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Leçon de ténèbres turque 4 février 2009

Posted by Acturca in Art-Culture, Turkey / Turquie.
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Le Temps (Suisse), 4 février 2009

Norbert Creutz

Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes, «Les Trois singes» de Nuri Bilge Ceylan débusque des non-dits meurtriers

Le premier plan déjà est d’anthologie: une voiture qui s’enfonce dans la nuit sur une route de campagne, jusqu’à ce que la lumière de ses phares ne soit plus qu’un point minuscule perdu dans l’écran large et s’éteigne tout à fait, bientôt suivie par un bruit de freins lointain. Cinquième film du Turc Nuri Bilge Ceylan, Les Trois singes a tôt fait de confirmer la stature du bonhomme, habitué de Cannes dont on a pu voir en Suisse Nuages de mai et Uzak. Un héritier avoué d’Antonioni et de Bergman, venu de la photographie. Tout sauf un joyeux drille, donc, même si on a pu déceler de l’humour dans sa veine autobiographique. Avec Trois singes, il livre un quasi «film noir» à quatre personnages, glaçant et désespéré. A condition d’être partant, une magnifique leçon de cinéma.

La voiture en question est celle d’un politicien, Servet, seul au volant cette nuit-là. Après avoir renversé un piéton et pris la fuite, il persuade son chauffeur Eyüp d’endosser la responsabilité de l’accident et de purger une année de prison à sa place contre une jolie somme. Dame! Il s’agit de ne pas mettre sa réputation en danger à l’approche des élections. Mais quelques mois plus tard, celles-ci ont mal tourné pour lui et le fils désœuvré d’Eyüp, Ismail, convainc sa mère Hacer d’aller quémander une avance à Servet pour lui permettre d’acheter un taxi. Avec des conséquences dramatiques…

Famille, pouvoir, classes sociales, adultère: tous les ingrédients sont là pour un drame classique – sauf que Ceylan est bel et bien un cinéaste moderne. Pas une once de mélo ici, si ce n’est ironiquement, dans la sonnerie du portable de Hacer qui débite une rengaine sentimentale. Tout ici n’est que cadrages au cordeau et plans-séquences, ces derniers souvent conclus par un effet de montage qui invite à reconsidérer notre point de vue. Tout le talent de paysagiste de Ceylan se met ici au service d’un Kammerspiel étouffant, juste visité à deux reprises par le fantastique (un enfant apparemment mort noyé qui pèse sur les consciences).

Avec le titre en mémoire, on a tôt fait d’identifier le mal qui se cache derrière tout cela: le refus d’assumer la responsabilité de ses actes et l’habitude du mensonge, qui mène à fermer les yeux, se boucher les oreilles et, surtout, se taire. Faut-il pour autant y lire une vaste métaphore de la société turque? On n’en sait trop rien. Par contre, il est certain que la performance des quatre comédiens alliée au goût pour l’extrême stylisation de Ceylan (avec une image vidéo haute définition décolorée) donne un spectacle des plus prenants. Et qu’au plus tard avec le coup de tonnerre final sur le Bosphore, on en a des frissons dans le dos.

Les Trois singes (Three Monkeys/Üç Maymun), de Nuri Bilge Ceylan (Turquie/France/Italie 2008),avec Hatice Aslan, Yavuz Bingol, Rifat Sungar, Ercan Kesal.1h49.

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