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Erdogan plus prompt à défendre le voile que les libertés 25 janvier 2008

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Courrier International (France), 24 janvier 2008, p. 30

Hasan Cemal, Milliyet (Istanbul)

« Pourquoi le Premier ministre tarde-t-il tant à supprimer l’article 301 du Code pénal ? » demande l’éditorialiste du quotidien Milliyet, un an après l’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink par un jeune militant ultranationaliste.

Quand je vois l’énergie et la détermination avec lesquelles le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s’exprime contre l’interdiction du port du voile [à l’université], je pense immédiatement à l’article 301 du Code pénal [qui considère comme un crime tout propos jugé insultant envers l’identité nationale turque]. Les deux questions sont importantes du point de vue de la démocratie comme de celui des libertés fondamentales. Or elles donnent lieu à des prises de position très différentes. La motivation du Premier ministre à propos du voile tranche singulièrement avec la distance qu’il affiche vis-à-vis de l’article 301. Ainsi, cela va bientôt faire deux ans que le gouvernement AKP cherche toutes sortes de prétextes pour ne pas supprimer cet article du Code pénal ou au moins en modifier substantiellement le contenu. Le Premier ministre traîne ainsi depuis trop longtemps sur cette question de l’article 301, dont on a vu qu’il encourageait la délation et une certaine culture de la violence, poussant au lynchage, ce qui touche donc directement à la liberté d’expression.

Que ressent donc Erdogan, si sensible à l’interdiction pesant sur le voile, vis-à-vis des problèmes et des souffrances provoqués par ce fameux article 301 ? Dans quelle mesure s’est-il vraiment penché sur la question ? Peut-être considère-t-il qu’il s’agit d’une question de principe relevant d’un aspect théorique de la démocratie, et donc sans réelle importance. Peut-être cela ne l’intéresse-t-il tout simplement pas. A moins que l’AKP ne soit entré dans un processus de normalisation traduisant son intégration au sein de l’appareil d’Etat.

En tout cas, à entendre les propos de certains responsables de l’AKP rapportés par la presse, selon lesquels « l’article 301 n’intéresse personne », on ne peut pas ne pas être troublé par l’attitude d’un homme politique comme le Premier ministre, qui a connu la prison [en 1998] pour avoir lu un poème [jugé islamiste] et qui fait preuve aujourd’hui d’une telle ambiguïté au sujet des droits et des libertés. Que de fois n’a-t-on pas entendu les responsables de l’AKP nous dire : « Attendez de voir comment cet article sera appliqué ! Personne jusqu’à maintenant ne purge des peines de prison en raison de cet article. » Mais Hrant Dink [le journaliste arménien d’Istanbul condamné au nom de cet article] a été assassiné [le 19 janvier 2007]. Comme l’a bien dit alors le journaliste Cengiz Candar à un ministre AKP : « Si personne ne dort en prison aujourd’hui à cause de l’article 301, il y en a tout de même un qui repose six pieds sous terre ! »

Le Premier ministre a connu la prison pour un poème

Une année est passée et nous sommes toujours dans l’obscurité. Le meurtre de Hrant Dink n’a pas encore été élucidé. Les paroles de Rakel, l’épouse de Hrant, continuent de résonner à nos oreilles : « Mes amis, quel que soit son âge, je sais qu’un assassin a d’abord été un petit enfant. Nous ne pourrons rien faire tant que nous ne nous interrogerons pas sur ce qui transforme un petit enfant en assassin. »

Depuis lors, nous sommes-nous interrogés ? Non. La façon dont l’enquête est menée est-elle de nature à nous rassurer ? Non. L’énorme classeur envoyé aux services du Premier ministre par les avocats de la famille Dink et où se trouve consignée en détail la longue liste des « négligences » caractéristiques de cette enquête bâclée contribue malheureusement à nouveau à alimenter le doute sur le fonctionnement de la justice en Turquie. Pis encore, cette perte de confiance pousse à se poser cette question terrible : notre justice est-elle vraiment du côté de la démocratie et du droit ? « Je ressens au fond de moi-même l’état d’inquiétude d’une colombe, mais je sais que dans ce pays on ne s’en prend pas aux colombes », a écrit un Hrant Dink qu’ils n’ont pas hésité à assassiner. Cher frère, je porte ton deuil et je partage ta souffrance qui vient des profondeurs de l’Histoire. Sache que tu me manques. Que dire de plus ?

Courrier international

Commémoration

Hommage à Hrant Dink

Nombreux étaient les Turcs qui se sont rassemblés à Istanbul, le 19 janvier, devant le siège de l’hebdomadaire arménien Agos, pour honorer la mémoire de son rédacteur en chef, Hrant Dink, assassiné un an plus tôt. Plusieurs éditorialistes de la presse turque ont aussi rendu hommage au journaliste arménien. « J’ai une mauvaise nouvelle pour ses assassins : l’esprit de Hrant va rester parmi nous. Que les racistes de tous poils comprennent bien que le sentiment de fraternité et le désir de vivre ensemble ne mourront jamais dans ce pays », a écrit Ismet Berkan dans Radikal. Dans Vatan, Okay Gönensin souligne que « c’est parce que la société turque n’a pas fait son travail de mémoire vis-à-vis de son histoire et qu’elle n’est donc pas en paix avec sa conscience que l’on assiste à la manifestation du fascisme le plus vulgaire. Qui sait si la mort de Hrant Dink ne pourra pas nous aider, ne fût-ce qu’un peu, à évoluer dans cette voie. »

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