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Un million de manifestants clament à Istanbul leur refus de l’islamisme 30 avril 2007

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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L’Orient-Le Jour (Lebanon)

Lundi 30 Avril 2007

Issu de la mouvance islamiste, Abdullah Gül, ministre turc des Affaires étrangères, n’entend pas retirer sa candidature à l’élection présidentielle, malgré les pressions de l’armée et une nouvelle manifestation monstre de partisans de la laïcité hier à Istanbul.

«Le processus (d’élection d’un président) a débuté et va se poursuivre (…). Il n’est pas question que ma candidature soit retirée », a-t-il dit à des journalistes à la télévision. Après un premier tour de scrutin vendredi au Parlement, qui n’a pas permis de désigner le nouveau chef de l’État à cause du boycottage des députés de l’opposition, un deuxième vote sera, en principe, organisé mercredi.

Dans la cité du Bosphore, plus de 750 000 personnes, selon un responsable de la police interrogé par Reuters, 1,2 million, selon les autorités municipales reprises par la chaîne de télévision CNN Turk, se sont rassemblées dimanche sur la place Caglayan pour dire leur crainte que l’élection du candidat de l’AKP, qui dispose de la majorité à l’Assemblée, ne marque le début de la fin pour la Turquie moderne voulue par Mustafa Kemal. Agitant des drapeaux turcs et des affiches portant des slogans antigouvernementaux, les manifestants ont de nouveau réclamé que l’AKP (Parti pour la justice et le développement) renonce à faire de Gül le chef de l’État. « La Turquie est laïque et le restera », a scandé le cortège qui a défilé dans les rues de la première ville du pays. « Tous unis contre la loi de la charia », ont répété les manifestants, en faisant référence à la loi coranique qu’ils refusent de voir imposer un jour en Turquie. « Nous sommes ici pour protéger la République. Nous ne faisons pas confiance à ce gouvernement, nous savons d’où il vient. Ils veulent mettre en place une République islamique », a déclaré Irfan Kadim, un cadre de 35 ans. « Nous sommes un pays musulman, mais nous ne voulons pas vivre comme en Iran », a expliqué Ipek Hamzaoglu, un étudiant de 18 ans.

Vendredi, les militaires turcs, qui ont mené quatre coups d’État en cinquante ans et se considèrent comme les garants des institutions laïques, ont également fait part de leur « inquiétude », dans un communiqué en forme de mise en garde. Le Premier ministre Tayyip Erdogan, qui a finalement renoncé à se présenter à la présidence, et son poulain Gül démentent, eux, vouloir faire de la Turquie un État islamiste. Ils rappellent qu’ils sont au pouvoir depuis près de cinq ans, période marquée par une forte croissance économique, et qu’ils ont engagé les discussions en vue de l’adhésion du pays à l’Union européenne, signe de leur volonté d’ouverture. Le gouvernement, appuyé par l’UE, a appelé les militaires à ne pas se mêler de politique. La manifestation d’Istanbul rappelle celle qui a rassemblé il y a deux semaines à Ankara plus de 400 000 personnes qui dénonçaient les velléités d’Erdogan de briguer la magistrature suprême.

Le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation laïque d’opposition, a saisi la Cour constitutionnelle pour obtenir l’invalidation du premier tour de scrutin vendredi dernier. Cette demande sera examinée lundi, mais on ignore si la décision sera rendue le même jour. Si la Cour donne raison au CHP, Erdogan devra convoquer des élections législatives anticipées dans un délai de 90 jours. Le chef de l’État sortant, le laïque Ahmet Necdet Sezer, conserverait ses fonctions à titre provisoire dans l’attente de l’élection de son successeur par la nouvelle Assemblée. Si, en revanche, la cour donne raison au gouvernement, Gül devra l’emporter au troisième tour, fixé au 9 mai, car alors il n’aura besoin que de la majorité simple, soit 276 voix, ce que l’AKP peut obtenir sans aucun problème.

L’armée turque, une institution vénérée qui entend conserver son influence

L’armée, garante des valeurs républicaines et laïques en Turquie, est l’institution la plus respectée du pays qui entend conserver une influence sur la vie politique.

À quatre reprises depuis 1960, les militaires turcs ont fait tomber le gouvernement, leur dernière intervention remontant à 1997. Les militaires avaient alors contraint à la démission le gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan, mentor politique du Premier ministre actuel, Recep Tayyip Erdogan. Dix ans après, le rôle de cette institution dans le jeu politique turc est difficile à comprendre à l’étranger, surtout dans l’Union européenne à laquelle la Turquie souhaite adhérer. Bruxelles observe d’ailleurs avec attention la crise ouverte entre le gouvernement et l’armée, et le commissaire européen à l’Élargissement Olli Rehn a jugé samedi « important que l’armée laisse les prérogatives de la démocratie au gouvernement élu ».

Le dernier avertissement de l’armée au gouvernement islamo-conservateur s’inscrit dans le cadre des responsabilités qui lui sont conférées par les lois turques qui la définissent comme gardienne du « caractère laïc, démocratique et social » de l’État. En Turquie, l’état-major ne dépend pas du ministre de la Défense mais du Premier ministre, et l’armée turque est la seule du monde occidental à avoir gardé des prérogatives politiques très importantes jusqu’en 2003, date à laquelle le Parlement a réduit le rôle politique des militaires pour aligner le pays aux normes européennes.

Toutefois, encore aujourd’hui, au sein du Conseil national de sécurité (MGK), la hiérarchie militaire participe à la définition des grandes orientations de la diplomatie et des règles du jeu politique, même si elle n’y joue plus le rôle prépondérant qu’elle avait jusqu’en 2003. La Constitution turque actuellement en vigueur a été dictée par l’armée en 1982, deux ans après un coup d’État, et approuvée très largement par plébiscite en 1983.
Les principes kémalistes, du nom du fondateur de la Turquie laïque, Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), constituent le fer de lance de l’idéologie enseignée dans les écoles militaires qui forment les officiers. Ils sont préparés comme des gardiens de la République dans le cadre d’un cursus qui ne comprend pas uniquement l’art de la guerre, mais aussi la danse et le code des bonnes manières.

Pour le citoyen turc ordinaire, l’armée, forte de 500 000 hommes, est synonyme de respectabilité, et servir sous les drapeaux, obligatoire pour tout homme à partir de 18 ans, est considéré comme un devoir « sacré ». Les sondages d’opinion consacrent régulièrement les militaires comme des champions de probité face à une classe politique méprisée et largement soupçonnée de corruption et de népotisme.

Un tribunal militaire a condamné l’an dernier l’ancien commandant en chef de la marine à deux ans et demi de prison pour enrichissement illégal, démontrant que l’armée tient à rester en tête des institutions « propres ». L’armée turque, intégrée dans le dispositif de l’OTAN où elle est la deuxième en effectifs après l’armée américaine, souhaite se moderniser mais, faute de fonds, sa professionnalisation n’est pas encore d’actualité. Disposant d’un encadrement de très haut niveau et confrontée depuis vingt ans à une rébellion séparatiste kurde dans le Sud-Est, elle est considérée comme l’une des mieux entraînées et aguerries du monde.

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