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Coup de foudre sur coup de foudre à Gümüslük 12 juillet 2008

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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24 Heures (Suisse), 12 juillet 2008

Blaise Hofmann

Ton nom a résonné dans l’ Otogar de Bodrum. Gümüslük! Bouée lancée dans une marée d’Aryens en tong. Gümüslük, la destination d’un vieux dolmus diesel.

A l’ouest de Bodrum, ce village (prononcez «gumuchluk») ressemble à ce que devait être jadis un village méditerranéen. Un port de pêche, un marché hebdomadaire, de l’eau et du vent. Petite touche personnelle, ledit village possède sur sa plage une gargote foudroyante. Prenez place sur l’une des deux tables du Sogan Sarmisak («oignon-ail», en turc). A peine le soleil s’est-il couché au pied des îles grecques de Kalymnos et de Lerros qu’un second soleil vous surprend: traditionnel yemeni noué tel une auréole autour de sa chevelure de braise, boucles d’oreille en forme de corbeille à fruits, tablier brodé d’edelweiss et sourire au zénith, Zeynep, la patronne du resto, vous conseille son fameux imam bayild («imam évanoui») suivi d’une dorade au four à la sauge sauvage. Vous dites oui à tout.

La serveuse s’appelle Inga, vient de Tbilissi et met du turc dans son russe. Entre deux services, elle chante son pays en s’accompagnant au piano. Vous la rejoignez à l’intérieur. Son piano Petrov croule sous des tonnes de livres de cuisine. Dans un coin de la pièce, la mère de Zeynep lit un journal avec une loupe. Un minimusée familial sur la mezzanine, un poster «olive make the heart grow stronger», des guirlandes d’ail et… une tarte à la raisinée flanquée d’un drapeau suisse!

Zeynep vit depuis vingt-cinq ans entre Vevey et Gümüslük. Six mois, six mois. «Il y a vingt-cinq ans, je voulais acheter une maison en Turquie. J’ai parcouru en voiture toute la côte, d’Izmir à Antaliya… C’était Gümüslük ou rien!» Elle dut patienter deux ans avant d’obtenir une première offre, une vieille bicoque en béton de 48 mètres carrés. Zeynep n’aime pas le béton. Elle engage donc l’un des trois derniers tailleurs de pierres de Bodrum et construit la maison de ses rêves dans l’un des derniers sites du littoral turc préservés du tourisme de destruction massive.

Pendant trois décennies, Gümüslük ne voyait passer que des intellectuels et des artistes d’Istanbul (qui se gardaient bien de divulguer l’adresse). Beaucoup de films y furent réalisés. En 1995, fin du scénario. Le village fut «découvert» par le grand nombre et toutes les collines environnantes sont depuis flanquées de centaines de résidences secondaires pour Turcs aisés et étrangers (3500 habitants l’hiver et 20 000 l’été). Pour l’instant toutefois, les sites archéologiques découverts en 2004 interdisent toute nouvelle construction dans le village.

«En 1986, il y avait trois restaurants, chaque habitant avait son bétail et quelques mandariniers, se souvient Zeynep. Aujourd’hui, le village dispose de cinquante restaurants, le dernier cultivateur cherche à vendre et seules deux familles élèvent encore des bovins. Les natifs de Gümüslük ont appris à acheter leur lait en brique à la Migros de Turgutreis… Ce sont eux qui veulent l’implantation de grands hôtels pour profiter des retombées!»

Chaque semaine, Blaise Hofmann, jeune écrivain vaudois, raconte ses pérégrinations autour de la Méditerranée. Retrouvez-le sur bhofmann. blog. 24heures. ch et conversez avec lui!

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