Courrier International (France), 28 février 2008, p. 28
Sam Dagher, The Christian Science Monitor (Boston)
Sans le soutien des Américains, la Turquie n’aurait jamais osé lancer une offensive dans le Nord irakien. Une opération qui viserait le Kurdistan et non le seul PKK, estime-t-on sur place.
Le 24 février, le général kurde Mohammed Mohsen a descendu le drapeau américain, l’a plié et l’a rangé dans son bureau. Son geste traduit la colère qui gronde dans le Nord kurde de l’Irak devant le soutien des Etats-Unis à la campagne menée par la Turquie contre les rebelles séparatistes opérant dans la région. L’offensive turque contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a atteint son paroxysme le 21 février, quand l’infanterie est entrée sur le territoire irakien, dans le cadre d’une campagne mobilisant près de 8 000 soldats. Selon les autorités locales, c’est la plus importante opération turque visant les rebelles depuis plus de dix ans.
L’incursion suscite l’indignation générale. Nombre de Kurdes irakiens considèrent avec sympathie l’objectif du PKK de créer un Kurdistan indépendant. Pour les autorités, le but réel d’Ankara est de déstabiliser le gouvernement semi-autonome, dont les dirigeants sont pourtant des alliés de longue date des Américains. “Les Etats-Unis sont en train de commettre une grosse erreur”, prévient le général Mohsen, qui dirigeait les combattants kurdes irakiens aux côtés des forces américaines durant l’invasion de l’Irak en 2003.
Le 24 février, alors qu’on entendait de temps en temps une explosion dans le lointain, des avions de guerre turcs bourdonnaient au-dessus du col d’une montagne désolée. Hormis les vautours tournoyant aux alentours de pics montagneux déchiquetés, les forces gouvernementales kurdes étaient les seuls combattants dans la zone. Un pont enjambant un cours d’eau tumultueux a été réduit en tas de férraille. L’artillerie et les avions turcs prennent pour cible une zone frontalière qui s’étend d’ouest en est, de Dahuk jusqu’à Erbil.
La colère gronde depuis l’automne dernier chez les Kurdes contre les Etats-Unis, à cause de l’assistance que ces derniers ont apportée à la Turquie, leur alliée de l’OTAN, pour le bombardement de cibles présumées du PKK. Elle a éclaté au grand jour à plusieurs reprises, mettant en péril l’un des partenariats les plus importants pour les Américains en Irak, à un moment où Washington souhaite ardemment traduire les progrès réalisés en matière de sécurité en une stabilité plus durable. Un autre enjeu tient au fait que les troupes américaines, avec l’aide des forces irakiennes, où les contingents kurdes sont majoritaires, continuent de combattre des militants d’Al-Qaida dans des régions proches du Kurdistan.
L’événement qui a déclenché la fureur des Kurdes en ce lieu s’est produit le 21 février, lorsque environ 350 soldats turcs et 13 chars sont sortis de leurs cantonnements à Bamerne, en Irak, à l’ouest d’Amadiyah, pour rejoindre leurs camarades venus de l’autre côté de la frontière, selon Mohsen. Environ 1 200 soldats turcs sont stationnés à Bamerne. Des combattants kurdes, soutenus par la population locale, se sont rués vers la région pour barrer la route aux forces turques.
Signe de la gravité de la situation, le chef du gouvernement régional du Kurdistan (GRK), Massoud Barzani, s’est précipité à Dahuk, la principale ville de la région. “Il m’a affirmé qu’il serait le premier à mourir au combat contre les Turcs”, se souvient Mohsen. Selon Nechirvan Barzani, Premier ministre de la région et neveu du président, les Turcs, forts du soutien et des renseignements qu’ils avaient reçus de l’armée américaine en décembre, ont lancé une attaque aérienne massive contre le PKK, qui, à en croire Ankara, a fait 175 morts dans les rangs des insurgés et touché plus de 200 cibles. L’affrontement entre l’armée turque et le PKK s’est intensifié depuis l’automne. “Ils savent que les Etats-Unis sont d’une grande indulgence vis-à-vis d’eux [les Turcs], alors ils en profitent”, estime Nechirvan Barzani. “Les Américains leur fournissent des renseignements et leur permettent de bombarder notre territoire, alors, les Turcs demandent plus.”
Barzani est convaincu que le PKK n’est qu’un prétexte pour ce qu’il considère comme une guerre des Turcs contre le GRK. “Nous allons résister. Si les Turcs franchissent la frontière pour venir à notre rencontre, nous nous battrons.”
Des milliers de peshmergas ont été déployés vers la zone frontalière par mesure de précaution, en cas d’avance turque. D’après Metehan Demir, reporter de Hürriyet, l’opération turque a été engagée en hiver pour prendre le PKK par surprise. “Tout le monde, PKK compris, s’attendait à ce qu’elle soit lancée au printemps…”
Courrier international
Contexte
“L’intervention militaire turque dans le nord de l’Irak constitue un précédent sur le plan politique. En effet la présence militaire américaine en Irak depuis 2003 rendait jusque-là toute incursion turque impossible. Toutefois, isoler l’Iran est devenu l’objectif principal de la politique américaine au Moyen-Orient. Cette réorientation a impliqué un rapprochement avec les régimes sunnites de la région. C’est dans ces conditions que Washington a autorisé cette incursion armée turque, qui ne doit pas affecter l’entité kurde du nord de l’Irak”, note Referans.
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