jump to navigation

Voyage artistique dans l’Orient musulman 17 février 2009

Posted by Acturca in Art-Culture, History / Histoire.
Tags: , , , , , , , ,
trackback

Le Temps (Suisse), 17 février 2009

Philippe Mathonnet, Berne

Le Centre Paul Klee propose une approche artistique des questions d’identités et de différences culturelles entre Orient musulman et Occident.

Le sentiment d’entrer dans une rue arabe, avec ses odeurs, son animation, ses sons, ses sièges sur le trottoir facilitant la palabre.

Ce n’est que l’agrandissement d’une photographie à l’entrée de l’exposition A la recherche de l’Orient. De Bellini à Klee, mais cet univers bigarré, le visiteur le retrouve aussitôt dans le motif décoratif d’un tapis du Moyen Atlas marocain ou l’assemblage en patchwork multicolore d’un manteau d’un derviche iranien. Et dans la tête de l’amateur d’art occidental surgiront sûrement des comparaisons avec les travaux modernes de Sonia Delaunay ou de Sophie Taeuber-Arp.

En fait l’exposition présente les reflets qu’ont donnés les peintres européens de l’Orient musulman, d’abord monde imaginaire puis bien réel. Abordé à travers la documentation des premiers explorateurs témoins. Par exemple les gravures sur bois de Pierre Coeck d’Alost, imprimées à Anvers vers 1533-1553 et relatant les Mœurs et fachons de faire de Turcz. Puis c’est la vague des peintres orientalistes, dans les années 1820-1890, parmi lesquels le Vaudois Charles Gleyre, Eugène Delacroix, Jean-Léon Gérôme, ou d’artistes moins connus des francophiles, comme Lord Frederick Leighton, John Frederick Lewis ou Gustav Bauernfeind. Ils font découvrir paysages, monuments, attitudes, scènes de groupes, actes de piété, vêtements et parures. Mais ils vont le faire jusqu’au cliché.

En revanche, la seconde partie de l’exposition montre comment au XXe siècle, ces visions étant dépassées, l’intérêt des artistes se porte alors sur la perception et le rendu de la lumière et des couleurs. Des exemples d’œuvres de Gabriele Münter, de Wassily Kandinsky, de Max Slevogt, Charles Camoin, Henri Matisse sont présentés. Et bien évidemment de Paul Klee. Avec l’évocation de ses voyages en Tunisie au printemps 1914, et en Egypte en hiver 1928-1929. Le premier, devenu quasi mythique, est marqué par les compagnonnages de Louis Moilliet et d’August Macke (tué cinq mois plus tard sur le front de Champagne, à 27 ans). Paul Klee a 35 ans. Les trois amis en ont ramené un kaléidoscope de sensations colorées. En Egypte, Klee sera impressionné par l’écriture hiéroglyphique, la silhouette des pyramides, l’horizontalité du paysage, le damier des champs. Mais aussi par «Un enfer humain un paradis végétal», lorsqu’il compare – dans une des nombreuses cartes qu’il a envoyées – le grouillement du Caire au calme de Louxor.

Une autre exposition, intitulée Paul Klee. Tapis du souvenir (du 30 mai au 30 août) étoffera les aspects liés au thème de l’Orient dans son œuvre en mettant l’accent sur la calligraphie, l’ornement, les textiles et sa passion pour l’architecture ainsi que sur sa technique de l’aquarelle. Une troisième exposition, entre-temps (depuis le 28 février jusqu’au 16 août), donnera un aperçu de l’art contemporain du Proche-Orient. Le panorama sera donc complet.

Le premier volet actuel de ce triptyque, en sus des réponses des orientalistes du XIXe et des peintres du XXe siècle, met en place le cadre géographique et historique de cette rencontre Orient-Occident. Et des objets superbes et de qualité (en céramique, métal, tissage, marqueterie), même s’ils ne sont pas nombreux mais provenant de collections de référence, donnent à admirer les ressources de l’ornementation islamique, notamment la souplesse de l’écriture à s’y prêter, ou la capacité des artisans à ouvrager, à ciseler coupes et brûle-parfums. Astrolabes, boussoles et traités de médecine rappellent aussi les découvertes héritées du monde arabe.

Les apports toutefois ont aussi pris l’itinéraire inverse. Comme lorsque Venise envoie à Istanbul le plus talentueux de ses peintres, Gentile Bellini, pour faire le portrait du Sultan Mehmet  II (1480).Cette peinture appartient aujour­d’hui à la collection de la National Gallery de Londres, qui l’a prêtée au Zentrum Paul Klee. Un morceau de bravoure. Et un réalisme qui bouleverse, malgré une maîtrise de la perspective encore peu assurée. Mais comme l’a transcrit l’écrivain Orhan Pamuk dans son roman Mon nom est Rouge, ce type de peinture remettait profondément en question le recours à la stylisation dont s’accommodait la tradition orientale pour la représentation du monde sensible. Comme quoi les échanges sont souvent bénéfiques mais rarement sans heurts. En revanche, l’emprunt de voiles et tréteaux orientaux dessine une très belle scénographie à l’exposition.

A la recherche de l’Orient. De Bellini à Klee. Zentrum Paul Klee (Monument im Fruchtland 3, Berne, tél. 031/359 01 01. Ma-di 10-17h. Jusqu’au 24 mai.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :