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Cem Özdemir « Yes we Cem ! » 26 novembre 2008

Posted by Acturca in Immigration, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France), 26 novembre 2008, p. 18

Lorraine Rossignol

D’origine turque, l’eurodéputé allemand est devenu le coprésident des Verts, qui l’ont applaudi en plagiant le slogan de Barack Obama. C’est la première fois qu’un enfant d’immigrés prend la direction d’un grand parti politique.

Ah, le joli nom ! Café Übersee (« Café outre-mer »). A lui seul, il évoque les eaux bleues du Bosphore. C’est ici, au coeur du quartier berlinois « multikulti  » (multiculturel) de Kreuzberg, où il vit, que Cem Özdemir donne rendez-vous aux journalistes qui le harcèlent ces derniers jours. Mais c’est d’abord là qu’il vient, le dimanche matin, boire un café avec sa femme, Pia Castro – Argentine, et elle-même journaliste à la Deutsche Welle -, une fois que celle-ci a fini son footing le long du canal.
A défaut de donner sur la mer, le Café Übersee borde le Landwehrkanal, réputé pour son ambiance festive aux soirs d’été et pour son marché turc, situé juste en face sur l’autre quai. Depuis qu’il a été élu coprésident du parti Vert, samedi 15 novembre, lors du congrès d’Erfurt, Cem Özdemir ne peut toutefois plus y mettre les pieds : « Sinon, j’y passe la moitié de la journée… »

Tout le monde l’interpelle, chacun veut lui parler. Voilà ce que c’est que d’être, à 43 ans, le premier Allemand issu de l’immigration devenu chef d’un parti politique : il faut renoncer, momentanément, à des choses aussi sacrées qu’aller acheter à pied ses fruits et ses légumes, ses journaux et son pain frais.

Pourtant, c’est bien pour cette proximité que Cem Özdemir, sa femme et leur petite fille ont choisi de s’installer à Kreuzberg. Pour pouvoir, par exemple, emprunter en toute réciprocité du sel à leur voisin de palier. « Et même du café ou du lait ! », insiste un voisin, qui raconte aussi les nombreux dîners organisés dans cet immeuble où vivent des gens de toutes nationalités. « La femme de Cem fait les meilleures pâtes du monde… », confie-t-il.

Mais ce qu’on doit surtout ici à Cem, ce sont les dimanches après-midi passés entre hommes à jouer au foot, dans la cour, avec des gamins du quartier. « Métamorphosés », souligne le voisin, depuis que des adultes s’occupent d’eux. Sans compter la maison intergénérationnelle, à trois pas de là, où juniors et seniors se rencontrent grâce à l’engagement de Cem et Pia, qui parrainent le lieu.

Collectivité, responsabilité, solidarité : c’est ainsi que Cem Özdemir conçoit la vie. C’est aussi sa façon de voir la politique et surtout de la pratiquer. Pour lui, le parti Vert a toujours été le plus à même d’incarner ces valeurs. Il le découvre et s’y inscrit à l’âge de 15 ans, alors qu’il grandit à Bad Urach, une petite ville du Bade-Wurtemberg (dans le sud-ouest de l’Allemagne), où ses parents, des Turcs immigrés venus travailler à l’usine, se sont rencontrés, dans les années 1960. Ils y vivent encore, comme 2,4 millions de leurs compatriotes installés en Allemagne.

Quand les parents apprennent que leur fils unique milite avec les écologistes, c’est la stupeur, mêlée de peur : les Verts ? C’est quoi ? « Pour eux, nous avions un parfum de subversion, avec nos gros pulls, nos barbes et nos cheveux longs », raconte Cem Özdemir. De leur côté, les écologistes trouvent exotique ce jeune Turc (il n’est pas encore naturalisé) issu d’un milieu populaire, alors qu’eux viennent tous ou presque de familles aisées et sont tous diplômés. Peu importe, les Grünen donnent à Özdemir le sentiment de former « un parti radicalement différent, avec un vrai projet de société ». Ce sera le sien.

