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Obama a désamorcé la tension Occident-Islam 9 avril 2009

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie, USA / Etats-Unis.
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Le Figaro (France), 9 avril 2009, p. 17
 
Renaud Girard *

Lors de son séjour en Turquie les 6 et 7 avril, Barack Obama s’est employé à désamorcer la tension entre l’Occident et l’Islam, qu’avaient fortement fait croître les huit années de l’Administration Bush.

« L’Amérique n’est pas en guerre avec l’islam et ne le sera jamais »  : telle est la déclaration la plus importante – et la plus reprise par les médias turcs – qu’ait prononcée le président américain pendant sa visite au pays qui fut jadis le siège du califat. En disant cela, Barack Hussein Obama – qui ne s’est jamais tant servi de son deuxième prénom qu’au cours de ce voyage -, a dissipé le grand malentendu géopolitique hérité de la réaction américaine aux attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington.

Chargés par le président Bush d’élaborer cette dernière, les idéologues néoconservateurs du Pentagone avaient comparé le 11 Septembre à l’attaque nippone sur Pearl Harbour de décembre 1941. Ils avaient ainsi indûment assimilé l’acte criminel d’une bande de terroristes particulièrement chanceux à une offensive stratégique d’une grande puissance contre une autre. Les pilotes de l’aéronavale de l’amiral Yamamoto représentaient la volonté du gouvernement militaire japonais d’imposer à l’ensemble de l’Asie et du Pacifique une « sphère de coprospérité » qui aurait été dirigée par Tokyo. Les apprentis pilotes islamistes du 11 Septembre, nés et élevés dans des pays arabes ou européens alliés des États-Unis, ne représentaient qu’eux-mêmes et que la petite structure clandestine al-Qaida, financée par le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden, réfugié dans l’Afghanistan des talibans, après qu’il eut été successivement expulsé de son pays et du Soudan du général Béchir.

Le monde entier comprit et approuva l’intervention militaire américaine en Afghanistan commencée en octobre 2001 pour y détruire les camps d’entraînement des djihadistes internationaux. Washington eut de surcroît l’habileté de faire libérer Djallalabad, Kaboul et Kandahar par des soldats afghans, les combattants de l’Alliance du Nord de feu le commandant Massoud.

C’est à l’occasion du discours du président devant le Congrès du 20 janvier 2002 que la stratégie américaine commença à déraper. En plaçant, dans un étrange « axe du Mal » qui ne comprenait que trois membres, deux grands États musulmans (l’Irak dominé par des sunnites plutôt laïcards et l’Iran gouverné par des chiites religieux), Bush nourrit l’impression que l’Amérique voulait s’en prendre à l’islam en général. Cette impression fut, aux yeux des masses politiquement frustrées du monde arabo-musulman, confirmée par une invasion militaire de l’Irak ayant été décidée sous des prétextes fallacieux et sans le moindre mandat des Nations unies. Le rêve néoconservateur de l’imposition par la force d’un « Grand Moyen-Orient démocratique » qui ferait, comme par magie, la paix avec Israël, fut vécu – à tort ou à raison, peu importe -, comme une insulte colonialiste par les musulmans du monde entier.

Avec Obama les choses ont changé : d’Irak, l’on se retire ; à l’Iran, l’on tend un rameau d’olivier ; en Afghanistan, on se refuse à « dicter le futur » du pays, pour se concentrer sur l’élimination d’al-Qaida. Cette ouverture du président américain, marquée par le respect des cultures différentes et la renonciation à l’arrogance de la suprématie militaire, a l’intérêt de ne pas verser dans la faiblesse. En Turquie, Obama a pris soin de saluer l’héritage laïc d’Atatürk, fondé sur le vieux concept occidental de séparation du politique et du religieux, et d’appeler à la réouverture du séminaire grec orthodoxe de Halki, invoquant le devoir de respect des minorités religieuses. Sans mentionner le mot lui-même, il a fait une allusion limpide au génocide arménien de 1915, première atteinte gravissime aux minorités chrétiennes d’Orient.

On commettrait une erreur à prendre l’Obama tolérant pour un Obama faible. C’est simplement un homme d’État qui a compris que le soft power de la culture occidentale serait toujours, face au monde musulman, plus efficace que la force brute des expéditions militaires.

* Grand reporter au service étranger du « Figaro »

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