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Entretien avec Stefan Füle, commissaire à l’élargissement et à la politique d’élargissement : la politique d’élargissement va connaître un nouvel élan 6 mai 2010

Posted by Acturca in EU / UE, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Europolitique

6 mai 2010

Stefan Füle, le commissaire à l’élargissement et à la politique de voisinage, se dit confiant que la politique d’élargissement connaîtra un nouvel élan dans les prochains mois. Il prévoit des progrès tangibles du processus d’intégration européenne des Balkans occidentaux et de l’Islande, et se prononce en faveur de la poursuite des négociations d’adhésion avec la Turquie. Selon M. Füle, la clé du succès à long terme de la politique d’élargissement est un bon équilibre entre la capacité interne de l’UE d’absorber de nouveaux pays, et le rythme de la continuation de l’intégration.

Votre emploi du temps et celui de Mme Ashton donnent l’impression que vos rôles et compétences se chevauchent souvent. Sur une courte période, vous avez fait des voyages séparés, dans les Balkans occidentaux. En quoi se différencient ces deux déplacements ?

Je pense qu’il est extrêmement important que, tous les deux, nous travaillions très dur pour mettre le traité de Lisbonne en pratique, surtout le service d’action extérieure. Je travaille et je coordonne avec la baronne Ashton, surtout les dossiers liés à la politique de voisinage, pour renforcer son rôle [à elle]. Même dans le cas de la politique d’élargissement, où la Commission a une responsabilité unique, nous travaillons de sorte à renforcer nos messages respectifs. Certains pays des Balkans occidentaux nécessitent une combinaison d’instruments communautaires et de Politique étrangère et de sécurité commune. Notre tout premier voyage dans les Balkans occidentaux a eu lieu au début du mandat de la nouvelle Commission. Nous sommes allés au même moment dans différents pays mais porteurs de messages très proches. Nous avons pu couvrir toute la région en très peu de temps, et, je pense, avec un ensemble très efficace de messages. Donc, notre coopération avec Cathy Ashton fonctionne bien sur le plan tant institutionnel que personnel, à un moment où nous ne disposons pas encore du SEAE.

Lors de votre audition au Parlement européen, vous avez promis de relancer la politique d’élargissement. Comment concrétiser cet engagement ambitieux, vu la lassitude que suscite l’élargissement dans l’UE ?

La lassitude de l’élargissement est une expression devenue très populaire. Mais je ne suis pas sûr que nous comprenions vraiment ce qu’elle signifie. En adoptant le Traité de Lisbonne, nous avons précisé que tout élargissement devait non seulement augmenter le nombre d’Etats membres, mais aussi permettre une intégration plus poussée de l’UE. Quand je parlais [à l’audition] de la nécessité de combattre ce type de clichés, je ne voulais pas dire oublier la conditionnalité et les exigences techniques. Vu les défis à relever, nous pourrions même être plus pointilleux sur cette dimension des négociations d’adhésion. Il importe en même temps d’ajouter une direction politique à ce processus. L’élargissement n’est pas qu’un processus technique. Je suis convaincu que c’est la seule manière de faire en sorte que la politique d’élargissement reste notre meilleur outil de politique extérieure.

Dans l’UE dont deux grands Etats membres, l’Allemagne et la France, sont défavorables à tout nouvel élargissement, et chez certains aspirants, dont la Bosnie-Herzégovine, les réformes liées à l’UE sont dans l’impasse. Comment comptez-vous relever ce double défi ?

