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La Turquie s’émancipe 10 juin 2010

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Le Temps (Suisse), 10 juin 2010

Par François Gross

Lasse de faire le pied de grue devant les portes de l’UE, la Turquie a progressivement changé de cap.

Tenue longtemps pour le bon petit soldat de l’OTAN, la Turquie manifeste aujourd’hui un évident besoin d’émancipation. En atteste le langage désormais adopté par ses dirigeants. Après le raid téméraire de Tsahal contre une flottille composite, ayant pour double but d’apporter une aide aux habitants de la bande de Gaza et d’attirer l’attention mondiale sur leur sort cruel, Ankara n’a pas ménagé l’agresseur. Israël en a pris pour son grade. De détériorées qu’elles étaient depuis l’opération «Plomb durci», les relations entre Ankara et Tel-Aviv ont tourné à l’aigre.

Les signes précurseurs de cette nouvelle orientation diplomatique n’ont pas manqué. Alliée choyée par les Etats-Unis au temps de la Guerre froide, Ankara a, par la suite, perdu de son importance stratégique. Elle n’en a pas pour autant réduit une force militaire qui reste considérable. Cette mutation jette sur les bas-côtés des généraux considérés comme les gardiens de l’héritage d’Atatürk. En février de cette année, des cadres supérieurs de l’armée ont été arrêtés, soupçonnés de complot contre le gouvernement. Ils en désapprouveraient la coloration religieuse et une excessive compréhension pour les voisins syrien et iranien, allant de pair avec la glaciation des rapports avec Israël. En visite à Paris au mois d’avril, le premier ministre Erdogan n’y était pas allé par quatre chemins pour dénoncer l’Etat hébreu, «principale menace pour la paix régionale». Hasard? Quelques semaines après, le ministre français des Affaires étrangères devait entendre, à Damas, les mêmes mots sortant de la bouche du président Assad.

Ceux des Européens que ces accents indisposent devraient, au contraire, leur reconnaître une certaine logique. Ayant frappé aux portes de l’Union européenne, les Turcs ont été sèchement priés de patienter dans la file d’attente des candidats. Les préventions allemandes et françaises contre un pays islamique, à cheval entre deux continents, sont partagées, si non ouvertement avouées, par d’autres membres de l’UE et par des candidats se jugeant avoir de meilleurs titres à une admission. Lasse de faire le pied de grue, la Turquie a progressivement changé de cap. Elle joue pour elle seule le rôle qu’elle ambitionnait d’interpréter au nom de l’Europe sur la scène proche-orientale. Elle s’installe parmi les nouveaux venus sur le plateau du monde multipolaire. Ainsi, elle plaide la cause iranienne, faisant la part de l’enflure verbale dans les diatribes anti-israéliennes du président Ahmadinejad. Elle stigmatise parallèlement le bellicisme aventureux des dirigeants actuels d’Israël et la mansuétude américano-européenne envers un Etat se moquant comme d’une guigne d’une kyrielle de condamnations onusiennes.

Ne lire dans le nouveau discours turc que d’immédiates préoccupations électorales, y déceler une trace de nostalgie ottomane est un peu court. Ankara redoute, comme nombre d’Etats, un «grand bain de sang» au Proche-Orient, ainsi que l’a dit Benoît XVI à Chypre.

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