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Erdogan, seul maître à bord 1 avril 2009

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Courrier International (France), 1 avril 2009, p. 84

Okay Gönensin, Vatan (Istanbul)

On a vu le Premier ministre accaparer tous les micros pendant la campagne pour les municipales du 29 mars. Quitte à éclipser les candidats de son propre parti. Ambiance.

Une des particularités de la campagne électorale qui vient d’avoir lieu [et qui a donné le 29 mars une nette victoire à l’AKP], c’est que les candidats en lice ont été complètement relégués au second plan. On peut même dire qu’ils ont carrément été broyés sous un rouleau compresseur conduit par les leaders de leur parti. La tactique adoptée par le Premier ministre Tayyip Erdogan – être systématiquement au premier plan – peut être vue comme une volonté d’exploiter au mieux son dynamisme et son charisme. Néanmoins, il ne fait aucun doute qu’Erdogan veut montrer qu’il est le seul chef, et ce en toutes circonstances. Ce leadership absolu semble d’ailleurs avoir été accepté par son parti.

Cela fait en effet déjà un bon bout de temps que les propositions et le programme politique de l’AKP [le parti islamique au pouvoir] ne sont plus transmis qu’à travers les paroles d’Erdogan. Les opinions et les idées des ministres du gouvernement n’ont plus aucune importance car, quel que soit le sujet, tout le monde attend ce que le Premier ministre va dire. Les mesures pour faire face à la crise, c’est Erdogan qui en parle, les détails des pourparlers avec le FMI, c’est uniquement de sa bouche que nous les apprendrons. Et dans le cadre de cette campagne électorale pour les municipales, c’est encore et toujours lui qui nous informe des mesures mises en œuvre par les municipalités. Dans ces conditions, les ministres tiennent des propos de plus en plus elliptiques, qui peuvent vouloir dire tout et son contraire. Il est vrai que leur situation n’est pas facile, dès lors que le Premier ministre peut à tout instant affirmer l’inverse de ce qu’ils ont dit précédemment.

Chaque problème est un problème personnel

Au sein du CHP [le principal parti d’opposition, kémaliste], la situation n’est pas très différente. Là, c’est le président du parti, Deniz Baykal, qui exerce la fonction de « chef unique ». Il semble s’être satisfait d’une campagne qui s’est limitée à des invectives à l’encontre de son rival Erdogan, qui les lui a bien d’ailleurs rendues, ce qui a eu pour conséquence de reléguer les candidats maires issus de l’opposition à l’arrière-plan eux aussi. Dans ces conditions, il est inévitable qu’Erdogan, qui se considère comme « le seul chef, le seul porte-parole et le seul décideur », considère chaque problème comme un problème personnel. La moindre critique contre l’AKP – même sur des questions au sujet desquelles les médias ont pourtant essayé d’adopter une position ménageant le gouvernement, comme ce fut le cas avec l’accident d’avion de la compagnie aérienne nationale (Turkish Airlines) à Amsterdam – est immédiatement interprétée par le Premier ministre comme l’expression d’une campagne orchestrée contre l’AKP. Erdogan sort alors de son chapeau un exemple de critique de mauvaise foi à son encontre pour ensuite généraliser et accuser tous les médias de malhonnêteté.

Dans le fond, il est normal qu’il réagisse de cette façon, puisqu’il est désormais le seul chef. Les membres du Conseil ministériel sont SES ministres. Les candidats à cette élection étaient SES candidats. Et peu importe qu’il les ait négligés, puisque la scène lui appartient de toute façon. Un chef incontesté ne discute pas. Il n’a pas besoin d’être conseillé. Il donne des ordres et réprimande. Ces élections municipales étaient SES élections.

Surenchère

Hürriyet (Istanbul)

Plus islamiste que les islamistes

Depuis qu’il est au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP) a été incapable de répondre aux aspirations des couches les plus traditionalistes de son électorat. En particulier sur la question du voile, toujours interdit à l’université, et sur l’accès à celle-ci, toujours aussi difficile pour les diplômés des lycées confessionnels. Une nouvelle ligne de fracture est ainsi apparue au sein de l’aile conservatrice de la société turque. Le mode de vie prôné par les conservateurs tend certes à s’imposer depuis 2002, mais l’on voit maintenant un fossé se creuser entre des communautés de musulmans pratiquants qui se sont enrichis et les couches populaires qui ont été frappées de plein fouet par la crise, à l’égard desquelles l’AKP se sent désormais mal à l’aise. Jusque-là, cette partie de l’électorat ne pouvait que voter pour l’AKP . Ni le très kémaliste Parti républicain du peuple (CHP) ni le petit parti islamiste Saadet [le Parti du bonheur] ne représentent une menace. Sauf que, depuis peu, le parti Saadet a été repris en main par un jeune économiste, Numan Kurtulmus, qui lui a insufflé un dynamisme nouveau. Résultat, cette formation est en train de s’imposer tout doucement et de créer des soucis à l’AKP en détournant une partie de sa base électorale conservatrice.

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