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À Eskisehir, cité modèle, le Tigre anatolien diversifie ses exportations 10 décembre 2010

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), 10 décembre 2010, p. 20

Fabrice Nodé-Langlois (à Eskisehir)

Le tramway flambant neuf glisse en silence dans l’artère commerçante. Par cette journée ensoleillée d’automne, les habitants d’Eskisehir déambulent sur le trottoir d’une propreté irréprochable le long des vitrines de boutiques de prêt-à-porter, de téléphonie mobile et d’agences bancaires parmi lesquelles BNP Paribas. Les mères de famille coiffées d’un foulard sont moins nombreuses que les étudiantes en jeans, cheveux longs au vent. À quelques pas, une incongrue gondole vénitienne ondule sur la rivière Porsuk. Les berges de ce cours d’eau ont été reconstruites et agrémentées de ponts élégants de style Belle Époque. Des immeubles de huit étages fraîchement colorés surplombent les terrasses de café animées. Loin de la carte postale d’Istanbul, de ses souks et de ses minarets, Eskisehir, 740 000 habitants, à 200 kilomètres d’Ankara, évoque une coquette cité européenne.

«  C’est la ville la plus propre que j’ai jamais vue en Turquie !  » remarque un journaliste allemand connaisseur du pays en admirant une petite plage de sable au bord de la Porsuk qui fait face à des HLM plantés sur des gazons dignes de Londres. Pour rallier Eskisehir depuis la capitale, le voyageur emprunte le « TGV turc », qui file à 250 km/h. Le train dispose d’une classe affaires qui n’a rien à envier à l’Eurostar, avec écrans vidéo individuels.

Eskisehir n’est pas seulement une réussite de rénovation urbaine opérée sous la houlette du maire social-démocrate Harun Karacan. C’est aussi l’un des poumons économiques de la Turquie moderne qui accueille sa plus vaste zone industrielle. Dans le parc d’activités se côtoient, sur 30 millions de mètres carrés, constructeurs de moteurs d’avion et de locomotive, fabricants d’électroménager et de confiserie. Quarante-trois entreprises implantées à Eskisehir sont contrôlées par des capitaux étrangers. C’est le cas de l’usine qui produit des sèche-linge et des cuisinières, achetée en 2007 par le groupe italien Candy. «  80 % de notre production est exportée, dans une cinquantaine de pays d’Europe et d’Asie centrale  », explique Cemal Dereoglu, le patron, en faisant la visite des chaînes de montage. Les exportations cumulées des sociétés d’Eskisehir dépassent les 500 millions de dollars (378 millions d’euros). Chez Candy, 800 employés se relaient 24 heures sur 24. Ils sont payés 7 euros de l’heure pour 45 heures de travail hebdomadaire, soit un salaire mensuel de 800 à 900 euros, qui permet de vivre correctement à Eskisehir.

Salaires en hausse

L’absence de ressources naturelles a forcé la Turquie à diversifier son économie, se félicite Mehmet Simsek, le ministre des Finances. Après une chute du PIB de 4,7 % en 2009 provoquée par la crise mondiale, le pays tutoie les 7 % de croissance cette année et dépassera 5 % en 2011. Pendant que l’Europe perdait 2,2 millions d’emplois, de 2007 à 2010, la Turquie en créait 3 millions. Chez les Vingt-Sept, l’heure est au gel des salaires, voire aux réductions pour les fonctionnaires. Côté turc, le salaire minimum dans la fonction publique vient de grimper de 18 %, le salaire moyen de 14 %.

Ce dynamisme, qui vaut à la Turquie le surnom de « Tigre anatolien », nettement plus vigoureux que celui du « Tigre celtique » irlandais, a ses revers. À commencer par un chômage officiel qui dépasse 11 %. L’économie crée des emplois, mais, dans ce pays jeune de 75 millions d’habitants, 800 000 personnes arrivent chaque année sur le marché du travail. Les moins qualifiés sont les premières victimes du chômage.

Deuxième revers : une inflation qui frôle les 8 %. «  Mais, rappelle Mehmet Simsek , des années 1980 à 2002, elle était en moyenne de 70 %.  » Troisième point noir : la part de l’économie grise est encore très importante. Quelque 43 % des travailleurs ne seraient pas déclarés dans le pays. À Eskisehir, ce chiffre est très inférieur, assure un adjoint du maire, car l’essentiel de l’emploi est fourni par des entreprises industrielles – et non des sociétés de construction ou des chantiers navals – qui refusent les employés clandestins.

La clé de la réussite d’Eskisehir, vitrine moderne du pays, c’est son université, conviennent tous lesresponsables rencontrés. L’université d’Anatolie accueille 70 000 étudiants sur son campus à l’américaine aux bâtiments récents dispersés autour de pelouses impeccables. S’y ajoutent 1,5 million d’étudiants qui suivent des cours par correspondance ou via Internet. Fort d’une main-d’oeuvre de plus en plus qualifiée, le ministre Simsek rêve de monter en gamme dans les produits exportés. «  Lorsque nous produisons des chemises à 12 euros vendues en Italie dix fois plus cher, la marge se fait en dehors de la Turquie . Il est temps de créer des marques globales turques. » Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les employés des usines d’Eskisehir s’y activent.

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