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L’unité européenne ébranlée 23 mars 2007

Posted by Acturca in EU / UE, Turkey-EU / Turquie-UE.
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l’Humanité (France),vendredi 23 mars 2007, p. 16

Anne Roy

Avec pour projet la compétition entre États, l’Europe compromet la réussite de ses élargissements passés et à venir.

À la fête de famille, les aspirants n’ont pas été invités. L’Europe, qui fête en grande pompe à Berlin le cinquantenaire de son traité fondateur s’est bien gardée d’inviter la Turquie, la Croatie et la Macédoine. Les trois pays, officiellement candidats à l’adhésion, ont peu apprécié le geste. « Il aurait été significatif, dans l’optique de manifester une fois de plus l’unité de la famille européenne, que l’Allemagne invite les pays candidats », a ainsi regretté le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gül dans un communiqué.

À mesure que le temps passe, les perspectives européennes des candidats se réduisent à vue d’oeil. Et faute de mieux, ceux-ci mesurent leurs chances aux débats et déclarations des pays membres. Celle de la chancelière allemande Angela Merkel, il y a une semaine, à propos de la Turquie a fait mouche : « Tout ce que je peux vous dire c’est que dans cinquante ans nos relations seront plus étroites. » Voilà qui augure de la suite des négociations qui ne devaient reprendre qu’hier et sur quelques points seulement après avoir été mises en en stand-by depuis décembre faute d’un accord sur la question chypriote.

« La question n’est pas de savoir quand la Turquie sera prête mais quand l’Union européenne le sera », déclarait récemment à Bruxelles un diplomate turc laissant entendre que les réticences exprimées par l’Europe dissimulent un malaise plus profond – de fait, la reconnaissance de Chypre n’avait pas été posée comme préalable à l’ouverture des négociations d’adhésion.

Ce malaise n’est pas cantonné à l’adhésion de la Turquie. L’entrée au sein de l’Union européenne, en mai 2004 puis en janvier 2007, de douze pays issus de l’ancien bloc soviétique a coïncidé avec une lassitude et une montée des réticences des populations à de nouveaux élargissements, qui hypothèquent l’intégration des pays prétendants à l’adhésion. Depuis 2003, et le Conseil de Thessalonique, des processus d’accords de stabilisation et d’association (ASA) ont été engagés avec six pays des Balkans de l’Ouest (Bosnie-Herzégovine, Croatie, ancienne République yougoslave de Macédoine, Monténégro et Serbie, y compris le Kosovo, et Albanie), premier pas vers de véritables négociations d’adhésion. Mais depuis la barre a été relevée.

Pour tous les élargissements à venir, Turquie, Croatie et Macédoine compris, de nouvelles clauses sont désormais posées, qui stipulent, outre le respect des critères d’adhésion établis à Copenhague en 1993, un référendum d’acceptation dans les pays de l. Un critère dit de faisabilité qui prend en compte la capacité d’absorption du candidat par les États membres a également été évoqué.

Une situation révélatrice d’une Europe en mal d’identité. De fait, les populations peinent à reconnaître dans l’Europe qui se construit sur un mode extrêmement concurrentiel l’espace de solidarité et de concertation vanté dans les discours officiels. Ni celui grâce auquel l’Espagne, le Portugal, ou la Grèce ont pu tirer un trait sur la dictature et rejoindre un niveau de vie comparable à celui des pays qu’ils avaient rejoints. Le discours est resté en partie focalisé autour de l’idée de solidarité. Mais les modalités d’adhésion ont changé – et les budgets qui y sont consacrés sont loin d’être les mêmes. Pour preuve, les derniers arrivés dans l’Union ont dû se plier à une politique de déconstruction radicale des fonctions sociales de leur État, jadis très importantes pour ces pays d’Europe de l’Est. Le dumping fiscal et social imposé par l’Union européenne n’arrange en rien l’affaire : pour financer sa construction l’Europe table avant tout sur l’arrivée d’investisseurs étrangers, qu’il s’agit donc d’attirer.

C’est ainsi qu’en matière de fiscalité l’Europe privilégie la compétition à la concertation. Et les budgets d’État s’en trouvent affectés d’autant. La politique d’équilibre du pacte de stabilité et les critères de Maastricht qui interdisent le financement par les banques centrales des déficits publics n’arrangent rien à l’affaire. Pour préparer l’adhésion de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce et de l’Irlande, des fonds dits « de cohésion » avaient été créés et des budgets spécialement alloués, avec l’idée qu’une unification marchande sans redistribution budgétaire provoquerait une aggravation des écarts entre riches et pauvres. Les derniers arrivés dans l’Union européenne n’ont pas bénéficié de la même générosité – ni a fortiori les futurs membres. Au contraire : les budgets ont été réduits, les critères d’attribution des aides modifiés, de façon à ce que les fonds reçus par un paysan polonais ne soient plus équivalents qu’à un quart de ce qu’un paysan français a pu toucher en son temps. À l’avenir, ces critères à nouveau modifiés, pour être harmonisés : l’aide ira en priorité, dans les pays les plus pauvres aux régions et aux projets les plus capables de dynamisme économiques. Autrement dit, en privilégiant les capitales et les entreprises agricoles déjà bien en place.

Conséquence directe de cette crise identitaire et du coup de frein à l’élargissement, les populations se montrent de plus en plus sceptiques. Sur leurs perspectives d’adhésion pour celles des pays candidats. Et, pour celles qui ont déjà rejoint la famille, sur l’Europe elle-même. Ce qui constitue un encouragement pour les discours populistes qui tournent le dos à une famille qui ne cesse de nourrir des désillusions.

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