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« Akamas », le film qui fait scandale 5 septembre 2006

Posted by Acturca in Art-Culture, History / Histoire, South East Europe / Europe du Sud-Est.
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Courrier international (France), no. 826, jeudi 31 août 2006, p. 11

Hasan Kahfetzioglou, Politis (Nicosie)

Le dernier long-métrage de Panikos Chrysanthou est le premier film chypriote sélectionné, hors compétition officielle, à la Mostra de Venise [qui a lieu du 30 août au 9 septembre]. Mais ce choix du jury italien défraie la chronique. Car le scénario pique là où ça fait mal et fait revivre un passé douloureux. Akamas [nom d’une péninsule de Chypre] narre, sur fond de conflits sociaux et politiques dans la résistance à l’administration coloniale britannique, l’histoire d’amour entre un Chypriote turc, qui porte le nom grec d’Evagoras, et une Chypriote grecque. Nous sommes dans les années 1950, et les nationalistes grecs de l’EOKA opposent une résistance féroce aux Britanniques.

Chrysanthou expose nos faiblesses nationalistes, que nous connaissons mais ne pouvons assumer. Il met en scène, sans les juger, ceux qui ont joué un rôle décisif dans l’histoire de l’île et suggère au spectateur de ne pas oublier. La fraîcheur de certains dialogues nous empêche de rester collés à notre passé ingrat, et l’esthétique splendide du film nous rappelle que nous vivons sur la plus belle île du monde. Mais, si le réalisateur gagne le coeur du spectateur, les autorités chypriotes grondent. En s’attaquant à l’Histoire, Panikos Chrysanthou savait qu’il serait confronté à des critiques. C’est le ministère chypriote de l’Education et de la Culture, coproducteur du film, qui a déclenché la polémique à cause d’une scène particulière. Cette scène montre Evagoras en train d’assassiner un résistant chypriote de l’EOKA dans une église, le jour du vendredi saint. Au-delà des sensibilités religieuses, c’est le prénom du héros qui pose problème. Car en 1956, les Britanniques s’étaient emparés d’un Chypriote grec de 17 ans, Evagoras Pallikaridis, et l’avaient fait pendre l’année suivante malgré les appels des autorités locales à la reine d’Angleterre. Evagoras Pallikaridis est devenu le héros de la résistance chypriote, et donc du pays. Le problème vient de l’analogie que pourraient faire les spectateurs entre les deux Evagoras. Dans le film, il s’agit d’un jeune Chypriote turc qui tue un résistant le soir du vendredi saint, alors que l’Histoire honore un jeune héros chypriote grec.

De nombreux instituteurs se sont mobilisés – en vain – pour que le réalisateur change le prénom du héros. Doit-on empêcher un artiste d’exercer son art à seule fin de ménager les sensibilités ? Doit-on censurer le premier Chypriote sélectionné à la Mostra ? Qui, en dehors des Chypriotes, pourrait faire une telle analogie ? Faut-il revivre la révolution à travers la fiction ? Panikos Chrysanthou a su dépasser les conflits communautaires et devrait être remercié et encouragé plutôt qu’être traité de « proturc ». La Mostra l’a parfaitement compris.

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