De l’huile sur le feu janvier 25, 2012
Posted by Acturca in Economie, France, Turquie.trackback
Charente Libre (France) mercredi 25 janvier 2012, p. 2
Jacques Guyon, L’éditorial
Il ne fallait pas s’attendre à autre chose: Ankara a forcément très mal réagi à l’adoption lundi soir par le Parlement français du texte qui pénalise la négation du génocide des Arméniens par les Turcs. On peut s’inquiéter de l’outrance des propos du gouvernement turc. Hier le Premier ministre, l’islamiste pourtant réputé «modéré» Tayyip Erdogan, n’est-il pas allé jusqu’à dénoncer une «loi raciste et discriminatoire» ? Ce jugement est si inapproprié, si injuste et si excessif qu’il en est bien sûr totalement ridicule.
Paris aurait pu se passer de cet épisode d’extrême tension avec un pays allié, pays faisant partie de l’OTAN et qui occupe une position stratégique clé entre l’Europe et le Proche-orient. On ne redira pas à quel point cette loi était à la fois inutile, stupide et inapplicable.
Il reste que Paris aurait pu se passer de cet épisode d’extrême tension avec un pays allié, pays faisant partie de l’OTAN et qui occupe une position stratégique clé entre l’Europe (à laquelle il frappe inlassablement à la porte) et le Proche-orient. On ne redira pas à quel point cette loi était à la fois inutile, stupide et inapplicable. Va-t-on mettre demain en prison un touriste turc à qui viendrait la mauvaise idée de contester le génocide de 1915 en choisissant, pour sa part, de parler de massacre de masse ? N’était-il pas déjà assez que le Parlement se soit mêlé de jouer les historiens en votant une loi mémorielle en janvier 2001 reconnaissant ce même génocide ? Et que dire de cette initiative prise à la veille d’un scrutin majeur et qui apparaît – à commencer aux yeux d’Ankara… – comme une basse manoeuvre de politique politicienne visant à se rallier les voix de la forte majorité arménienne de France ? Parmi les réactions déchaînées de la presse turque (presse dont il n’est pas exagéré de noter qu’elle est en liberté surveillée depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir comme le montre la trentaine de journalistes actuellement incarcérés dans les geôles turques…) il faut sans doute retenir celle du rédacteur en chef du journal arméno-turc que nous livrait hier le site du «Nouvel Observateur». Robert Koptas, gendre de Hrant Dink, journaliste arménien assassiné en 2007 par des extrémistes à Istanbul, écrit dans son journal: «tout cela ne sert qu’à exacerber le nationalisme turc». Une opinion que partage un certain… Alain Juppé, numéro 2 du gouvernement, qui continue à considérer que cette loi est «inopportune» et qui hier se démenait comme un beau diable en plaidant l’apaisement avec la Turquie. Apaisement dont on aurait bien besoin aujourd’hui dans un monde où la montée de la religiosité, des extrémismes et des nationalismes n’en finit pas de miner, y compris les démocraties. Salman Rushdie, près d’un quart de siècle après la publication des «Versets sataniques» qui lui avaient valu une fatwa de l’ayatollah Khomeini, vient d’en faire la cruelle expérience. L’écrivain ne pourra participer au plus grand festival de littérature de son pays. En raison de menaces de mort de la forte minorité musulmane du pays. Minorité à laquelle New-Delhi aurait cédé… à la veille d’élections cruciales en Inde.
Commentaires»
No comments yet — be the first.