Conjuguer direction politique et conditionnalité renforcée est une réponse. Et il y aura un élan créé par le processus d’élargissement lui-même. Cette fois, nous sommes sur le point de finaliser les négociations d’adhésion avec la Croatie. Je pense qu’au prochain Conseil européen en juin, nous aurons le feu vert d’ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Islande. Nous travaillons sur l’avis sur l’opportunité de commencer des négociations d’adhésion avec le Monténégro et l’Albanie. Nous espérons toujours recevoir sous la présidence espagnole le feu vert pour envoyer le questionnaire à la Serbie et commencer la préparation de l’avis sur l’état de préparation de Belgrade à l’ouverture de négociations. Nous avons le feu vert pour intensifier nos travaux avec le Kosovo, pour veiller à ce que le dossier ne reste pas en rade. Nous nous attendons, durant la présidence espagnole, à recevoir le feu vert pour entamer les négociations d’adhésion avec Skopje. Et nous travaillons dur pour que la Bosnie-Herzégovine comprenne mieux son avenir européen. Il se passe donc beaucoup de choses que je considère comme une bonne base pour créer cet élan positif. Une d’entre elles sera, j’espère, la conférence de Sarajevo en juin, qui va réaffirmer la perspective européenne de l’ensemble des Balkans occidentaux.

Concernant le Kosovo, l’approche « statut neutre » de l’UE bénéficie à peine à Pristina. L’Etat nouvellement établi a à peine progressé en deux ans vers l’adhésion à l’UE. Que comptez-vous faire ces prochaines semaines pour débloquer la situation ?

Vous notez à juste titre qu’il n’y a pas de consensus des Etats membres sur le statut du Kosovo. Il est très important, toutefois, que nous ayons dégagé un consensus pour engager le Kosovo sur sa voie européenne. A la fin de l’année passée, la Commission a été invitée à travailler pour porter à un plus haut niveau le dialogue politique avec le Kosovo. La nouvelle approche vise à trouver comment nous pourrions favoriser les échanges commerciaux et personnels entre l’UE et le Kosovo. Ce sont des éléments majeurs de notre stratégie, y compris celle que poursuit EULEX. Je crois qu’il s’agit de la bonne stratégie à un moment où il nous manque un consensus sur le statut.

Quand pourraient se matérialiser ces objectifs ?

Notre travail donnera, j’en suis sûr, de bons résultats cette année déjà. Cela ne veut pas dire que cette année nous pourrons atteindre pleinement les trois objectifs. Mais nous travaillerons beaucoup dessus.

Revenons à la Bosnie-Herzégovine. Ce pays est en voie de désintégration. Avez-vous un plan B en cas de scission ?

Non, nous n’en avons pas et je ne pense pas qu’il faille de plan B. Je suis d’accord avec vous que la route est encore longue avant un Etat qui fonctionne tout à fait en Bosnie-Herzégovine. Mais si l’on considère l’ensemble du processus de Dayton, l’on peut dire qu’il y a une certaine issue logique. Il faut désormais briser cette attitude des responsables politiques bosniaques coincés dans ce processus de Dayton. Je pense que les élections qui auront lieu en octobre sont très importantes à cet égard. J’espère vraiment que les représentants politiques bosniaques seront contraints par l’électorat de répondre non seulement aux questions sur le passé et les relations interethniques, mais aussi à celles sur l’avenir européen du pays.

Les négociations d’adhésion de la Croatie touchent à leur fin. Avez-vous déjà une idée sur la manière dont l’adhésion de la Croatie touchera les citoyens européens. Quelles dispositions spéciales (les dérogations temporaires) s’appliqueront une fois la Croatie dans l’UE ?

C’est vrai que nous sommes dans la dernière phase des négociations d’adhésion. Nous n’en sommes pas encore là vu que nous avons provisoirement conclu la négociation de plus ou moins la moitié des chapitres à négocier, l’autre moitié étant en cours de négociation, ou encore à ouvrir. Il serait donc prématuré de brosser un tableau complet, et même de donner des exemples. Des mesures intérimaires sont certes prévues. Elles ont été décidées sur base d’un mandat clair. Toutes les dérogations doivent se limiter pour ce qui est de leur durée, de leur champ d’application, et de leur effet sur l’acquis. Dans ce contexte, la Commission accorde une attention particulière à la capacité d’intégration de l’UE. Nous traiterons spécifiquement de ce point dans le paquet Elargissement à présenter cet automne au Conseil européen et au Parlement européen.

