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Ces immigrés qui bousculent les lettres allemandes 24 octobre 2008

Posted by Acturca in Art-Culture, Books / Livres, Turkey / Turquie.
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Le Monde des Livres (France), 24 octobre 2008, p. 8

Lorraine Rossignol

Après la Catalogne en 2007 et avant la Chine en 2009, la Turquie était l’invitée d’honneur du soixantième Salon du livre qui s’est tenu à Francfort du 15 au 19 octobre. La culture turque était très présente cette année lors du premier rendez-vous mondial de l’édition, jugé parfois trop institutionnel. Car au-delà des écrivains turcs invités, bien d’autres, qui vivent en Allemagne et ont choisi d’écrire en allemand (le pays compte 3,4 millions de musulmans dont une majorité de Turcs), occupent désormais une place de choix dans le paysage littéraire : Feridun Zaimoglu, Emine Sevgi Ozdamar ou Hatice Akyün, notamment, ont enrichi ces dernières années la littérature germanophone de leur imaginaire et de leurs trouvailles stylistiques.

 » Qu’y a-t-il d’étonnant à cela ?, rétorque Jochen Jung, le directeur de la maison d’édition autrichienne Jung & Jung. En France, vous connaissez ce phénomène depuis longtemps. Mais en Allemagne, c’est nouveau, et ce n’est qu’un début…  » Le livre-clé qu’il présente cette année à Francfort n’est d’ailleurs pas celui d’un Turc mais d’un exilé irakien, Sherko Fatah, qui est né à Berlin et a grandi en ex-RDA. Dans Das Dunkle Schiff, dont une traduction française est annoncée aux éditions Métailié, l’auteur décrit la métamorphose d’un jeune Kurde apathique en  » combattant de Dieu « .  » Jamais un Allemand n’aurait pu décrire ce cheminement, insiste Jochen Jung. Sans compter le monde linguistique d’où viennent ces auteurs immigrés, avec leur lot d’images et de métaphores.  »

Enrichie de ces nouveaux regards, la littérature allemande a-t-elle plus de chances de s’exporter ?  » Sans aucun doute, ces apports peuvent contribuer à casser la réputation persistante de notre littérature à l’étranger : trop lourde, trop cérébrale, pas assez sentimentale « , estime Kerstin Schuster, des éditions S. Fischer. Parmi les titres mis en avant par sa maison, Anderungschneiderei los Milagros, de l’Argentine Maria Cecilia Barbetta, installée depuis quinze ans à Berlin, fait à cet égard sensation. Ce livre, d’inspiration borgésienne, présente selon Kerstin Schuster  » un mélange fascinant entre le réalisme magique de la littérature sud-américaine et la langue allemande « .

Cité-Ghetto

On pourrait multiplier les exemples d’auteurs immigrés qui choisissent aujourd’hui d’écrire en allemand : la jeune Russe Alina Bronsky, qui, dans son premier roman, Scherbenpark (éd. Kiepenheuer & Witsch), plonge le lecteur dans le quotidien d’une cité-ghetto russe de Berlin ; ou le Serbo-Bosniaque Sasa Stanisic, dont le premier roman, Le Soldat et le Gramophone (Stock), semble connaître le même succès en France qu’en Allemagne (Luchterhand Literaturverlag).

Aucun n’a pourtant reçu, à ce jour, le prestigieux Deutscher Buchpreis, le prix du livre allemand, qui, décerné depuis quatre ans maintenant à la veille de l’ouverture du Salon de Francfort, est devenu en un temps record un critère absolu de reconnaissance et de vente.

Remporté l’an dernier par Julia Franck pour Die Mittagsfrau (S. Fischer Verlag), qui, vendu à 400 000 exemplaires en Allemagne, a depuis été traduit en 31 langues (parution prévue chez Flammarion en 2009), ce prix a été décerné cette année à Uwe Tellkamp pour son roman Der Turm, paru en septembre chez Suhrkamp, une plongée dans la Dresde des dernières années du régime communiste d’ex-Allemagne de l’Est. Déjà diffusé à 80 000 exemplaires, Der Turm en a gagné 60 000 autres dans la seule journée qui a suivi l’annonce de sa distinction… Sans compter les négociations avec de grands éditeurs étrangers, qui ont commencé le soir même de la remise du prix.

Pour Thomas Sparr, codirecteur des éditions Suhrkamp, Der Turm a de grandes chances de connaître le même succès sur la scène internationale :  » Il s’agit d’un roman typiquement allemand, ancré dans l’histoire de ce pays.  » Selon lui, le genre historique est le meilleur créneau des lettres allemandes à l’exportation.

Le nouveau courant d’auteurs immigrés de langue allemande, qui justement n’a rien de  » typiquement allemand  » et aurait plutôt tendance à s’inscrire dans le monde contemporain, parviendra-t-il un jour à infirmer cette assertion ?

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