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Carl Bildt : « L’Europe a besoin de la Turquie pour peser dans le monde » 25 mai 2009

Posted by Acturca in EU / UE, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Le Figaro (France), 25 mai 2009, p. 14

Propos recueillis à Bruxelles par Jean-Jacques Mével et Pierre Rousselin

Union Européenne. Diplomate chevronné, le ministre des Affaires étrangères suédois s’apprête à jouer un rôle majeur lors de la présidence de l’Union européenne que son pays assumera à partir du 1er juillet. À deux semaines des élections européennes, il prend la parole sur les grands sujets d’actualité du Vieux Continent en marche.

Êtes-vous inquiet pour les pays Baltes, l’Europe centrale et les Balkans ?

La situation économique est marginalement moins menaçante qu’il y a deux mois. Elle est préoccupante en Lettonie. En Ukraine, les défis sont considérables. Dans les Balkans, il n’y a pas de risque de guerre, mais la crise peut relancer le nationalisme. Pour éviter cela, il faut éviter d’arrêter l’élargissement de l’Union européenne, même si ces pays-là ont beaucoup de chemin à faire avant d’adhérer à l’UE.

Cet impératif concerne aussi la Turquie ?

Oui. Absolument. L’Europe a un intérêt stratégique de premier ordre à ce que la Turquie s’oriente vers elle. Si nous fermions la porte à la Turquie, nous encouragerions les tendances nationalistes dans une autre direction et nous enverrions un signal très négatif au reste du monde.

Si la Turquie entre dans l’Union, elle en sera le pays le plus peuplé et aura donc un poids politique considérable…

Je comprends que cela inquiète. Tous les élargissements ont suscité des craintes et des oppositions. Ils ont tous été un succès. Je ne pense pas que cela soit parvenu à son terme. L’Europe s’est transformée à chaque élargissement, mais elle est aujourd’hui globalement plus efficace que jamais.

Faire entrer la Turquie, c’est condamner d’autres pays comme la France et l’Allemagne à perdre de l’influence en Europe. Cela alimente les théories du complot…

C’est l’argument qu’avait utilisé de Gaulle à propos de la Grande-Bretagne. Mais, pour peser dans le monde, il vaut mieux être l’Union européenne que l’Union d’une partie de l’Europe. Dans les décennies à venir, nous aurons besoin du dynamisme économique et démographique de la Turquie. Avec la Turquie, l’Europe peut être un facteur significatif de réconciliation avec le monde musulman. Et puis, si nous estimons que Chypre est en Europe, alors que c’est une île au large de la Syrie, il est difficile de ne pas considérer que la Turquie est en Europe.

Allez-vous ouvrir de nouveaux chapitres dans les négociations d’adhésion avec la Turquie ?

Nous serons les mandataires du Conseil européen. C’est une question qui relève plus des Vingt-Sept que de la présidence.

Les négociations avec la Croatie peuvent-elles aboutir d’ici à la fin de l’année ?

C’est encore possible, mais il y a encore beaucoup à faire. Nous aurons probablement aussi la candidature de l’Islande. Cela ajouterait une nouvelle dimension à l’Union européenne, au moment où tout le monde s’intéresse à l’Arctique.

Que se passera-t-il après le référendum irlandais, dans les deux cas de figure ?

D’abord, il n’y a pas de plan B. Pour le plan A, il faudra très vite prendre des décisions importantes : la désignation du président du Conseil, du vice-président, également haut représentant, et de la Commission. Il faudra lancer le service d’action extérieure. Ce sera un instrument crucial pour le rôle de l’Union européenne dans le monde.

Quelle est votre vision des relations avec la Russie ?

La Russie est sur sa propre trajectoire depuis qu’elle a adopté un modèle autoritaire de développement. Cela rend d’autant plus nécessaire un accord sur les règles du jeu. La question de l’adhésion de ce pays à l’OMC est plus importante que jamais, même si des tendances protectionnistes se font jour à Moscou. Nous avons aussi des défis importants à relever en matière énergétique, et la Russie doit avant tout moderniser ses installations pétrolières et gazières.

Le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan va-t-il aider la Défense européenne ?

C’est très positif parce que cela a changé la vision que les Américains ont de la Défense européenne. Ils pensaient que c’était un complot sournois de la France pour affaiblir l’Otan. Maintenant, cet argument est tombé et nous allons pouvoir aller de l’avant.

« Ma vision de l’Europe n’est pas aussi défensive que celle que j’observe chez certains. J’ai une conception plus offensive : je crois que nous pouvons être compétitifs »

« Dans les décennies à venir, nous aurons besoin du dynamisme économique et démographique de la Turquie »

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