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Les entreprises à l’épreuve des tensions franco-turques 21 février 2008

Posted by Acturca in Economy / Economie, France, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), 20 février 2008, p. 20

Marie Visot, Istanbul, Ankara

Pour Hervé Novelli, en accentuant leurs relations économiques la France et la Turquie surmonteront leurs « différences politiques ».

Dimanche dernier, dans l’avion qui le conduit à Istanbul, Hervé Novelli est soucieux. « La mission ne va pas être facile », s’inquiète le secrétaire d’État aux Entreprises et au Commerce extérieur, qui effectue un déplacement de trois jours en Turquie, en compagnie d’une quarantaine d’entreprises pour renforcer nos échanges commerciaux avec le pays. Les relations sont tendues, depuis que la France a pris parti sur le génocide arménien et s’est prononcée contre l’adhésion du pays à l’Union européenne. En témoignent les récents déboires de GDF dans le projet de gazoduc du consortium Nabucco.

Trois jours plus tard, et malgré la neige qui tombe sur le Bosphore, le ministre français a pourtant retrouvé le sourire… « Vu le contexte, on ne s’attendait pas à un accueil si chaleureux de la part des autorités turques », avoue-t-on dans son entourage, qui souligne la tournure politique prise par le voyage. À peine arrivée, la délégation française a été reçue par le maire d’Istanbul, Kadir Topbas. Pendant près de deux heures, ce dernier a discuté avec les entreprises et les a assurées de l’intérêt porté à la France. « Le rapport Attali, traduit en turc, remporte un grand succès ! », a même plaisanté le maire. Lundi soir, lors de l’inauguration de l’exposition sur l’art islamique au Musée Sabanci avec des pièces de la collection du Louvre – où se croisaient capitaines d’industrie d’Istanbul, mécènes et membres du gouvernement -, le président de la République turque Abdullah Gül, s’est montré, lui aussi, ouvert. « Je pense que nos relations, qu’elles soient culturelles ou économiques, vont encore se développer dans les prochaines années », a-t-il affirmé. À Ankara, le vice-premier ministre en charge de l’Économie, Nazim Ekren, a tenu le même discours et assuré de sa détermination « à renforcer notre coopération » . « C’est effectivement en accentuant nos relations économiques que nous surmonterons nos différences politiques », lui a répondu Hervé Novelli.

Investissements déséquilibrés

Certaines entreprises y croient : « Celles qui ont noué des relations de longue durée ont toutes les chances de rester dans le jeu des appels d’offres publics », fait-on valoir par exemple chez Areva. « Notre présence ici montre aux Turcs notre motivation » , renchérit-on chez Coyne et Bellier (bureau d’études d’infrastructures). D’autres sont plus sceptiques sur la capacité turque à dépasser les clivages politiques : en tant que Français, « nous subissons toutes les tracasseries possibles. On nous rappelle rarement, par exemple » , indique-t-on chez Serenus Conseil.

Le problème, selon un patron français, est que « les Français perdent des gros contrats à forte visibilité, ceux qui sont symboliques ». Pour renforcer nos échanges, le gouvernement compte donc sur les PME. Reste que ces entreprises, moins bien armées que les grandes, auront du mal à inverser la tendance à elles seules. En 2007, les échanges commerciaux ont dépassé les 10 milliards d’euros entre les deux pays, mais les exportations françaises ont stagné, alors que les Allemands accroissent leur présence. Les investissements sont également déséquilibrés. Le nombre d’entreprises françaises implantées en Turquie est passé de 15 en 1985 à plus de 260 aujourd’hui. Elles emploient plus de 65 000 salariés. Les investissements turcs en France, eux, ne dépassent pas 100 millions. Et ils devraient stagner : « Le pays est en phase de privatisation : les entreprises vont donc investir dans le marché domestique avant d’investir à l’international » , explique Philippe Favre, président de l’Agence française pour les investissements internationaux.

