jump to navigation

Festival de la musique instrumentale – Nedim Nalbantoglu et Musiquât 17 février 2009

Posted by Acturca in Art-Culture, Turkey / Turquie.
Tags: , , , , ,
trackback

All Africa

17 février 2009

De l’art, du savoir-faire et une relève assurée. Avez-vous déjà assisté à une répétition? Rien de mieux pour se mettre au parfum d’un spectacle. Des instruments débridés battaient la mesure en quête de l’accord juste, et des sons saccadés s’élançant à qui mieux mieux dans l’air. Vibrations violentes et bouillées, pourtant si douces à l’oreille, au milieu desquelles s’élève une voix humaine en direction de la sono : donnez-moi de l’alto.

Nawfel Ben Aïssa et son violoncelle

C’est dans cette ambiance que fut ouverte une des dernières soirées du festival de la musique instrumentale, animée par Musiqât. La compagnie de jeunes musiciens tunisiens et leur hôte Nedim, violoniste turc, unis ensemble sur la scène d’Ibn-Rachiq, un soir de vendredi 13, un soir pas comme les autres.

Tout en délicatesse, la soirée s’est voulue d’abord un hommage rendu à une figure de la musique tunisienne, feu Ahmed El Kalaï, par l’un de ses élèves. Bien connu, déjà, pour sa parfaite maîtrise du luth, Béchir El Gharbi, a joué « El qalb el haïer » (le coeur tourmenté), pièce instrumentale du professeur, admirablement rendue par le disciple, et fortement applaudie par le public.

Le programme proposait une suite d’oeuvres musicales pour la plupart créations des membres de la troupe. Sous la conduite de Nawfel Ben Aïssa, cette compagnie, Musiqât (musique au pluriel), formée en 1999, a, comme on dit, roulé sa bosse. En chemin, celle-ci a pu recueillir et la reconnaissance d’un public averti et une expérience incontestable dans l’art de l’instrument et celui de la composition, en plus d’un savoir-faire d’ordre purement technique.

Nedim et son violon

De « Murmure » à « Rencontre » à « Méditations » en passant par « Polémique »; toutes des oeuvres fait-maison, honorées pour certaines par un prix: Akhi, (mon frère), de Nawfel Ben Aïssa a été primée au festival de la musique tunisienne, édition 2008.

A l’unisson, ou bien donnant à chaque instrument le temps et le loisir de se produire en solo, la compagnie généreuse et attentionnée offrait l’espace aux instrumentistes, à chacun son tour, pour s’envoler librement, tout en suivant la note de la partition.

L’indépendance de l’un assurée par l’application des autres, et une complicité solidaire raccordant les phrases musicales. Qanoun (cithare), violon, violoncelle et luth étaient de la partie, accompagnés par la cadence de la percussion. Ils ont eu à loisir de toucher le public présent qui l’a fait savoir par des ovations généreuses et recommencées.

Un public courageux, pour lui donner ce qui lui appartient, et amoureux de la musique. Sinon comment expliquer cette témérité que de s’aventurer en cette nuit de froid exceptionnel que fut le vendredi, quand certains thermomètres urbains affichaient résolument un petit 2°C.

Bravant le froid de l’extérieur, les gens sont venus et sont restés jusqu’au bout du spectacle, prévu d’une heure, s’étalant sur presque deux. Bravant le froid de l’intérieur de la salle d’Ibn Rachiq, pourtant récemment rénovée, une brise glaciale y circulait impunément.

Quoique fortement incommodantes, ces conditions vécues et bravement supportées, public et musiciens sont passés à autre chose de bien plus agréable. En témoigne cette qualité d’écoute qui n’a pas baissé d’un degré du commencement à la fin. En témoigne ce niveau méthodique, par moments exceptionnel du jeu instrumental.

Les hauteurs du Balkan

En deuxième partie de la soirée, l’invité Nedim s’est joint au groupe. Si ce n’était son nom de famille Nalbantoglu (à lire Nalbantolou), le violoniste turc s’y est dissous pour lire en parfait connaisseur les partitions orientales et tunisiennes.

Muni d’un violon tourmenté, nerveux, et parfaitement maîtrisé, ce virtuose jouait pour émouvoir et s’émeut lui-même. Il semblait par moments parti bien loin, tout seul, on dirait rejoindre les hauteurs du Balkan.

Sa musique qu’il définit plutôt jazzy, est imprimée tout naturellement d’influences balkanique, ottomane et moderne. Il nous a été donné d’écouter, nous, Tunisiens, un genre musical différent, rien que par le rythme.

Regardez le mouvement de l’archet du violon, vous comprendrez tout. Tout en douceur, l’archet tunisien se balance langoureux pour émettre un chant le plus souvent plaintif, le coup d’archet de l’hôte, vif, presque violent, frotté sur un « violon qui frémit comme un coeur qu’on afflige » comme disait Baudelaire, fait jaillir des sons rapides et discontinus, montant crescendo dans une ascension aiguë et fulgurante. A tel point que le violoniste agité par les vibrations de son propre instrument avait du mal à tenir en place.

Spectacle d’écoute fort et émouvant, visiblement apprécié par tous, qui plus est « nourrit l’âme », comme l’a révélé un spectateur conquis, au terme de la représentation.

Bien au-delà du profit artistique, purement spirituel, il nous a été donné de percevoir les prestations instrumentales de deux générations distinctes de musiciens, réunis sur une même scène. La maturité confirmée des instrumentistes-compositeurs tunisiens fait réellement plaisir et rassure à bien des égards. A ce propos, de réelles perspectives sont ouvertes aux deux frères Gharbi, tout comme pour les autres. Maintenant une chose est sûre, du moins pour le créneau instrumental, la relève est bel et bien assurée.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :