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La géopolitique de l’eau tient forum à Istanbul 16 mars 2009

Posted by Acturca in Istanbul, Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), 16 mars 2009, p. 6

Laure Marchand, Istanbul

Quinze mille experts sont attendus à partir d’aujourd’hui pour débattre du partage équitable des ressources face aux pressions climatiques et démographiques.

Quinze mille participants doivent se retrouver toute cette semaine à Istanbul, sur les rives de la Corne d’Or, pour le Forum mondial de l’eau. Organisée tous les trois ans par le Conseil mondial de l’eau, un organisme basé à Marseille, cette rencontre internationale rassemble les acteurs politiques, institutionnels, économiques et associatifs du monde entier autour de la gestion des ressources. Pour sa cinquième édition, le forum s’articulera autour du thème « Surmonter les différends en matière d’eau » (Bridging Divides for Water). Depuis le dernier rendez-vous, qui s’est tenu à Mexico en 2006, l’accélération du réchauffement climatique, la pression démographique et la pollution ont renforcé l’urgence de trouver des solutions pour garantir un partage équitable et un accès à l’eau potable aux 6,8 milliards d’habitants de la planète : dès 2025, les deux tiers de la population mondiale souffriront de stress hydrique, selon le Programme des Nations unies pour le développement, si la consommation se poursuit au même rythme. « L’époque de l’accès à l’eau facile est révolue, alerte Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l’eau et du Groupe des eaux de Marseille, détenu par Veolia et la Lyonnaise des eaux. Il va falloir apprendre à réguler la demande. » Les mutations à l’oeuvre sur l’ensemble du globe, comme la densification urbaine des littoraux, la multiplication des mégapoles (650 villes de plus d’un million d’habitants), l’accélération des migrations, la dégradation des sols agricoles viennent s’ajouter au problème de la raréfaction de la ressource, quantitativement et qualitativement.

Un tribunal symbolique condamne Ankara

À partir d’aujourd’hui et jusqu’à vendredi, une centaine de sessions a donc été programmée, pour tenter de répondre à des questions très variées, tant au niveau global que régional : quels risques face au changement climatique ? Quel impact aura la crise économique ? Comment une meilleure gestion peut-elle contribuer à réduire la faim et la pauvreté ? Comment engager une coopération transfrontalière durable ?

Parallèlement, des associations organisent un Forum alternatif de l’eau. « Le Forum mondial de l’eau sert des intérêts privés », critique Ömer Madra, un des chefs de file du mouvement écologiste en Turquie. Samedi, « un tribunal de l’eau » symbolique, organisé par la fondation allemande Heinrich Böll, a condamné Ankara pour sa politique en matière de barrages. Six cents ouvrages hydrauliques sont en projet en Turquie, selon le gouvernement.

Le Tigre et l’Euphrate divisent la Turquie, la Syrie et l’Irak

Quand les Français et les Britanniques démembrent secrètement l’Empire ottoman, au cours des accords de Sykes-Picot, en 1916, la question du partage des eaux du Tigre et de l’Euphrate est déjà posée. Près d’un siècle plus tard, elle n’est toujours pas réglée.

Prenant leur source dans les montagnes turques, les deux grands fleuves du Moyen-Orient traversent ensuite la Syrie et l’Irak. Le contrôle de ces eaux, vitales pour l’agriculture et la population des trois pays, donne lieu à des tensions récurrentes.

Dans les années 1970, Bagdad et Damas ont même failli entrer en guerre à cause de la construction de barrages en Syrie. En 1976, la Turquie a lancé un vaste projet de développement de la région du sud-est, qui repose sur la réalisation de vingt-deux barrages. Onze ouvrages sont déjà en activité. Si l’ensemble est achevé, plusieurs études montrent que le débit des deux fleuves pourrait décroître de 17 à 34 % à la sortie du territoire turc.

Les conséquences sur la qualité des eaux sont déjà visibles : l’usage des engrais et le développement de l’irrigation ont fortement augmenté la pollution et la salinité. Les écosystèmes sont bouleversés.

« Ils n’ont aucun droit sur nos resssources en eau »

« Le château d’eau du Moyen-Orient » a longtemps fait fi des plaintes de ses voisins syrien et irakien. « Nous ne réclamons pas de partager leurs ressources en pétrole, ils n’ont aucun droit sur nos ressources en eau », avait tranché en 1992 Suleyman Demirel, premier ministre turc à l’époque. Lors du remplissage du grand barrage Atatürk en 1990, Ankara avait même interrompu le débit de l’Euphrate pendant un mois.

Mais, ces dernières années, les rapports entre les pays riverains se sont améliorés. La Turquie cherche à devenir un acteur régional incontournable et redéploie sa diplomatie vers le Moyen-Orient. Des discussions sur la répartition des eaux sont donc engagées entre les gouvernements. À défaut de régler tous leurs contentieux, les trois parties devraient montrer leur bonne volonté en signant un accord lors du Forum de l’eau.

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