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La « sale politique » du chef de l’UMP contre la Turquie 25 septembre 2006

Posted by Acturca in France, Religion, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Courrier international (France), no. 829, jeudi 21 septembre 2006, p. 14

Haluk Sahin, Radikal (Istanbul)

Pour le quotidien Radikal d’Istanbul, les déclarations de Nicolas Sarkozy contre l’adhésion turque relèvent du calcul politicien. Une manière bien commode pour le candidat à la présidentielle de jouer la carte antimusulmane.

Lors de son discours du 8 septembre devant le groupe de réflexion Les Amis de l’Europe, Nicolas Sarkozy a demandé que l’on délimite clairement les frontières de l’Europe. Selon le politicien français à l’ascension irrésistible, l’Union européenne doit intégrer le reste des pays balkaniques, ainsi que la Norvège et la Suisse, mais la Turquie doit en être exclue. Il estime même qu’à cause de la question chypriote les négociations en cours doivent cesser.

Ce faisant, Sarkozy a franchi un pas que personne n’avait osé franchir jusqu’à présent : il dessine une frontière précise pour l’Europe, que l’on pourrait qualifier de ligne de défense. En même temps, il annonce clairement la couleur de sa campagne électorale – de toute évidence, il veut jouer la carte antimusulmane en se servant de la Turquie. C’est une sale politique.

A la fin de la réunion, Bahadir Kaleagasi, le représentant de l’Association des industries et des entreprises de Turquie [TUSIAD, la puissante association des hommes d’affaires turcs], s’est approché du chef de l’UMP pour lui dire : « Si vous visitiez la Turquie, vous connaîtriez mieux les Turcs et vous comprendriez que ce pays, par ses racines et par son développement économique, a son avenir ancré dans l’UE. » Sarkozy lui a répondu qu’il gagnerait, certes, à avoir une meilleure connaissance du peuple turc, mais que les Turcs devraient, pour leur part, mieux expliquer et démontrer leur appartenance européenne. Kaleagasi lui a alors rappelé que c’étaient les pères fondateurs de l’UE, comme de Gaulle, Adenauer ou Schuman, qui avaient ouvert la voie de l’adhésion de la Turquie.

Ce court entretien a été peu diffusé dans la presse, mais il est essentiel dans la mesure où l’on y entend Sarkozy admettre qu’il ignore tout de la Turquie. Il est important, de plus, parce qu’il souligne le poids des pères fondateurs de l’UE aux côtés des Turcs et rappelle à Sarkozy qu’il doit mieux apprendre ses leçons.

Mais les propos échangés entre les deux hommes sont surtout lourds de sens pour la Turquie, car ils montrent ce que nous devons faire : abandonner notre attitude timide, notre susceptibilité et notre tendance à nous replier sur nous-mêmes pour nous ouvrir à l’extérieur avec plus d’intrépidité et de confiance. La Turquie doit dépasser son mutisme traditionnel pour s’expliquer, sans intermédiaire, au monde et à l’Europe, dont elle fait partie.

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