Le Conseil européen autorisera-t-il l’ouverture des négociations avec Skopje en juin à Bruxelles, même si les pourparlers en cours sur le nom de la Macédoine ne font pas encore l’objet d’un accord entre la Macédoine et la Grèce ?

J’espère beaucoup que sous la présidence espagnole, Skopje aura le feu vert d’entamer les négociations d’adhésion. Nous savons tous que la question du nom doit être résolue. Je pense que Skopje et Athènes comprennent toutes deux qu’une possibilité se présente à eux. J’ai le sentiment que, surtout ces dernières semaines, il y a un sentiment sincère des deux parties de résoudre cette question.

Etes-vous aussi optimiste que votre prédécesseur Olli Rehn sur la perspective d’intégration de l’Islande ? Le Royaume-Uni et les Pays-Bas pourraient-ils selon vous autoriser l’ouverture de négociations avec l’Islande, au Conseil européen de juin ?

Rien n’indique le contraire. Je sais que ces deux pays sont dans des négociations complexes sur Icesave. Je comprends l’importance de cette question pour les deux pays. Mais en même temps, le problème d’Icesave n’est pas directement lié au processus d’adhésion. Ceci dit, je dois souligner que, dans notre évaluation de l’état de préparation de l’Islande à ouvrir des négociations d’adhésion, nous avons déjà indiqué que tout au long des négociations d’adhésion nous ferons particulièrement attention à la capacité de l’Islande d’adopter et de mettre en uvre tout l’acquis, y compris dans la sphère financière. Pour moi, l’Islande est une candidate forte. Elle a déjà adopté un tiers de l’acquis européen faisant l’objet de négociations d’adhésion via son appartenance à l’Espace économique européen. Un autre tiers a été partiellement adopté par Reykjavik. Les négociations proprement dites ne couvriront donc qu’un tiers de l’acquis.

Le processus de négociation avec la Turquie devrait cesser vers la fin de cette année, avec la suspension de la plupart des chapitres. Quelle est votre stratégie pour surmonter cette difficulté ? Faut-il s’attendre à ce que la Turquie change de position sur Chypre d’ici la fin de l’année, pour débloquer les négociations d’adhésion ? Je pense au protocole d’Ankara, et au refus de la Turquie d’ouvrir ses ports et aéroports aux bateaux et avions de Chypre.

Je trouve qu’il serait injuste d’affirmer à ce stade que nous n’avons pas de marge de maneouvre. Il reste des domaines où nous pouvons et devons avancer. Nous attendons toujours d’Ankara qu’elle prenne des dernières mesures pour respecter les critères d’ouverture de certains domaines politiques. Je pense que tout le monde comprend que si les parties concernées trouvaient une solution globale au problème chypriote, il y aurait une marge beaucoup plus large pour avancer dans les négociations d’adhésion turques. Il importe dans ce contexte que la Turquie continue de soutenir le processus de réunification de Chypre après les élections dans le nord de l’île. Si nous ne trouvions pas rapidement la solution globale au problème chypriote, il resterait encore une clé pour ouvrir de nouveaux chapitres, et elle se trouve dans les mains de la Turquie. C’est la mise en uvre inconditionnelle du protocole d’Ankara qui permettrait d’ouvrir à la négociation un certain nombre de chapitres. Nous sommes tous d’avis que la poursuite du processus d’adhésion de la Turquie revêt une importance extrême.

Certains experts voient dans la relance de la mise en uvre de la proposition de la Commission sur le commerce direct avec la communauté chypriote turque une autre clé, qui pourrait débloquer les négociations d’adhésion d’Ankara. Estimez-vous que l’adoption du règlement sur le commerce direct puisse inciter la Turquie à appliquer le protocole d’Ankara ?

Je ne vois pas de rapport entre le règlement sur le commerce direct, et le protocole d’Ankara. Obligation est faite à la partie turque d’appliquer le protocole d’Ankara.

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