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Maîtres de la manipulation 15 septembre 2006

Posted by Acturca in Art-Culture, France, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), no. 19320, jeudi 14 septembre 2006, p. 32

Valérie Sasportas

Marionnettes. La 14e édition du Festival mondial se tiendra à partir de demain et jusqu’au 24 septembre à Charleville-Mézières.

Pour la première fois, Jacques Félix ne viendra pas. Le fondateur du Festival mondial des théâtres de marionnettes s’est éteint ici même à Charleville, en janvier dernier. Il avait 83 ans.

Cette 14e édition portera néanmoins sa marque, lui qui avait choisi pour thème la Méditerranée, parce qu’« elle rassemble des pratiques très diverses et anciennes, comme le théâtre d’ombres turc de Karagoz, ou plus récentes », justifie Christophe Milhau, coordinateur général du festival.

Pas moins de 34 pays sont à l’affiche, 148 compagnies invitées, 70 dans le « off ». « Jacques Félix souhaitait une confrontation artistique dans un esprit d’amitié entre les peuples », souligne encore Christophe Milhau. De fait, jamais la formule du fondateur, « avec l’amitié et la volonté, les utopies les plus grandes deviennent réalité », n’aura autant résonné : le 17 septembre doivent se produire par exemple deux compagnies venues de pays qui se déchirent, Israël et le Liban.

La tendance est au minimalisme

Ironie du sort, c’est à son « complice d’un demi-siècle », Alain Recoing, que cette édition rend hommage. « L’hiver dernier, j’ai dit à Jacques, « C’est peut-être mon dernier festival, j’aimerais témoigner de mes soixante ans de carrière… ». » Le père des Petits Comédiens de chiffon pensa bien que pour lui aussi, ce serait peut-être l’ultime rendez-vous. Mais puisque la demande était formulée… Carte blanche au maître en manipulation à gaine et créateur du Théâtre aux Mains nues, et ce à l’hôtel de ville de Mézières. Or là, l’exposition de et sur Alain Recoing déroule le fil de tout un pan de l’histoire des marionnettes. « En soixante ans, le métier a énormément évolué, affirme l’intéressé. Au lendemain de la guerre, on était considéré comme des romanichels. Dans les années 1970, avec Fernand Léger, les grands plasticiens se sont emparés de notre art. Dès lors, ce n’était plus seulement la petite poupée mais aussi du théâtre de figure, d’objet. Aujourd’hui, de plus en plus d’auteurs l’introduisent sur scène, Peter Brook, Ariane Mnouchkine, Georges Lavaudant. »

On est loin aussi du théâtre pour enfants. À Charleville, si la marionnette attire encore « 30 % de jeune public », elle est de plus en plus perçue comme une construction de l’esprit. Pour Christophe Milhau, « on va au spectacle de marionnettes comme on va au théâtre ». Si bien que parfois les deux s’emmêlent.

« Puisque le manipulateur est souvent sur le plateau, autant s’en servir, témoigne ainsi Thomas Tessier, metteur en scène de l’Alcazar marionnettes. La marionnette, en tant que technique, permet d’aborder le fantastique. Du coup, certains disent que nous faisons du théâtre alors que c’est un duel entre l’acteur et la marionnette. »

La tendance actuelle est au « renouveau du théâtre à mains », « des mains sensuelles, sexuées, magiciennes, espiègles, combatives, qui mettent en scène les sentiments de façon si éloquentes qu’elles rivalisent avec les meilleurs acteurs », lit-on dans le programme.

Cette tendance minimaliste désole Alain Recoing, lui qui « a fui le démiurge pour l’interprète », « l’aspect instrumental » de cet « art de synthèse remarquable, passerelle entre la danse, la pantomime et la musique ». À Charleville, le festival réunit toutes ces formes. Mais également sculpture, peinture, design, écriture et nouvelles technologies. Quelque 150 000 spectateurs sont attendus. Plus de 300 bénévoles sont prêts à les accueillir comme ils hébergent les compagnies. La prochaine édition aura lieu dans trois ans. À moins que n’aboutisse le projet d’un festival biennal.

Rens. : 03 24 59 94 94. www.festival-marionnette.com

Commentaires»

1. GOETZ Charlotte - 19 septembre 2006

Un grand témoignage d’affection pour Alain Recoing de la part de l’équipe de recherche historique de POLE NORD de Bruxelles, qui se souvient avec toujours autant d’émotion des magnifiques moments passés ensemble et remercie Alain de lui avoir mieux permis d’appréhender l’art si subtil de la marionnette dans son essence comme dans sa portée universelle.

Charlotte Goëtz


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