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Immersion dans l’islam européen 4 avril 2008

Posted by Acturca in EU / UE, Immigration, Religion.
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Le Temps (Suisse), 4 avril 2008

Yves Petignat, Berlin

Kiosque: dans un numéro hors série, le «Spiegel» pose les questions qui dérangent.

Plus de trois millions de musulmans en Allemagne et en France, plus de 300000 en Suisse: l’islam est devenu la deuxième religion en Europe. Mais ses valeurs sont-elles compatibles avec celles de la société occidentale? Comment vivre ensemble alors qu’en Allemagne, par exemple, 61% de la population pense qu’islam et christianisme ne peuvent pas cohabiter et que 83% rangent les musulmans dans les rangs des intégristes et des fanatiques?

Ce sont ces questions, mais d’autres tout aussi dérangeantes, que le magazine Der Spiegel a voulu approfondir dans un numéro hors série, «Allah im Abendland» (Allah en Occident). Un numéro de 130 pages, sans tabou, dans lequel on retrouve aussi bien une interview très dure de l’avocate d’origine turque Seyran Ates envers une islamisation rampante de la société européenne et la création de mondes parallèles au détriment des femmes, que les thèses de Tariq Ramadan pour un «euro-islam». L’Egypte a d’ailleurs ordonné la saisie de ce numéro spécial, le trouvant «insultant pour l’islam et son Prophète». L’architecture de ce hors-série illustre bien la bipolarisation et le déchirement auxquels sont confrontés les musulmans dans la société occidentale. Entre «identité et intégration», «religion et tradition», «tolérance et terreur», comme le soulignent les titres de chapitre de ce numéro.

Une plongée dans l’arrondissement berlinois de Neukölln, où un tiers des 300000 habitants sont des émigrants, en grande majorité musulmans, permet de réaliser à quel point le terme de «sociétés parallèles» est déjà devenu réalité dans certaines villes allemandes. Ici, dans le «petit-Istanbul», où l’on ne trouve pas moins de 20mosquées, pas besoin de savoir l’allemand pour vivre. Mais un habitant sur deux y est sans boulot. A Neukölln, les propos du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, en février à Cologne, prennent une tout autre signification: «Personne ne peut attendre de vous que vous vous assimiliez. Car l’assimilation est un crime contre l’humanité.» Les émigrés turcs redoutent l’assimilation, l’Allemagne souhaite l’intégration.

Mais parle-t-on de religion ou de l’immigration? Le spécialiste de l’islam Navid Kermani, d’origine iranienne, met le doigt sur la plaie. «Ce qui me dérange, c’est que tout le débat sur l’intégration est devenu aujourd’hui un débat sur l’islam. Comme si les immigrés n’étaient rien d’autre que musulmans. Sans que l’on se soucie de savoir d’où ils viennent, où ils ont grandi, comment ils ont été élevés, ce qu’ils ont appris.» Iraniens et Turcs, rappelle-t-il, sont peut-être de la même religion, mais les premiers viennent des classes moyennes urbaines, alors que les autres sont des villageois.

Combien de fois aussi Navid Kermani n’a-t-il pas entendu dire: «Nous n’avons rien contre les musulmans», avec un «nous» exclusif qui indique bien que les pratiquants de l’islam ne sont pas considérés comme une composante de la société allemande dans sa diversité. «Si nous voulons créer un «nous» pour l’Europe occidental, le christianisme comme ciment de l’identité ne suffit plus.» Parce que l’Etat allemand, contrairement à d’autres nations européennes, n’est pas totalement laïque, les relations avec les musulmans et la reconnaissance de leurs valeurs doivent être inscrites dans la Constitution, propose-t-il.

Comme en Suisse, la construction de mosquées avec ou sans minaret suscite aussi un grand débat en Allemagne. Derrière le droit de chacun à prier dans un lieu décent, il y a aussi un rapport de force entre les communautés, rappelle le Spiegel. Mais également la crainte de construire de véritables centres culturels et commerciaux réservés aux musulmans, comme le montrent différents projets à Berlin.

Un islam moderne, réformé est possible, prêche Tariq Ramadan que le Spiegel a suivi en Grande-Bretagne. Il propose «un renouvellement de la compréhension des textes, même si le texte lui-même ne change pas. Lisez-le d’une nouvelle manière.» Précurseur d’un véritable islam adapté à l’Europe, le professeur de Göttingen Bassam Tibi pense, lui, que Tariq Ramadan «ne cherche qu’à donner un visage européen à un islam orthodoxe, au lieu d’harmoniser la foi à l’identité civilisatrice de l’Europe». Bassam Tibi ne croit pas d’ailleurs qu’islam et monde occidental soient opposables. Il n’y a qu’à, selon lui, considérer les multiples formes de pratique de la foi musulmane en Afrique ou en Indonésie.

Longtemps épargnée par les actions directes du terrorisme islamique en raison de l’absence d’un passé colonial, l’Allemagne est désormais partie intégrante de la zone menacée, estime le patron du Bundesnachrichtendienst, le service de renseignement allemand. Celui-ci évalue à quelques centaines le nombre de personnes prêtes à passer à la violence et ses services en surveillent environ 700. Mais pendant que l’on surveille les endoctrinés du djihad, le spécialiste des conflits Joachim Müller constate que l’Allemagne n’a pas encore vraiment mesuré «la force explosive que représente l’absence de politique d’intégration».

Der Spiegel. Grand, très grand magazine d’enquêtes, lancé en 1947, basé à Hambourg, agressivement indépendant et à l’origine de plusieurs scandales politiques en Allemagne. Depuis sa création, il a choisi une ligne très claire de journalisme d’investigation et déclaré la guerre à toute forme de corruption et d’abus de pouvoir. Il est en général peu tendre avec la droite allemande. Connu pour avoir développé son propre jargon journalistique, il publie aussi quatre hors-série par an. Diffusion: 1,076 million d’exemplaires.

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