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Et pourtant nous étions frères 26 février 2007

Posted by Acturca in Books / Livres, History / Histoire, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey / Turquie.
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Le Temps (Suisse)

24 février 2007

Necati Cumali, Turc né en Macédoine, a écrit sa vie durant sur sa région natale. «Macédoine 1900» témoigne d’une fraternité oubliée entre les peuples balkaniques.

Necati Cumali. Macédoine 1900. Trad. de Faruk Bilici. Sindbad/Actes Sud, 283 p.

Necati Cumali parlait pour combler un double vide. Turc, il était né en Macédoine en 1921. Toute sa vie, il portera ce passé balkanique et ottoman, fouillant l’histoire croisée de ces peuples, écrivant des romans, des récits de voyages, des pièces de théâtre et des nouvelles, le genre où il excellait. Jusqu’à sa mort en 2001, il voulait témoigner de ce passé, doublement oublié voire nié. En Turquie et en Grèce. Dans Florina, la ville de sa petite enfance, devenue grecque, il ne reste pratiquement plus aucune trace de la présence ottomane et musulmane. Necati Cumali écrivait pour rappeler qu’il y a eu coexistence, amour, fraternité entre tous ces peuples malgré les différences transformées en haines au gré des enjeux politiques de l’époque.

Paraît aujourd’hui en français Macédoine 1900, onze nouvelles basées sur les souvenirs de son père. Car lui-même n’a pas eu le temps de se faire des souvenirs. En 1924, il a tout juste 3 ans, sa famille doit quitter Florina pour Izmir dans la nouvelle Turquie. Ce départ forcé résultait des termes du Traité de Lausanne qui prévoyait l’échange de population entre Turcs de Macédoine et Grecs d’Anatolie.

La Macédoine, Necati ne l’a donc d’abord connue qu’au travers des souvenirs de ses parents. Mais quels souvenirs… La force de ces récits a marqué l’enfant à jamais. Son père et sa mère lui narraient les histoires de leur enfance campagnarde à eux, dans cette Macédoine violente de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, au moment où l’Empire ottoman vacillait face aux revendications nationalistes et à l’appétit de ce qu’on appelait alors les grandes puissances. Devenu écrivain, il a toujours su qu’il les coucherait un jour sur le papier. Il prendra des notes pendant plus de vingt ans, attendra patiemment que son style s’affirme et que les échos entendus dans l’enfance se sédimentent.

Ce processus aboutit à une prose étonnante en ce qu’elle charrie plusieurs couches temporelles. Elle fait résonner la voix du père, Mustafa, qui parle à la première personne. Les récits gardent la verve de la transmission orale. On perçoit aussi, à travers les mots, la réception émerveillée de l’enfant qui écoute. Enfin, l’écrivain brasse ces temporalités et ces points de vue en une écriture limpide, coulante qui adopte le rythme imperturbable du conte. Les personnages surgissent, les couleurs sont nettes et franches. Ces histoires conservent aussi une double trame. La première, qui a marqué l’enfant, se rattache aux légendes de ces nobliaux de campagne, attachés au code d’honneur, ne craignant rien ni personne et surtout pas la mort. La seule force qui peut les distraire est celle de l’amour pour une belle croisée sur la route ou aperçue à une fenêtre.

Le deuxième niveau est politique et historique. Necati Cumali, érudit sur ces questions, tresse ces différents niveaux avec le souci de garder avant tout la force du témoignage, sans enjoliver.

La zone géographique couverte par ces récits s’étend sur à peine 300 kilomètres, de Monastir à Salonique avec Florina comme quartier général des souvenirs et des émotions. La Macédoine est en proie aux bandes armées, les fameux comitadjis grecs et bulgares qui terrorisent les paysans et leurs familles. Les journées sont rythmées par les massacres, les représailles de la police ottomane et les nouvelles vengeances.

Le père de l’écrivain raconte son enfance. Le choc ressenti quand il a découvert que son propre père militait pour les Jeunes-Turcs. Comment il a dormi à la belle étoile avec lui à quelques centaines de mètres à peine d’un camp de rebelles bulgares. Ce père, inébranlable dans son sentiment de vivre sur sa terre et dont le simple regard chassait toute peur. Mustafa grandit et mène une vie de fêtard insouciant dans les vallons de Macédoine avec ses amis grecs et bulgares. Les guerres balkaniques, la Première Guerre mondiale, la guerre entre Grecs et Turcs le rattraperont mais ses amis seront toujours là. «Rien ne peut forcer les gens à devenir des ennemis», lui disent-ils. Necati Cumali a pris la plume pour transmettre cette foi-là.

Commentaires»

1. Faruk Bilici - 27 février 2007

Merci pour cette info. et pour le beau commentaire.
Amitiés,


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