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Turquie : l’autre division des socialistes 15 décembre 2004

Posted by Acturca in France, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Le Figaro (France) no. 18774, mercredi 15 décembre 2004, p. 6

Nicolas Barotte

La question de l’adhésion d’Ankara à l’Union embarrasse le PS, qui a déjà mis au jour ses contradictions sur la Constitution européenne.

La question de l’entrée de la Turquie à l’Union européenne trouble la gauche. Le PS est partagé entre partisans de l’adhésion ou du partenariat privilégié. Le Parti communiste, les Verts, le MRC et l’extrême gauche sont plutôt favorables, mais certains émettent des conditions.

Divisé sur la Constitution européenne, le PS l’est aussi sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Mais, cette fois, le parti de François Hollande a choisi de ne pas trancher. « Nous prenons des précautions », concède le porte-parole du PS, Julien Dray. Le bureau national du PS a adopté le 12 octobre, à l’unanimité, une position a minima : pour l’ouverture de négociations sans préjuger de leur issue. Pourtant, en juin dernier, le PS affirmait encore être « favorable au principe de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ».

Aujourd’hui, le parti a donc choisi la prudence. « Toutes les options doivent être ouvertes », a déclaré François Hollande, le 9 décembre sur France 2. « L’adhésion si les garanties sont données, le partenariat privilégié, même si aujourd’hui personne ne sait exactement ce que c’est, ou le refus de l’adhésion. » Et, pour le premier secrétaire, tout nouvel élargissement de l’Union européenne doit être soumis à référendum.

Le clivage au sein du PS ne reprend pas les lignes du débat sur la Constitution. Laurent Fabius, ses amis et Manuel Valls, qui sont contre la Constitution, sont aussi opposés à l’adhésion de la Turquie. Mais ils sont rejoints sur cette position par certains tenants du oui comme la présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, le député européen Bernard Poignant ou le sénateur Robert Badinter. Pour eux, l’entrée de la Turquie changerait le projet européen. L’adhésion est synonyme de « fuite en avant territoriale qui mène vers l’Europe diluée et impotente », estime le député européen Henri Weber. Comme Laurent Fabius, il défend l’idée d’un partenariat privilégié. Hier, Ségolène Royal, souhaitant souligner les lacunes de la démocratie turque, s’est ostensiblement affichée avec l’ex-député kurde Leyla Zana, emprisonnée pendant dix ans pour avoir milité en faveur des droits des Kurdes en Turquie.

A l’inverse, partisans de la Constitution, Pierre Moscovici, Harlem Désir ou Elisabeth Guigou se sont clairement prononcés pour l’adhésion de la Turquie. Certains tenants du non aussi, notamment Vincent Peillon, du courant minoritaire du Nouveau Parti socialiste. Pour eux, l’Union européenne doit tenir ses promesses. « Les Turcs ont fait évoluer leur société dans cette perspective, l’adhésion à l’Union européenne a été le moteur de leur réforme. On ne peut pas jouer avec les engagements envers les peuples », explique le député européen Harlem Désir.

Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a demandé hier de la pédagogie au président de la République, qui doit s’exprimer ce soir sur TF 1. Il faut expliquer aux Français « pourquoi le problème de la Turquie se pose », a-t-il souhaité. « Il faut en parler sans jouer sur les peurs. »

Au PS, la gêne est perceptible. « La Turquie n’est pas n’importe quel pays », explique le député de l’Essonne, Julien Dray. Outre son poids démographique, son histoire, sa situation, le porte-parole du PS évoque le problème de la non-reconnaissance du génocide arménien, l’occupation du nord de Chypre par l’armée turque, le respect des droits de l’homme… « Ces questions existent, on ne peut pas les balayer », estime-t-il.

Les hésitations du PS s’expliquent aussi par les réticences de l’opinion et de l’électorat de gauche. Pour Julien Dray, « si on se prononçait en l’état, les peuples diraient non ». Si les sympathisants socialistes sont favorables à 61 % à l’ouverture de négociations, ils sont opposés à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne à 61 %, selon le sondage Ifop paru dans Le Figaro lundi.

Mais pour l’ancien commissaire européen socialiste Pascal Lamy, la question, pour ou contre l’adhésion, a déjà été tranchée. « On a déjà dit que la Turquie avait vocation à rejoindre l’Union », explique-t-il. Pour lui, le processus est entré dans une deuxième phase : les négociations. « Il s’agit du temps qu’il faut à un pays comme la Turquie pour prendre les engagements qu’un nouvel Etat membre doit respecter par rapport à l’acquis communautaire », explique-t-il. La troisième et dernière étape étant la ratification.

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