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Fazil Say, Turc de tête 10 mars 2009

Posted by Acturca in Art-Culture, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), 10 mars 2009, p. 30

Nicolas d’Estienne d’Orves

Dans la foulée de son nouveau CD, « 1001 Nights in the Harem » (Naïve), ce pianiste exceptionnel donne un récital, mercredi soir, au Théâtre des Champs-Élysées. Brève rencontre à Istanbul.

Avec cent trente concerts par an et un agenda complet jusqu’en 2012, Fazil Say est un homme très occupé. C’est donc une chance que d’avoir pu « coincer » le plus célèbre pianiste turc, chez lui, à Istanbul. « Je suis désolé , s’excuse-t-il dans un anglais rocailleux en ouvrant la porte de son rez-de-jardin, mais j’arrive de Munich et j’ai attrapé un rhume dans l’avion. »

Charmante caverne où vit ce troll du clavier, le foyer de Fazil Say est un impeccable bric-à-brac. Œuvres d’art contemporain, murs de CD et DVD, bustes de Beethoven et d’Einstein, deux pianos, canapés à motifs léopard, partitions, livres de Hermann Hesse, poèmes de Léonard Cohen, disque de Mireille Mathieu (!), verrière ouvrant sur une pelée pelouse, deux chiens, cinq chats… l’antre est chaleureux. Voilà sept ans qu’il vit ici ses trop rares heures passées en Turquie, y organisant même des concerts privés : « on peut faire tenir cent personnes dans mon salon » , explique le pianiste, brandissant alors une armée de chaussons, friands, pâtisseries, tartes aux fraises, café turc et autres douceurs byzantines.

Fazil Say se fait un point d’honneur à exalter l’hospitalité ottomane. Grand défenseur de l’entrée de la Turquie dans la Communauté européenne, il déplore la montée de l’extrémisme islamiste depuis dix ans et admet : « J’ai bien peur qu’il faille attendre encore vingt ans avant d’intégrer l’Europe. »

Mais la religion n’est pas le seul problème, dans ce pays où le blasphème laïque est un délit. « YouTube a été interdit depuis que les autorités y ont découvert des insultes à la personne d’Atatürk ! » explique, navré, ce fervent internaute qui se délecte de Facebook. « J’y ai deux mille amis et plusieurs groupes de fans. »

Devant ce grand enfant de 39 ans qui exhibe avec gourmandise la chambre de sa fille de huit ans (un Disneyland miniature !), on en oublierait presque qu’il remplit des salles entières de Tokyo à Berlin, de Paris à Cape Town, de Londres à Salzbourg. Chaque concert de Fazil Say est une expérience, tant l’homme semble faire corps avec son piano. Imprévisible, avec des mimiques de chien de meute à l’orée du terrier, il peut commencer par Mozart, Haydn ou Beethoven, puis partir dans un ragtime, une pièce de Gershwin et couronner le tout par une improvisation de son cru.

Décloisonner les styles

Ce musicien qui enregistre en exclusivité pour le label français Naïve déteste les cloisonnements. Il organise ainsi des Fazil Say festivals , plusieurs journées de concerts, avec ses amis musiciens, à la croisée du classique, du jazz, de l’impro, de la musique contemporaine. Le concept a fait un malheur à Tokyo et ils viendront aux Théâtre des Champs-Élysées en mars 2010.

Depuis ses débuts, Fazil Say mène également une carrière de compositeur, à la frontière des traditions occidentale et orientale. « J’ai le Bosphore dans ma tête , confie-t-il. Mon inspiration est un pont entre l’Europe et l’Asie, c’est pourquoi mes oeuvres sont inclassables et se nourrissent de toutes les influences qui traversent la Turquie. »

Alors qu’il achève en ce moment sa première symphonie, baptisée Istanbul , une oeuvre de quarante minutes mêlant instruments classiques et orientaux qui sera créée l’an prochain, quand la ville sera « capitale culturelle », Fazil Say rêve maintenant de s’attaquer à la forme suprême : l’opéra. « Mais je cherche un sujet et un bon librettiste » , dit-il, inquiet que la langue turque ne rebute le public international. « Pas de thème historique ni d’opéra en costumes, mais une pièce qui parle de la réalité contemporaine et des problèmes sociaux d’aujourd’hui. » La course aux idées est lancée : avis aux amateurs ?

Théâtre des Champs-Élysées mercredi 11 mars, à 20h. 01.49.52.50.50 rp@theatrechampselysees.fr

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