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Turquie : offensive vers l’est 2 avril 2010

Posted by Acturca in Economy / Economie, Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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La Lettre de l’Expansion (France), 2 avril 2010, p. 2

Laure Marchand

Puissance économique émergente, la Turquie ne se contente plus du marché de l’Union européenne et se tourne désormais vers le Moyen-Orient. Ankara voudrait également établir un espace de libre-échange entre les pays musulmans.

Dans les affaires, les Turcs ont la réputation d’avoir du flair pour dupliquer les concepts qui marchent. S’inspirant du succès du traité d’union douanière en vigueur entre la Turquie et l’Union européenne, ils cherchent désormais à transposer ce modèle économique au sein de la Conférence de l’organisation islamique (OIC), une union qui réunit 57 Etats musulmans. Le gouvernement islamo-conservateur turc espère lancer d’ici à la fin de l’année une zone de libre-échange à l’intérieur de l’OIC, qui démarrerait avec les dix premiers pays ayant déjà approuvé le projet : Turquie, Jordanie, Malaisie, Pakistan, Syrie, Arabie saoudite, Bangladesh, Emirats arabes unis, Bahreïn et Oman. Cet espace, qui doit bénéficier de réductions douanières, permettrait d’atteindre rapidement l’objectif que s’est fixé l’OIC pour 2015 : augmenter le volume des échanges commerciaux entre les pays membres, en le faisant passer de 16 à 20 % de leurs échanges mondiaux.

En attendant la création de ce marché commun musulman, la Turquie multiplie les négociations bilatérales avec ses voisins orientaux pour signer des accords de libre-échange, comme celui conclu avec la Syrie en 2007. Elle utilise tous les leviers diplomatiques pour favoriser son essor dans la région. En moins d’un an, Ankara a ainsi négocié des accords de libre circulation des personnes avec la Syrie, la Libye, la Jordanie, le Qatar et le Liban. La répercussion sur les échanges commerciaux s’est aussitôt fait sentir. Avec la Syrie, ils étaient de 1,850 milliard de dollars en 2009 : 2,5 milliards sont attendus cette année. Les joint-ventures turco-arabes se multiplient. Et la Müsiad, l’organisation turque des patrons musulmans, prospecte activement dans les pays du Golfe arabo-persique. En Iran, Efes, le brasseur turc, veut lancer une bière sans alcool. Dans le même temps, la création d’une zone franche industrielle à la frontière turco-iranienne est à l’étude.

« Grâce aux bonnes relations que le gouvernement a développées avec les pays voisins, l’atmosphère s’est entièrement modifiée, et cette nouvelle donne a boosté les échanges économiques », souligne Mehmet Habbad, un des responsables du DEIK, le Conseil des relations économiques extérieures. En quelques années, les entreprises turques se sont peu à peu imposées au Moyen-Orient et en particulier dans la construction. Les Turcs détiennent ainsi 90 % du marché en Irak, un chantier gigantesque. « Ils sont beaucoup plus agressifs que les Européens et prennent plus de risques, leur rapport qualité-prix est excellent; à qualité équivalente, ils sont environ 20 % moins chers », juge un chef d’entreprise français. ArcelorMittal vient de s’associer avec le turc Dayen pour construire une aciérie dans le nord de l’Irak. Autre succès : TAV Airports, qui a remporté des appels d’offres pour réaliser un terminal à l’aéroport international du Caire, et va développer ceux de Dubai, d’Oman et du Qatar. Le groupe est à présent sur les rangs pour la construction de terminaux en Libye et d’un aéroport en Tunisie.

Les investisseurs turcs bénéficient d’atouts par rapport à leurs concurrents. Des coûts et des temps de transport réduits, ainsi que la proximité religieuse et culturelle, sont les petits plus qui aident à décrocher un contrat. A Erbil, capitale du Kurdistan irakien, le centre commercial flambant neuf est rempli de magasins turcs : on y trouve Collezione et Mavi – les deux marques de vêtements qui font fureur chez les jeunes, l’enseigne de luxe Vakko, l’électroménager de Beko et d’Arçelik, les ordinateurs de Vestel et des produits du géant de l’agroalimentaire Ülker.

Ces opportunités économiques sur son flanc est expliquent la diplomatie proactive de la Turquie dans cette région et sa nouvelle théorie, en politique étrangère, du « zéro problème avec nos voisins ». Cette puissance émergente a besoin de stabilité à ses frontières pour s’assurer de nouveaux débouchés et compenser la croissance en berne des marchés européens. Entre 2007 et 2009, la part des exportations à destination de l’UE est passée de 56,3 à 46 %. Dans le même temps, celles vers le Moyen-Orient ont plus que doublé et représentent désormais 22 % du total.

L’Afrique est aussi en ligne de mire

Les Français et les Chinois ne sont pas les seuls à s’intéresser au continent noir. Les Turcs leur ont emboîté le pas. Membre observateur de l’Union africaine depuis 2003, la Turquie a organisé son premier sommet Turquie-Afrique à Istanbul en 2008. Ses principaux partenaires commerciaux sont les pays du Maghreb et l’Afrique du Sud mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. En mars, Abdullah Gül a effectué une première visite en République démocratique du Congo, accompagné par 120 hommes d’affaires. Turkish Airlines, la compagnie aérienne turque, dessert déjà onze pays africains. L’Ouganda, le Mozambique et l’Angola sont les prochains pays où Ankara a prévu d’ouvrir des ambassades.

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