Dès lors, il y investit toute son ardeur, lui qui souffre des horizons fermés du collège puis du lycée technique où il fut placé d’office. « Parce qu’il n’était pas concevable qu’un fils d’immigré puisse prétendre passer le bac », dénonce son ami d’enfance, Stefan Schwenkel, avec lequel Cem Özdemir a tout partagé, des jeux de balle aux longues heures à écouter The Who. De sa période rock, le nouveau chef des Verts a gardé ses rouflaquettes en souvenir et le faux air d’Elvis qu’elles lui confèrent.

Il est vrai aussi que l’élève Özdemir ne brillait pas par ses notes en allemand… Il n’en garde pas moins amertume et colère contre ce système scolaire – d’ailleurs très critiqué – qui, dès la sortie du primaire, enferme les élèves dans des parcours tracés : les bons et les mauvais. Séparé à l’âge de 11 ans de ses amis qui, eux, suivent la filière classique, le jeune Cem regrette surtout de n’avoir jamais étudié les classiques allemands. Cela demeure comme si on lui avait volé quelque chose. Il découvrira seul et plus tard les Goethe et Hermann Hesse. En attendant, il multiplie les articles engagés dans le journal du lycée : « Je faisais tout pour amener le monde parmi nous. » Les Verts ont rarement eu militant aussi impliqué.

Quelque vingt-sept années plus tard, le voici à leur tête. « C’est un très bon signal pour notre parti », estime Reinhard Bütikofer, dont Cem Özdemir, qui le considère comme un père, est le successeur. « Il est un modèle à suivre pour toute la classe politique allemande. »

De là à ce qu’on fasse de lui un Obama allemand, il n’y a bien sûr qu’un pas, franchi par les militants, au congrès d’Erfurt. « Yes, we Cem ! », ont-ils crié en ovationnant leur nouveau président. L’intéressé rappelle, en souriant, qu’il n’a pas été élu chancelier et reconnaît à la société américaine une qualité : « C’est le seul endroit au monde où on se fiche éperdument de l’endroit d’où vous venez. »

Il le sait pour y avoir vécu un temps, en 2003, quand, à la suite d’un scandale orchestré par la presse populaire, il abandonne brutalement la scène politique allemande où il avait pourtant débuté brillamment en 1994, après avoir suivi une formation d’éducateur spécialisé, Cem Özdemir avait déjà été le premier député d’origine immigrée à siéger au Bundestag, à l’âge de 28 ans. Accusé d’avoir voulu cumuler, auprès de la Lufthansa, miles privés et miles publics, le jeune élu vilipendé pour cette maladresse et blessé avait préféré démissionner.

C’est Daniel Cohn-Bendit qui est venu le chercher, dans son exil à Washington, où Cem Özdemir avait commencé à travailler pour un think tank, pour le rejoindre au Parlement européen. Les Verts ne voulaient pas perdre celui qui est le protégé de Joschka Fischer, figure historique des Grünen et ancien ministre des affaires étrangères. « Si Dany appelle, on ne peut pas dire non… », explique-t-il.

En 2004, Cem Özdemir arrive donc à Bruxelles, où « il se fait aussitôt une excellente réputation, pour son travail, son engagement, notamment sur les questions d’immigration », témoigne la Française Laurence Chaperon, spécialisée dans la politique allemande et photographe attitrée d’Angela Merkel. Elle rappelle que les Allemands ont été capables d’élire une femme à la direction de leur pays, en 2005. Alors, demande Cem Özdemir, « pourquoi pas une chancelière d’origine immigrée, un jour ? »

Parcours

1965
Naissance à Bad Urach, dans le Bade-Wurtemberg (Allemagne).
1981
Devient membre du parti Vert allemand.
1994
Est le premier député d’origine immigrée élu au Bundestag.
1998
Publie sa biographie, « Ich bin ein Inlander » (DTW Verlag).
2004
Devient député au Parlement européen.
2008
Il est élu coprésident des Verts.

