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Un regard critique sur la notion d’Occident 26 mai 2009

Posted by Acturca in Academic / Académique, Books / Livres, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Le Temps (Suisse), 26 mai 2009

Antoine Bosshard

En réduisant l’Europe à l’idée d’Occident, constate l’historien Georges Corm, on dénature, on fige l’image d’une civilisation plurielle et complexe.

Il y a quatre ans, paraissait un petit essai, signé Charles Coutel, dans lequel ce professeur à l’Université d’Artois s’insurgeait de la confusion, de plus en plus usuelle, entre les mots «européen» et «occidental»*. Un tour de passe-passe sémantique, disait-il, qui dérobe à l’Europe tout un pan de son passé, trempé d’influences arabes, turques, hébraïques, grecques, et ne fait pas droit à son exceptionnelle capacité à ne pas s’établir dans une culture unique et dominatrice.

Libanais, économiste et historien intéressant pour le regard inversé qu’il jette sur les rapports entre le Vieux Continent et l’Orient, Georges Corm, dans cette nouvelle étude, fait écho à Coutel. Il relève lui aussi que la civilisation européenne, pour l’appeler ainsi, n’a cessé de puiser – et c’est son originalité – à de nombreux contacts avec les autres civilisations qui sont, visiblement, à l’origine de sa propre évolution. Entendez la Renaissance, les Encyclopédistes, les Lumières, la civilisation industrielle.

Sans nier l’existence de traits communs aux cultures qui composent l’Europe, il en souligne l’extraordinaire variété: «On ne peut que rester perplexe devant la richesse historique des patrimoines dont se sont réclamées les cultures européennes et leurs diversités d’un côté, l’appauvrissement dans un «occidentalisme» [de l’autre], qui ne pratique plus guère la nuance, le cosmopolitisme et l’éclectisme ­humaniste.»

On pouvait s’en douter: en entrant dans cette problématique, Corm n’avance pas en terre inconnue, mais dans un espace encombré de penseurs et d’historiens qui les uns, de Renan à Huntington, croient à la singularité, à la supériorité, même, de la civilisation européenne sur les autres civilisations, le monde musulman en particulier. Quand d’autres se montrent infiniment plus réservés, voyez l’historien Duroselle, qui s’interdit de décrire un «esprit», une «essence» de l’Europe, pour la simple raison, dit-il, qu’à une époque donnée, cet esprit, cette essence «n’ont jamais existé».

Notre auteur constate aussi que la fameuse civilisation européenne a eu ses ratés, ses violences déchaînées, dont le XIXe, puis le XXe siècles ne sont pas avares. Comment se fait-il qu’on soit passé de Mozart à Hitler? se demande-t-il. Et comment ne pas voir la forte connotation, la construction idéologique que sous-tend le mot d’Occident? Idéologie qui rassemble aujourd’hui – et au détriment de l’Europe – le Vieux Continent et l’Amérique. Et met sous le boisseau l’universalisme des Lumières – regardé comme nocif par les néolibéraux. Cette relation Europe-USA, en conclusion, est au centre de ses interrogations.

Corm croit ainsi à une Europe plus indépendante, à une Europe moins collée à une étiquette aussi réductrice. Ce qui ne pourrait qu’accélérer «l’émergence d’un monde multipolaire et équilibré, émancipé de la doctrine américaine de guerre des civilisations». Comme on le voit, le temps d’achever cet ouvrage par ailleurs stimulant, le paysage qu’il décrit a déjà changé. Avec Obama.

* «Orienter l’Europe, la Turquie et nous», de Charles Coutel, Ed. Pleins Feux, 2005.

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