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La marche turque 10 juin 2010

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Point (France), 10 juin 2010

De notre correspondant Guillaume Perrier

Ambition. Erdogan veut renouer avec le rêve ottoman. Et restaurer l’influence de son pays au Moyen-Orient.

Depuis l’assaut sanglant d’un commando israélien contre la flottille d’activistes propalestiniens, le drapeau turc flotte sur tout le Proche-Orient. De Beyrouth au Caire, la popularité du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est à son apogée. L’opération maritime lancée à partir d’Istanbul pour briser le blocus imposé par Israël a été stoppée au large des côtes de Gaza, mais, pour le gouvernement turc, elle a atteint son but. » A cause de cet incident, les équilibres et les alliances vont changer au Moyen-Orient, souligne l’éditorialiste Mehmet Ali Birand.La Turquie en est le bénéficiaire. Elle est parvenue à attirer l’attention de la communauté internationale.  » La manoeuvre a porté ses fruits. Le discours musclé d’Erdogan au Parlement, au lendemain de l’attaque israélienne, a été diffusé sur 25 chaînes à travers le monde et traduit en arabe et en anglais pour lui donner plus d’audience. L’accord signé en mai à Téhéran avec le Brésil sur le nucléaire iranien était déjà un signe de la volonté turque de s’émanciper de ses alliés traditionnels, les Etats-Unis et Israël. La flottille a donné l’occasion à la Turquie d’abattre ses cartes.

Après avoir conquis Istanbul, dont il fut le maire dans les années 90, puis la Turquie, lors des élections de mars 2003, Erdogan se rêve désormais en  » représentant d’un milliard et demi de musulmans « . Son plus grand plaisir, glisse un ministre parmi ses proches, c’est de tester sa popularité au Moyen-Orient. Depuis plusieurs mois, une pluie d’éloges déferle sur Erdogan, considéré par la presse arabe comme le  » nouveau Nasser « . » Dirigeant de la seule nation musulmane de l’Otan et chef d’une démocratie trépidante, Erdogan a les atouts pour redessiner une région instable « , écrit le magazine Time, qui le range parmi les 20 leaders les plus influents du globe. En mars, Riyad lui a décerné le prix du Roi Faysal pour la cause de l’islam, une sorte de Nobel arabe, qui récompense son engagement en faveur du peuple palestinien.

Influence.

Erdogan n’a pourtant pas la culture d’Abdullah Gül, le président de la République, qui parle arabe et a vécu en Arabie saoudite. Le Premier ministre séduit, lui, grâce à son sens du populisme. Le verbe haut, il est l’inlassable VRP des ambitions turques. Sous son impulsion, Istanbul est redevenue un phare économique et culturel pour le monde arabe. Les posters du Bosphore tapissent les boutiques en Irak. Les séries turques font rêver les téléspectateurs saoudiens. Les riches Libanais sont de plus en plus nombreux à venir se marier sur les bords de la Corne d’Or. Partout, la réussite du grand frère turc suscite envie et admiration.

 » Turcs et Arabes, nous sommes les deux doigts d’une même main « , déclarait Recep Tayyip Erdogan, en avril, pour le lancement d’une chaîne en arabe de la télévision nationale, la TRT. En Syrie, lyrique, il se félicitait du retour de la Turquie dans la région. » Le fleuve a retrouvé son lit « , s’exclamait-il. Sa sortie théâtrale, lorsqu’il a pris à partie le président israélien Shimon Peres au Forum de Davos, en janvier 2009, a marqué les esprits. » Président Peres, tu es vieux et ta voix est celle d’une conscience coupable. Quand il s’agit de tuer, vous savez très bien comment faire « , avait-il lancé avant de quitter l’estrade, ivre de colère.

Une étude de la Fondation turque d’études économiques et sociales menée dans sept pays arabes montre qu’une large majorité des sondés plébiscite la Turquie. » Elle est perçue comme un modèle et un exemple de bon équilibre entre l’islam et la démocratie « , note le document. Sûre de son pouvoir de médiation, Ankara revendique un rôle central dans la résolution des conflits au Proche-Orient. C’est la Turquie qui a organisé, sans succès, en 2007, des pourparlers entre la Syrie et Israël et qui a parrainé des négociations au Yémen, au Liban…

Dans cette lutte d’influence, Ankara profite de la perte de vitesse de l’Egypte. Les émirs du Golfe ont des difficultés financières. Et, à Riyad, Erdogan a même eu le culot de dénoncer la passivité des puissances arabes face au drame de Gaza. La Turquie, au contraire, a monté en 2009 de grandes opérations caritatives, propulsant au premier plan la Fondation pour les droits de l’homme et pour l’aide humanitaire, cette ONG islamiste qui a organisé la flottille.

Dans l’ombre du leader turc, le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, tire les ficelles. Le chef de la diplomatie orchestre cette nouvelle expansion turque. Pas à pas, il applique sa thèse, celle de  » la profondeur stratégique « , dans laquelle il redéfinit la place de la Turquie dans son environnement géopolitique. Ankara a deux cordes à son arc. La première :  » son rôle croissant, qui est une conséquence de ses liens avec l’Ouest « , estime Hugh Pope, de l’International Crisis Group. La seconde : la possibilité pour ce gouvernement conservateur, dont la plupart des membres sont issus de la mouvance islamiste, de jouer sur la solidarité musulmane, un tropisme souvent qualifié de  » néo-ottoman « . Un terme que Cuneyd Zapsu, proche conseiller d’Erdogan, ne désapprouve pas. » Nous sommes des Ottomans ! Nous ne devrions pas avoir honte de cela.  »

Le souvenir de la domination ottomane, son influence dans l’architecture ou la gastronomie, resurgit d’Alger à Bagdad. Aujourd’hui, Ankara ouvre des consulats et des écoles, disperse ses hommes d’affaires pour mailler le monde arabe. Si la rue est enthousiaste, les responsables sont sur leurs gardes face à ce retour de l’hégémonisme turc. La motivation pour la Turquie  » n’est pas la résurrection d’un califat à l’ottomane, souligne Hugh Pope,mais le fait que ses intérêts se trouvent affectés par l’instabilité du Moyen-Orient. Or elle veut sécuriser de nouveaux marchés pour ses industries en pleine croissance « . En cinq ans, les échanges commerciaux ont quadruplé avec la Syrie, sextuplé avec l’Irak, devenant bien plus importants que ceux avec Israël. La Turquie a déjà supprimé les visas avec une soixantaine de pays. Rejeté par l’Union européenne, Erdogan milite pour l’établissement d’un  » Schengen du Moyen-Orient « . Le renouveau de la Turquie n’en est qu’à ses débuts

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