Commentaires»

1. aline - 8 mars 2010

bonjour,

après lecture attentive de vos messages je comprends que vous ayez du mal à accepter de payer cette somme. En effet, il est vrai que le service militaire coûte cher mais est-ce que cela devrait être une raison valable pour nier sa nationalité? Etes-vous conscients qu’en niant votre nationalité vous niez vous-même? je pense que c’est une mauvaise façon de contester. si vous avez envie de changer les choses, soyez conscients et actifs afin de résoudre vos problemes et les problémes des générations futures. je sais que cela n’est pas facile; la Turquie a besoin des gens de bonne foi, des gens qui ne veulent pas la morceler en mille morceaux; au lieu de supprimer la nationalité, supprimons tous ensemble cette méchanceté humaine qui empêche les gens de vivre dans une bonne ambiance;

2. mitro - 11 juin 2009

Honte à toi OCAL. Moi aussi, je suis franco-turc et j’ai fais mon service militaire et j’ai payé les 5 000 euros mais je ne renie pas une nationalité pour des raisons pécunières.

3. OCAL - 26 mars 2009

Salut Akdag

Je suis aussi Franco-Turc mais je ne veux pas de ma nationalité turque, je ne nie aucunement mes origines mais sur la question d’appartenir à un Etat je suis radical, c’est soit l’un ou soit c’est l’autre: d’une part pour une question de stabilité, il m’est inconcevable de faire partie de 2 nations, et d’autre part pour éviter ce pseudo service militaire. Je veux circuler en Turquie tranquilement, notamment pour un éventuel enterrement..

Je voulais savoir comment faire exactement pour supprimer la nationalité turque, j’ai entendu dire qu’ils s’en foutaient qu’on ait ou pas supprimé la nationalité pour faire l’armée..

A bientot j’espere, tiens moi au courant

4. Akdag - 2 janvier 2009

bonjour,
je suis heureux de vous voir qu’en allemagne , pays qu’on considère comme rétrograde en terme de politique d’immigrations , les membres d’un des 4 partis importants de l’échiquier politique aient désigné un chef de file d’origine turque ne peut qu’être un message d’espoir pour d’autres pays où vivent des minorités ethnico-culturelles.
je suis franco-turc,à ce titre j’ai les deux nationalités, jusqu’à aujourd’hui j’avais considéré cela comme une chance et un avantage . sincèrement je ne pensais pas que cela deviendrait ma préoccupation N°1 depuis que j’ai décidé d’abandonner ma nationalité turque.
en ce qui me concerne , ma motivation vient de l’injustice des lois turcs pour le service militaire au les pseudo mesures de compensations pour ne pas le faire pour les citoyens turcs résidant à l’étranger.
l’arithmétique est simple:
1) soit vous effectuez votre service comme tout citoyen masculin vivant en turquie.
2) soit vous le reprtez jusqu’à 38ans maximum en payant 5 112 € et 3 semaines d’un service militaire ressemblant davantage à un camp de vacances payany ( aucun entrainement militaire n’est à effectuer).
3) soit vous avez dépassé vos 38ans , alors il faut majorer la somme de 5112 € de 50% et effectuer votre  » service » de 3 semaines et ceci jusuq’à vos 40ans ( corrigez moi si c’est une erreur)
4) enfin si vous avez dépassé vos 40ans vous devez payé il me smeble 10 000 € sans effectuer vos 3 semaines.
je voudrais connaitre l’opinion de M. Cem Özdemir et des membres de votre association à ce sujet .

connaissant le salaire moyen d’un salarié travaillant en Europe ou dans l’UE ( la majorité des citoyens turcs se trouvant dans l’UE), comme peut on lui demander de s’endetter pour s’acquitter d’une telle somme?

Devons nous continuer à être considérés comme des vaches à lait?
avez vous vous même traité de ce sujet?

salutations en espérant une réponse prochaine.
M. AKDAG


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