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Chypre reproche à Paris son attitude à l’égard de Turquie 10 juillet 2008

Posted by Acturca in EU / UE, France, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Europolitique

10 juillet 2008

Le processus de réunification de Chypre est intimement lié au dossier de la demande d’adhésion de la Turquie, qui est loin d’être linéaire. Nicosie tente de tirer parti de son appartenance au club en mettant de temps à autre quelques bâtons dans les roues d’Ankara. Mais Chypre s’oppose à un arrêt du processus d’adhésion, à condition toutefois que la Turquie ne fasse pas obstruction aux négociations de réunification.

Malgré le refus de la Turquie de mettre en uvre le protocole d’Ankara (l’ouverture des ports turcs au commerce avec Chypre), la classe politique chypriote grecque milite pour la poursuite des négociations d’adhésion. Critiquant la France, elle fait valoir que l’éligibilité turque pour une adhésion à part entière ne peut être remise en question au risque de voir Ankara freiner des réformes pro-européennes.

Pour le ministre chypriote des Affaires étrangères Markos Kyprianou, l’adhésion sert moins d’éperon quand Ankara n’est pas certaine de devenir au terme du processus membre de l’UE. « Nous avons une approche de la Turquie qui diffère de celle de la France », ajoute-t-il en soulignant que contrairement à Paris « nous ne bloquons pas de chapitre de manière absolue ».

« Il y a une différence entre les chapitres gelés par la France et par Chypre », précise Kyprianou : « dans notre cas, c’est à la Turquie qu’il incombe d’ouvrir ces chapitres ». Ce qui revient à dire que le blocage sera levé dès qu’Ankara remplira intégralement ses obligations.

Pour le Président Nicolas Sarkozy, la Turquie n’est pas éligible pour une adhésion intégrale à l’UE, la majeure partie de son territoire étant en Asie. L’Elysée suggère un partenariat renforcé, privilégié, pour encadrer les relations UE/Turquie.

Pour mettre son plan en pratique, la France a décidé de bloquer l’ouverture de cinq chapitres « en rapport direct avec l’adhésion de la Turquie ». C’est déjà le cas d’un de ces chapitres de par le veto français. Paris a indiqué l’année passée que la négociation du chapitre économique et monétaire ne devait commencer que lorsque l’UE aura revu sa position sur la Turquie et défini ses frontières futures. Si la France maintient sa politique d’obstruction, cinq nouveaux chapitres couvrant les dossiers financiers et institutionnels pourraient s’ajouter à la liste des domaines bloqués pour sanctionner Ankara pour ne pas avoir respecté toutes ses obligations à l’égard de Chypre.

La Turquie a entamé ses négociations d’adhésion avec l’UE en 2005. L’UE a décidé en décembre 2006 de geler temporairement huit des 35 chapitres à négocier avec la Turquie pour non-application du protocole d’Ankara (ouverture des ports au commerce avec Chypre). La Turquie refuse toujours d’établir des relations économiques et diplomatiques avec Chypre.

Un test pour la Turquie

La position d’Ankara avant et pendant les négociations de réunification sera, pour M.Kyprianou, un test de la bonne volonté d’Ankara. « S’ils n’adoptent pas une approche positive durant les négociations », Chypre pourrait revoir sa position, dit-il, expliquant que la patience des Chypriotes grecs a ses limites. Il conclut que Chypre ne multipliera pas éternellement les gestes de conciliation sans réponse de l’autre partie.

La demande d’adhésion de la Turquie sera examinée en 2009 et un piétinement du dossier chypriote pourrait être un élément négatif décisif. Pour éviter un tassement des négociations d’adhésion, le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdogan a donné son feu vert aux négociations de réunification. Cependant, l’avenir des négociations est remis en question par les militaires selon qui la Turquie veut une solution de deux Etats fondée sur le principe d’un pays entièrement nouveau. La communauté chypriote grecque plaide pour que la République de Chypre devienne une République unie de Chypre avec une forme de fédération de deux zones et communautés.

L’AKP, un frein aux négociations

La déclaration des militaires, fortement opposé à tout tentative de réunification, relève de la lutte pour le pouvoir en Turquie. L’élite laïque et les militaires tentent de faire interdire, par la Cour constitutionnelle, le Parti Justice et Développement (AKP) de M.Erdogan qu’ils accusent d’ébranler la laïcité de l’Etat. Selon les experts, l’interdiction potentielle de l’AKP gèlera les négociations, voire y mettra fin. « La situation interne en Turquie affecte et affectera les négociations », indique Markos Kyprianou : « Tout affaiblissement de gouvernement d’Ankara nuira à sa capacité de prendre des décisions délicates ».

Les Chypriotes grecs craignent que le Président Abdullah Gül (préservé par son immunité présidentielle) ne puisse seul gérer des négociations si les 70 membres de l’AKP, dont le premier ministre, étaient exclus de la politique et si le pays tombait sous la coupe de l’opposition conservatrice qu’appuient les militaires. George Iacovou, proche du président chypriote, ajoute qu’un président assiégé n’a pas les moyens de trouver une solution. Certains estiment que M.Erdogan gardera une certaine influence même après l’interdiction. « Il est plus que probable qu’il ne gagnera pas en justice, mais bénéficie de l’appui de 46 % des électeurs turcs », conclut Lellos Demetriades, juriste chypriote grec et maire de Nicosie de 1971 à 2001.

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