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La Turquie ferme son espace aérien à l’armée israélienne 29 juin 2010

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), 29 juin 2010, p. 6

Renaud Girard Envoyé spécial à Istanbul

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan n’est-il pas en train de s’emmêler les pinceaux dans sa nouvelle diplomatie, fondée sur une politique de communication volontiers tonitruante contre Israël ? On peut se poser la question, lorsqu’on met en parallèle deux annonces venues des autorités turques en ce début de semaine, l’une volontaire, l’autre arrachée par des journalistes.

Depuis Toronto, où il avait participé au G20, Erdogan a déclaré que la Turquie avait fermé son espace aérien aux avions militaires de l’État hébreu. C’est la sanction du raid du 31 mai de la marine israélienne, dans les eaux internationales, contre le Mavi Marmara , navire marchand turc, affrété par une organisation humanitaire islamiste, désireuse de forcer le blocus de la bande de Gaza. Reçus à coups de barre de fer, les commandos israéliens avaient ouvert le feu et tué neuf militants turcs, provoquant une vague d’indignation en Turquie.

Idéologiquement proche des militants islamistes tués, le premier ministre Erdogan avait promis que le partenariat stratégique entre son pays et Israël – vieux de plus de vingt ans – en serait gravement affecté. Faite lundi, la déclaration de Toronto intervenait après que, dimanche, le quotidien israélien Yediot Aharonot eut rapporté que la Turquie n’avait pas autorisé un avion transportant des officiers de l’armée israélienne pour Auschwitz à traverser son espace aérien. Mais, dans le même temps, le chef d’état-major de l’armée turque, le général Ilker Basbug, a été forcé de reconnaître que son armée utilisait, dans ses opérations actuelles contre la rébellion du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), des drones, achetés en Israël en vertu d’un contrat remontant à 2005, année où M. Erdogan était déjà au pouvoir.

Des raisons techniques ont retardé l’application de ce contrat de 150 millions d’euros, portant sur dix drones. Les premiers d’entre eux furent livrés en mars, entrant immédiatement en service, sous l’égide d’instructeurs et d’ingénieurs israéliens. Après l’incident de la flottille pour Gaza, ces derniers revinrent précipitamment à la maison, mais une délégation militaire turque fut envoyée à Tel-Aviv, le 23 juin. La politique anti-israélienne d’Erdogan ne date pas d’hier. Le 29 janvier 2009, il avait quitté avec fracas un forum de discussion à Davos, après un échange très vif avec le président israélien, Shimon Pérès. Le premier ministre turc avait férocement critiqué l’opération militaire israélienne contre Gaza qui venait de s’achever (un millier de Palestiniens tués). Il est vrai qu’Erdogan avait ressenti comme une humiliation le fait que le premier ministre israélien Olmert, qui lui avait rendu visite à Ankara quatre jours avant le déclenchement de l’opération, ne lui en avait pas dit un mot.

Grand écart

En octobre 2009, la Turquie avait exclu Israël d’exercices militaires aériens internationaux, provoquant immédiatement le retrait de l’US Air Force. Le 16 mai 2010, Erdogan, en compagnie du président brésilien, Lula, s’était rendu en Iran (ennemi déclaré de l’État juif), pour signer avec le président Ahmadinejad un accord censé désamorcer le dossier nucléaire du régime des mollahs. Au mois de juin, lors du vote au Conseil de sécurité de l’ONU d’un quatrième train de sanctions contre l’Iran, la Turquie a voté non, défiant ainsi ouvertement ses alliés de l’Otan.

Mais un vilain grain de sable est venu interrompre cette belle cavalcade anti-occidentale. Le samedi 19 juin, onze soldats turcs furent tués dans un affrontement avec le PKK dans la province d’Hakkari, près de la frontière irakienne. Depuis, deux attentats du PKK ont endeuillé Istanbul. Dans ce soudain retour de flamme des réalités stratégiques, l’opinion turque commence à se demander si Erdogan ne se trompe pas d’ennemi. Ankara qualifiant le PKK de mouvement terroriste, est-il si scandaleux qu’Israël fasse de même avec le Hamas, se demandent en privé maints officiers supérieurs de l’armée turque ?

Lors d’un séminaire organisé il y a une semaine à Istanbul par la Commission européenne, le ministre turc des Affaires européennes défendait l’initiative de son gouvernement sur le nucléaire iranien. «  Les grandes puissances ne savent pas parler aux Iraniens et ménager leurs susceptibilités. Notre accord ne résout pas tout, mais il a le mérite de constituer un pas en avant dans la bonne direction !  » confiait Egemen Bagis dans son anglais parfait, acquis aux États-Unis. Le non à l’ONU ? «  Nous avons utilisé notre liberté de vote, mais nous ne sommes pas Israël, nous sommes légalistes, nous appliquerons la résolution, même si elle ne nous plaît pas !  », répondait-il très habilement.

Le grand écart d’Erdogan entre l’appartenance de la Turquie à l’Otan et sa diplomatie centrée sur la séduction des masses politiquement frustrées du monde arabo-islamique risque fort de s’arrêter le jour où l’armée turque lui demandera quels profits le pays en a réellement tirés…

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