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Les femmes turques cherchent leur place en politique. 19 mai 2008

Posted by Acturca in Istanbul, Turkey / Turquie.
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La Croix (France)

19 mai 2008, Istanbul

Les femmes sont absentes des sphères du pouvoir en Turquie. À un an des élections municipales, une association prépare une vingtaine de Turques à entrer dans le combat politique. Istamboul, de notre correspondante.

Comment concilier engagement politique, vie professionnelle et familiale ? Comment trouver sa place dans l’arène ? Existe-t-il une solidarité entre femmes, quelles que soient leurs convictions ? Les questions fusent en cet après-midi de mai. Dans l’une des salles de conférence d’un grand hôtel stambouliote, une vingtaine de Turques interrogent deux femmes membres de partis politiques influents.

« Entrer en politique m’a beaucoup coûté, mais travailler à mon compte a été un avantage », confie Belma Sekmen Satir, l’une des fondatrices du parti au pouvoir, l’AKP. « Oui, la solidarité existe », assure de son côté Begum Yavuz, au brushing impeccable, membre du parti d’opposition CHP. « Malgré nos convictions divergentes, Belma et moi avons su nous entraider à certains moments décisifs. »

Les vingt participantes assises en face d’elles sont venues suivre une formation de cinq jours sur l’engagement en politique, orchestrée par Ka-Der (Association de formation et de soutien des femmes candidates). Quasiment toutes souhaitent se présenter aux élections municipales de mars 2009. « Se faire confiance, apprendre à dépasser nos peurs, voilà ce que je retiens de cette formation », note Beyhan Uney, 26 ans, membre du parti de gauche SHP. « Je suis capable de parler aussi fort qu’un homme. Je pourrais devenir premier ministre si je le voulais, ironise-t-elle. Je me sens prête à briguer le poste de présidente de la section des femmes de mon parti. »

Ces Turques ne reflètent pas la réalité de leur pays. Certes, les femmes y ont obtenu le droit de vote en 1934, dix ans avant la France, mais elles sont absentes des sphères de pouvoir. Le Parlement, réélu en 2007, compte deux fois plus de femmes qu’en 2002, mais cela ne représente que 9 % des sièges. Un chiffre en deçà de celui de la France (18,2 %) ou du voisin irakien (25,5 %). Toutefois, c’est au niveau local que la Turquie touche le fond, avec 18 femmes maires (0,6 %) et 527 conseillères municipales (1,4 %), une tendance inverse à celle observée au niveau mondial où les femmes sont davantage présentes dans les instances locales.

« Cela est dû à la corruption du système municipal turc, analyse Selen Yilmaz, coordinatrice de Ka-Der. La technicité des affaires municipales est un autre problème. Les Turques se croient incapables. Nous devons leur expliquer qu’elles seront entourées de spécialistes et devront uniquement trancher. Le troisième problème concerne la structure des partis politiques turcs, qui laissent trop peu de place aux femmes. » Selen Yilmaz en est pourtant convaincue : celles-ci, une fois élues, apportent une valeur ajoutée indubitable.

Les vingt femmes venues se former croient en leur chance de se faire une place. Durant une semaine, elles ont engrangé des connaissances théoriques sur le système politique et le cadre législatif. Elles ont appris des techniques de prises de parole ou des petits « trucs » qui permettent de conserver sa confiance en soi. « Ne vous demandez pas pourquoi vous avez fait une erreur. Demandez-vous comment faire pour ne pas la renouveler », leur assène l’une des intervenantes.

Cette expérience lancée en 1997 par Ka-Der a poussé certains partis politiques, comme l’AKP, à former leurs candidates. Mais la route est longue. Si ce parti compte trente femmes députées, seules 5 % d’entre elles se trouvaient en haut des listes pour les législatives. « Je ne suis guère optimiste pour les élections municipales, avoue Selen Yilmaz. Les principaux partis rechignent à laisser une place importante aux femmes. L’idéal serait un système de quotas. Sinon, d’après nos estimations, au rythme où nous allons, nous atteindrons la parité dans 350 ans ! »

Sebahat Kaya sort de cette session un certificat en main et compte bien être élue l’an prochain dans la municipalité de Sisli. « J’ai eu quatre frères et ne crains pas d’entrer dans ce monde d’hommes. Il faut gagner notre place par nous-même, pour nous-même. » Cette Stambouliote doit maintenant convaincre sa formation politique.

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