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Chypre: des manuels scolaires jugés trop « hellénistes » créent la controverse 9 octobre 2008

Posted by Acturca in History / Histoire, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey / Turquie.
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Agence France Presse, 9 octobre 2008

Cyril Julien

Une décision du gouvernement chypriote de revoir les manuels d’histoire pour mettre l’accent sur la coexistence pacifique entre communautés provoque une levée de boucliers dans les mondes politique et enseignant, qui craignent pour « l’héritage hellénique » de l’île.

Début septembre, le ministre de l’Education Andreas Demetriou a appelé dans une circulaire à développer une culture du respect entre les communautés grecque et turque. Selon lui, « l’éducation à Chypre doit cultiver ces choses qui nous unissent et qui nous caractérisent en tant que peuple ».

Il propose également des changements dans les programmes d’histoire, un sujet sensible dans une île à 80% grecque et dont plus du tiers nord est occupé depuis 1974 par l’armée turque.

Les réactions ont été immédiates: la circulaire est une « castration de notre héritage hellénique », s’étrangle le parti Disy (opposition de droite). « Cela veut-il dire que ce que nous avons appris était faux? », s’interroge l’achevêque Chrysostomos II, primat de l’influente Eglise orthodoxe.

La présidente du syndicat des enseignants de collège (Oelmek), Eleni Semelidou, est également sceptique. « Je suis pour la coexistence pacifique, mais il y a au nord des Chypriotes-turcs, 40.000 soldats d’occupation et 120.000 colons venus de Turquie. Avec qui devrons-nous coopérer? », se demande-t-elle, interrogée par l’AFP.

« Mon sentiment personnel (…) est qu’il n’y a rien de mieux que la vérité », se défend M. Demetriou, qui a créé un comité chargé d’étudier les possibilités de réviser les manuels.

Alors que le président chypriote-grec Demetris Christofias rencontre à nouveau vendredi le dirigeant de la République turque de Chypre nord (RTCN) Mehmet Ali Talat dans le cadre des pourparlers pour réunifier l’île divisée, certains observateurs relèvent que l’enseignement de l’histoire chypriote est partial des deux côtés.

Yiannis Papadakis, professeur au sein du département de science politique et sociale de l’université de Chypre, rappelle qu’un rapport officiel de 2004 qualifiait le système éducatif chypriote-grec d' »helléno-ethnocentriste et au caractère religieux ».

« Dans les livres, Chypre a toujours été grecque, et les autres communautés, turque, catholique, maronite, sont assimilées à des conquérants », explique-t-il à l’AFP.

Il cite aussi un livre de primaire où les affrontements confessionnels de 1963-64, qui ont entraîné l’intervention de l’ONU, résultent de provocations de « mutins turcs ».

L’universitaire souligne que l’enseignement de l’histoire est en contradiction avec la politique officielle de rapprochement avec la communauté turque, mais « il est très difficile pour les enseignants de donner une version plus équilibrée ».

En RTCN, souligne M. Papadakis, les manuels révisés en 2004 ont abandonné la référence à « la mère patrie » pour désigner la Turquie, et utilisent désormais les termes « chypriotes » ou « le peuple » pour qualifier les deux communautés.

Les violences contre la communauté turque dans les années 60 sont également le fait de « certains » Chypriotes-grecs, selon les manuels, qui recèlent toutefois encore des contre-vérités.

« Les changements effectués dans les livres d’histoire ont été une tâche difficile », admet Tahir Gökçebel, secrétaire général du syndicat des enseignants chypriotes-turcs du secondaire (KTOEOS).

Certains « préjugés » sont présents dans les manuels chypriotes-grecs, assure à l’AFP ce professeur d’histoire, qui soutient « toute initiative en vue de rénover ces manuels pour construire une culture de paix » au sein de la jeunesse.

Yiannis Papadakis se fait peu d’illusions sur l’avenir de la circulaire Demetriou, estimant qu’il « va y avoir beaucoup de résistances ». Pourtant, dit-il, une récente étude scientifique note que la population chypriote-grecque semble favorable au changement, signe que « la société est peut-être en avance sur la hiérarchie enseignante ».

Chypre: « le bon, c’est nous, la brute c’est le voisin », selon un chercheur

L’enseignement de l’histoire en République de Chypre suit toujours un scénario « nationaliste », regrette l’universitaire chypriote-grec Yiannis Papadakis, auteur du rapport sur « l’enseignement de l’histoire dans Chypre divisée » pour l’organisation non-gouvernementale Prio.

Q: Y a-t-il selon vous un problème concernant l’enseignement de l’histoire à Chypre?

R: « Il y a de sérieux problèmes des deux côtés de la frontière. D’abord, les élèves apprennent plus l’histoire de la Grèce ou de la Turquie que l’histoire chypriote. L’enseignement pratiqué suit ce que j’appelle le scénario du +bon, de la brute et du truand+. Le bon, c’est nous. La brute, c’est le voisin, l’ennemi. Et le truand, ce sont les puissances étrangères qui sont censées être de notre côté et qui nous ont trahis, en l’occurrence la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale ».

Q: Comment se traduit cet enseignement biaisé?

R: « Par exemple, les élèves chypriotes-grecs du primaire et du secondaire apprennent que Chypre a toujours été grecque. Toutes les autres communautés, historiquement parlant, n’appartiennent pas à l’île, ce sont des conquérants. Ils apprennent que les Chypriotes +ont été et sont chrétiens orthodoxes+. Les Chypriotes-turcs sont présentés comme des Turcs, qui sont les ennemis historiques de la Grèce. En République turque de Chypre nord (RTCN), en revanche, les livres d’histoire au même scénario « nationaliste », ont été révisés en 2004, à la suite de l’élection du dirigeant de gauche Mehmet Ali Talat. Ils représentent désormais les communautés chypriotes grecque et turque comme des jumeaux, et la carte de Chypre n’est plus barrée par la ligne verte ».

Q: La récente circulaire du ministre chypriote-grec de l’Education, mettant en avant le besoin de respect mutuel, a-t-elle des chances d’être suivie?

R: « Pour la première fois, cette circulaire correspond à la politique gouvernementale de rapprochement. Mais il est très difficile actuellement pour les enseignants de donner une version plus équilibrée, et certains ont eu des problèmes avec leur hiérarchie, leurs collègues ou les parents d’élèves. Il va peut-être y avoir des résistances. Au nord, beaucoup d’enseignants ne voulaient pas utiliser les nouveaux livres. Il y a eu des réactions hostiles, notamment au niveau de la géologie de l’île. Auparavant, les petits Chypriotes-turcs apprenaient que l’île s’était détachée de la Turquie. Depuis, on est revenu à la version correcte, que l’île est sortie de la mer. Mais, selon une récente étude scientifique pas encore publiée, la population chypriote-grecque semble favorable au changement. La société est peut-être en avance sur la hiérarchie enseignante ».

Propos recueillis par Cyril Julien

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