Les entreprises françaises en Turquie pâtissent des positions politiques de Paris

Le Monde (France), 20 février 2008, p. 14

Guillaume Perrier

Le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Hervé Novelli, a confirmé le 18 février, au cours d’une visite à Istanbul, que GDF ne participerait pas au projet de gazoduc Nabucco

Gaz de France ne participera pas au projet de gazoduc Nabucco. Le secrétaire d’Etat français au commerce extérieur, Hervé Novelli, a confirmé lundi 18 février, au cours d’une visite en Turquie, que la candidature du gazier français n’était plus d’actualité.  » La Turquie a pris une décision, a commenté le ministre. Cette exclusion est un choix politique. L’offre de GDF est donc retirée. Nous le regrettons. Techniquement et économiquement, elle avait pourtant toutes les chances d’être retenue.  »

GDF et la France souhaitaient rejoindre le consortium dont fait déjà partie la compagnie nationale turque Botas. Mais Ankara y a opposé son veto, pour sanctionner des positions politiques françaises jugées offensantes, sur la question du génocide arménien ou de l’adhésion à l’Union européenne. A l’image de l’échec sur le dossier Nabucco, les entreprises françaises sont, depuis plusieurs mois, les victimes collatérales des positions de la France envers la Turquie. Les grands contrats lui échappent.

GDF est aussi candidat au marché du gaz de ville de la capitale turque, dont l’appel d’offres doit être lancé en mars ; le groupe français risque d’essuyer la même déconvenue que pour le gazoduc, et de laisser le champ libre à Gazprom. Et, surtout, le groupe Areva, candidat déclaré au juteux marché des centrales nucléaires turques, pourrait être écarté au profit du groupe américain Westinghouse, soutenu par la Maison Blanche et porté par un lobbying efficace.

Mais la situation est suffisamment préoccupante pour que la présidente du Medef, Laurence Parisot, appelle les patrons turcs à ne pas s’isoler :  » Ne nous empêchons surtout pas de travailler ensemble.  » Un message également porté par M. Novelli au cours de sa visite.  » Il y a des divergences ponctuelles avec les Turcs, a-t-il reconnu, lundi. Mais c’est par le renforcement des relations économiques qu’on peut resserrer les liens politiques.  »

Le dynamique marché turc (4,7 % de croissance en 2007) aiguise l’appétit des grands groupes et place la Turquie parmi les puissances économiques en devenir, comme le souligne le rapport Attali sur la libération de la croissance. La Turquie est devenue un acteur économique difficile à snober.  » Areva est intéressé, confirme Gabriel Saltarelli, directeur régional du groupe français qui fait partie de la délégation patronale qui accompagne M. Novelli. On ne va pas laisser passer un pays avec un tel potentiel : 128 milliards de dollars d’investissements d’ici à 2020. Il y a du business pour tout le monde.  »

Et c’est d’ailleurs dans une usine du groupe Areva que le secrétaire d’Etat français a débuté sa tournée, lundi matin.  » Je viens soutenir Areva à un moment important « , a-t-il clamé à la sortie de l’usine, située à la périphérie d’Istanbul.

Pour la première fois en 2007, les exportations françaises vers la Turquie ont régressé. La Turquie est même  » un cas d’école  » des faiblesses structurelles du commerce extérieur français, qui a affiché en 2007 un déficit record de 39 milliards d’euros. Car derrière les grands groupes, les PME tricolores restent rares à s’aventurer sur les rives du Bosphore.  » Il y a un problème d’image en France, estime Esref Hamamcioglu, directeur de la branche turque de Sodexho, pour qui ce voyage de M. Novelli aurait pu être mieux préparé. On ne peut pas séparer le politique et l’économique quand les déclarations sur l’adhésion de la Turquie sont perçues comme des déclarations de guerre. En ce moment, à compétence égale entre deux entreprises, c’est toujours la française qui sera écartée. « 

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