Gates craint de voir la Turquie se détourner de l’Europe juin 11, 2010
Posted by Acturca in Etats-Unis, Moyen Orient, Turquie, Turquie-UE.Tags: Henri Barkey, Recep Tayyip Erdogan, Robert Gates
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Le Figaro (France), 11 juin 2010, p. 10
Claire Gallen, Bruxelles
Pour le chef du Pentagone, les atermoiements de l’UE poussent Ankara vers Damas et Téhéran.
À mots de moins en moins couverts, les États-Unis s’inquiètent des réticences de l’UE à intégrer la Turquie. En tournée européenne, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a déploré hier que « certains en Europe » aient refusé de lui donner « le genre de lien organique avec l’Occident qu’elle recherche ». Pour Washington, l’atermoiement des Européens pousse Ankara vers Damas et Téhéran, une perspective jugée inquiétante.
Alliés en Afghanistan
Ankara a rejeté ces soupçons. « Ceux qui disent que la Turquie a rompu avec l’Occident sont les agents d’une propagande mal intentionnée » , a affirmé hier le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. En Italie, le chef de la diplomatie, Franco Frattini, a toutefois estimé que l’UE avait commis « des erreurs » sur ce dossier. En avril déjà, Barack Obama avait jugé que l’entrée de la Turquie dans l’UE « constituerait un signal important » pour ce pays musulman. Des propos fraîchement accueillis en France et en Allemagne, qui plaident pour un simple partenariat privilégié. Les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE ont débuté en 2004, mais elles piétinent, seuls 12 des 35 chapitres étant ouverts à ce jour. Pour Henri Barkey, de la fondation américaine Carnegie, « Gates fait une erreur d’analyse » , car la Turquie « essaie de devenir une grande puissance dans le monde, ce qui aurait eu lieu indépendamment de son adhésion à l’Europe ».
Ankara a renforcé ses liens ces dernières années avec ses voisins, notamment musulmans. Mercredi, la Turquie a voté non aux sanctions de l’ONU contre l’Iran. Hier, elle a signé un accord de libre-échange avec la Syrie, le Liban et la Jordanie. Après l’assaut de la flottille d’aide à Gaza, le gouvernement turc avait rappelé son ambassadeur en Israël. Toutes ces tensions préoccupent outre-Atlantique. Ankara est un allié de poids pour Washington à l’heure de la guerre en Afghanistan, même si le gouvernement d’Erdogan ne compte pas augmenter ses troupes sur place. Hier, le général américain Stanley McChrystal a affirmé que l’offensive des forces internationales dans la province de Kandahar, au sud de l’Afghanistan, irait « plus lentement que prévu ».
[...] « Je crois que nous, les Européens, avons commis l’erreur de pousser la Turquie vers l’est, au lieu de l’attirer vers nous », a déclaré le ministre italien, qui va ainsi dans le sens des déclarations du secrétaire américain à la Défense Robert Gates faites mercredi à Londres. [...]