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Mario Levi, une plume turque sur la route 29 avril 2010

Posted by Acturca in Art-Culture, Istanbul.
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Libération (France), 29 avril 2010, p. 27

Marc Semo

Il rêve parfois en français ou en judéo-espagnol, mélange d’hébreu et de castillan que parlent encore les descendants des juifs chassés d’Espagne en 1492 vers l’empire ottoman. Mais le plus souvent, ses songes sont en turc. « Des trois langues qui ont bercé mon enfance c’est celle qui vibre le plus profond en moi, celle où j’ai prononcé mes premiers mots d’amour et c’est donc celle où j’ai choisi d’écrire même si le français est beaucoup plus international » explique Mario Levi. L’auteur d’Istanbul était un conte, traduit en italien et en allemand, sera publié à l’automne prochain en France par Sabine Wespieser. Une saga de plus de 800 pages sur une famille juive d’Istanbul depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’aux années 80. Mario Levi part, avec quinze autres écrivains turcs pour un périple de ville en ville – Sofia, Bucarest, Vienne, Venise, Zurich, etc. – jusqu’à Bruxelles le 23 juin. A chaque étape, ils donneront des lectures publiques de leurs œuvres. Lancé à l’initiative initiative de l’Union européenne, en coopération avec l’Institut Goethe, ce périple des écrivains turcs en Occident est le pendant de celui effectué ces derniers mois par 48 écrivains européens dans 24 villes turques. « Cultural Bridges » se veut un pont entre les sociétés civiles.

« Je souhaite montrer à quel point Istanbul a toujours été et reste une partie intégrante de la culture européenne », explique Levi. Ce quinquagénaire, qui écrivit aussi en 1986 une biographie de Jacques Brel, est l’un des derniers intellectuels représentatifs de ce monde des « minoritaires » – juifs, Arméniens et Grecs – florissant au début du siècle dernier à « Istamboul ».

Un tiers de la population de la ville jusqu’aux années 50 n’était pas musulmane. Aujourd’hui, les « minoritaires » sont à peine quelques dizaines de milliers, dans une métropole de plus de douze millions d’habitants. « La ville a changé : elle est devenue à la fois totalement turque et ouverte sur le monde », explique Mario Levi dont les huit livres narrent ce cosmopolitisme enraciné dans la mémoire d’une cité qui fut successivement capitale de trois empires réunissant Orient et Occident. Il se revendique comme passeur entre ces univers qui se juxtaposent en lui.

« J’ai coupé avec la religion mais mes racines restent juives en même temps qu’elles se mélangent avec la culture musulmane, grecque et arménienne », explique le romancier et essayiste, également professeur de français à l’université. C’est l’amour même de cette langue qui l’a paralysé. « Mon bourreau fut Marcel Proust, que je vénère, et je me disais que jamais je n’arriverais à écrire comme cela en français », avoue-t-il. A sa grande joie, nombre de critiques littéraires allemands ont salué le ton « proustien » d’Istanbul était un conte…

Le même éditeur, Sabine Wespieser, devrait aussi publier son dernier roman, Où étiez-vous quand l’obscurité tombait ?, sur la génération des années 70, entre violences politiques, coups d’Etats militaires et implacables répressions. Un livre sur les rêves fracassés avec toujours cette musique nostalgique…

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