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Le voile sème la discorde dans les universités turques 4 mars 2008

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), 4 mars 2008, p. 8

Laure Marchand

Depuis que le Parlement d’Ankara a autorisé le foulard islamique, la confusion règne dans les facultés. La résistance des laïques est forte.

« Le Foulard est le cheval de Troie des États-Unis », « Le turban ne divisera pas la République, » mettent en garde les pancartes. Hier, devant l’imposant portail de l’université d’Istanbul, une cinquantaine d’étudiants manifeste son opposition au port du voile islamique sur les campus. Ils répondent à l’appel de l’Union de la jeunesse turque, une association qui se réclame de l’héritage laïque d’Atatürk. « Cette loi peut amener le chaos dans le pays , estime Eser Rüzger, en troisième année de droit. En modifiant la notion de liberté pour le foulard, le gouvernement ouvre aussi la porte aux revendications des Kurdes, à la reconnaissance du génocide arménien, à la modification de l’article 301 du Code pénal… »

Deux heures plus tôt, une jeune fille voilée, accompagnée d’un avocat de Mazlum-der, une association islamique des droits de l’homme, tentait de pénétrer avec son couvre-chef dans l’université. « La modification de la Constitution renforce nos droits , déclare l’homme de loi devant un parterre de journalistes. Désormais, refuser l’accès à une étudiante voilée constitue un crime. »

C’est jour de rentrée du second semestre à l’université d’Istanbul. La grand-place, où l’on coupait les têtes au temps de l’Empire ottoman, vibre des tensions entre les partisans et les opposants au fichu islamique. Le 22 février, pendant les vacances scolaires, le président de la République, Abdullah Gül, a promulgué deux modifications constitutionnelles votées par le Parlement afin d’autoriser le voile dans les facultés.

Dans la foulée, le président du Conseil supérieur de l’enseignement (YÖK) a envoyé une circulaire aux 81 universités du pays pour réclamer la levée de l’interdiction. C’était sans compter sur l’entrée en résistance des recteurs. Quatre-vingt-dix d’entre eux réclament la démission du président du YÖK et refusent d’appliquer la loi.

La réforme du foulard sème la zizanie : une douzaine d’universités à peine l’appliquent. Essentiellement dans l’Est, mais quelques-unes ont également suivi à Istanbul, comme celle du Bosphore, la plus cotée de Turquie, ou celle de Bilgi, réputée pour ses prises de position libérales.

À l’université d’Istanbul, l’interdiction est de rigueur. « Nous ne voulons pas recouvrir l’avenir du pays avec un voile » , martèle Mesut Parlak, le recteur. Ici règne une laïcité rigoriste : après le coup d’État militaire contre le gouvernement islamiste en 1997, ce fut la première université turque à avoir exclu les filles voilées et les garçons qui portaient une barbe. Leyla Sahin a également étudié la médecine dans ses murs : cette militante a porté plainte à la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir été renvoyée à cause de son foulard en 1998.

« Une interdiction machiste »

Depuis, les jeunes filles se dévoilent dans une cabine, sous le contrôle des vigiles, avant d’entrer. Sauf hier, car l’administration y avait également interdit l’accès, les obligeant à retirer leur couvre-chef devant une vingtaine de caméras de télévision. « Cette interdiction est machiste, car elle ne discrimine que les filles  », râle Sevcan tout en s’interrogeant sur le choix qu’elle opérera si la nouvelle législation finit par être appliquée. En revanche, Zeynep s’inquiète du feu vert donné à ce « bout de tissu ». « Allons-nous devenir minoritaires, nous les non voilées ? Le gouvernement cherche à islamiser l’espace public » , déplore-t-elle.

Changement radical d’ambiance à Dolapdere, l’un des campus de l’université Bilgi. Une soirée sponsorisée par une célèbre boisson énergisante est en préparation. Foulard coloré, baskets à fleurs et sacoche violette en bandoulière, Nuran Cilenk savoure sa «  nouvelle liberté  » avec émotion. Vendredi dernier, cette étudiante en relations internationales effectuait sa première rentrée voilée. En 2005, cette université privée avait accueilli une conférence sur le génocide arménien, bravant l’un des tabous les plus enracinés en Turquie. Concernant celui du foulard, l’administration s’est toujours montrée bienveillante, fermant les yeux sur les astuces pour contourner l’interdiction : tissu noué derrière la nuque, chapeau… Dès que le président de la République a signé la loi, les étudiantes ont eu le feu vert pour porter leur voile comme elles l’entendaient.

Longue jupe en jean, chemisier sage et foulard strict, Kübra Taskiran a fréquenté un imam hatip, un lycée religieux, avant d’intégrer Bilgi. « Je l’ai choisie pour son ouverture d’esprit, explique-t-elle. Ici, voilées ou non, musulmans ou non, tout le monde se mélange. » Prudente, cette étudiante en psychologie sort un bonnet tricoté de son sac : « On ne sait jamais, je le garde à portée de main. »

La bataille politique se poursuit sur le terrain juridique. Le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation de l’opposition, a déposé un recours devant la Cour constitutionnelle afin de faire annuler les dernières modifications, estimant qu’elles violent les principes républicains. Et le vice-président du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir a sommé les procureurs de poursuivre les recteurs qui refoulent les étudiantes voilées.

Commentaires»

1. Mehmet - 19 mars 2008

Voir la Turquie, ex porte drapeau du Califat, se transformer en état laïque, vraiment, le monde tourne a l’envers. Les Occidentaux on fait fort…


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