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Une opération qui n’aura pas fait trop de vagues 6 mars 2008

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Courrier International (France), 6 mars 2008, p. 28

Mehmet Ali Birand, Posta Gazetesi (Istanbul)

L’incursion militaire menée la semaine dernière dans le nord de l’Irak est approuvée par l’opinion publique turque. Et ne soulève pas d’opposition chez les Américains, les Européens et les Arabes. Pas même chez les Irakiens.

Les opérations militaires menées [du 21 au 29 février] par l’armée turque dans les régions montagneuses du nord de l’Irak, qui visaient en particulier les camps et les abris du PKK, ont changé la perception qu’ont les Turcs de leur armée. Cette dernière renvoie désormais une nouvelle image. On n’entend plus de discours enflammés sur son héroïsme ni sur celui de l’autorité civile. On se contente ainsi des informations diffusées sur le site Internet de l’état-major de l’armée. L’opinion publique turque, qui n’est pas habituée à ce genre de situation, est aussi étonnée que satisfaite. Dans ce silence relatif, ceux qui éprouvent de la sympathie à l’égard du PKK ne se sentent pas humiliés ou victimes de provocations.

Le prestige de l’institution militaire auprès de l’opinion turque s’en trouve renforcé. La direction de l’état-major de l’armée, qui, pour diverses raisons, faisait l’objet de critiques, a ainsi regagné en crédibilité. Le gouvernement profite également de cette situation. Ceux qui savent qu’une opération militaire de cette envergure ne peut se faire sans son aval approuvent désormais l’attitude du Premier ministre, Tayyip Erdogan. En effet, ce dernier et l’AKP ne se sont pas mis en avant, laissant la première place aux militaires. On peut donc dire que cette opération a été menée avec beaucoup d’efficacité sur le plan tant militaire que politique. L’opinion s’est ainsi réjouie du bon fonctionnement de la collaboration entre le gouvernement et l’armée. Elle l’attendait depuis longtemps. Pourvu que cela dure !

Cette opération est aussi particulièrement importante du point de vue des relations entre la Turquie et les Etats-Unis. Encore récemment, Washington refusait que la Turquie intervienne dans le nord de l’Irak, ce qui n’avait pas peu contribué à exciter l’anti-américanisme ambiant. Les Etats-Unis étaient devenus la cible de critiques très dures. Ce cercle vicieux fut d’abord enrayé lors de la rencontre entre Erdogan et Bush à Washington, en novembre dernier. L’accord alors conclu stipulait que, si les Etats-Unis fermaient les yeux sur des raids aériens, cela suffirait à satisfaire la Turquie. Il s’est avéré par la suite que ce n’était pas assez. La Maison-Blanche a alors donné son accord à une opération terrestre limitée tant au niveau des objectifs que de la durée. L’opération militaire n’aurait pas eu lieu si d’autres conditions avaient été avancées. Washington a en effet privilégié ses relations avec la Turquie, à un point tel que cette attitude influera inévitablement sur les objectifs du PKK, mais aussi sur les plans à long terme de l’entité kurde du nord de l’Irak et en particulier sur ceux de Massoud Barzani [président de la zone autonome kurde d’Irak].

Les Etats-Unis ont ainsi montré qu’ils se trouvaient aux côtés de la Turquie en ce qui concerne la gestion de la question kurde au niveau régional. C’est tout bénéfice pour Ankara. Quant à l’Union européenne, qui s’est toujours opposée aux opérations extrafrontalières de l’armée turque, elle a cette fois fait preuve de compréhension, tant lors des raids aériens que lors de l’incursion terrestre. Là aussi, Ankara marque des points très importants. L’attitude des pays arabes, qui n’ont pas vraiment haussé la voix, est un autre motif de satisfaction pour la Turquie. Les Arabes sont pourtant particulièrement sensibles sur la question de la violation des frontières de l’Irak. Mais, cette fois, ils ont fait eux aussi preuve de compréhension. Notons également la relative modération des réactions du gouvernement irakien et de Barzani. Certes, ils n’applaudissent pas et n’apprécient évidemment pas cette violation de leur frontière. Pour autant, ils n’aiment pas non plus que le PKK se croie tout permis dans une zone que, de surcroît, ils ne contrôlent pas. C’est pourquoi ils tolèrent le comportement actuel de la Turquie. L’attitude compréhensive de Barzani influence également les citoyens d’origine kurde vivant dans le sud-est de la Turquie. La faible participation aux meetings de protestation contre cette opération à Diyarbakir [grande ville kurde du Sud-Est anatolien], malgré les nombreux appels, n’illustre-t-elle pas cette réalité ?

Courrier international

Conspiration

« La Turquie est utilisée par les États-Unis et le gouvernement central irakien pour affaiblir les Kurdes irakiens », assure le webzine Kurdish Media. « Car Washington souhaite un gouvernement central fort, et ne veut pas laisser aux Kurdes le contrôle complet de Kirkouk et des ressources pétrolières régionales. »

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