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Pour en finir avec l’équivoque de l’adhésion de la Turquie à l’UE 6 janvier 2011

Posted by Acturca in EU / UE, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Agence Europe, 6 janvier 2011

par Ferdinando Riccardi 

Conséquences. En ce moment où l’évolution future du budget communautaire est au centre de l’attention (voir cette rubrique d’hier et d’avant-hier), les partisans de l’adhésion de la Turquie sont-ils conscients des évolutions que cette adhésion impliquerait pour la politique de cohésion et pour la politique agricole commune ? D’après les dispositions qui régissent ces deux politiques, la Turquie en deviendrait largement le premier bénéficiaire (pour l’aspect institutionnel, elle aurait en outre le plus de votes au Conseil et le plus grand nombre de parlementaires européens). L’objectif Convergence de la politique de cohésion (80% de la dotation de cette politique) finance les régions dont le PIB par habitant est inférieur à 75% de la moyenne communautaire ; le vaste territoire de la Turquie asiatique en deviendrait le premier bénéficiaire, et de nombreuses régions de l’UE actuelle, allant de la Wallonie belge à plusieurs zones des États membres d’Europe orientale, en seraient exclues, quelle que soit la possibilité d’aménagements temporaires. On se demande si les principaux bénéficiaires de la politique de cohésion y ont réfléchi. L’évolution serait largement analogue pour la politique agricole commune. Les États membres qui préconisent l’adhésion turque et en même temps réclament le renforcement des politiques communes de l’UE et de leur financement, manquent de logique et de cohérence. Solidarité et soutien communautaire ? Ils s’apercevraient de ce qu’il en reste, si l’orientation «britannique» de la construction européenne prévaut.

Politique étrangère autonome

Que cela soit clair: ce ne sont pas les considérations comptables qui ont amené cette rubrique à considérer depuis longtemps que l’adhésion de la Turquie est irréalisable. La raison essentielle est que cette adhésion impliquerait la fin du projet d’une véritable intégration européenne. Certains pays, comme le Royaume-Uni, en seraient ravis ; mais d’autres ? Et le Parlement européen ? Dans les relations extérieures, la différence d’orientations entre Bruxelles et Ankara est de plus en plus évidente. Certes, l’UE est encore éloignée de ce qu’on pourrait appeler une politique étrangère commune, mais elle s’efforce d’uniformiser ses positions ; le service diplomatique européen s’installe progressivement et des stratégies communautaires sont élaborées à l’égard des États-Unis, de la Chine, de la Russie. De son côté, la Turquie affirme sa politique étrangère dans des directions qui sont de plus en plus souvent incompatibles avec les positions européennes, que ce soit à l’égard de l’Iran, dans les relations avec Israël, et d’une façon générale dans les dossiers relatives à l’OTAN. Ankara poursuit avec vigueur, en toute légitimité, une politique visant à renforcer sa position internationale et à jouer un rôle à peu près analogue à celui du Brésil ou de l’Inde. Sa liberté d’action est totale à l’égard des Kurdes et des pays de l’ancienne URSS. La Turquie ne renoncera pas à sa politique étrangère autonome ; au contraire, elle l’accentue. En même temps, les négociations officielles UE-Turquie sont en pratique bloquées depuis plusieurs années: sur les 35 chapitres à négocier, 13 à peine ont été ouverts (aucun en 2010), et un seulement a été provisoirement clos.

Évolution

L’opinion publique en Turquie évolue elle aussi ; le dernier sondage Eurobaromètre indique que seulement 38% des citoyens turcs sont maintenant favorables à l’adhésion, et le président Abdullah Gül n’a pas exclu que, le moment venu, les citoyens « ne sentiront pas le besoin de devenir membre de l’UE ».

Selon le prix Nobel turc Orhan Pamuk, « notre rêve de la Turquie en Europe s’est évanoui ». Il le regrette, en constatant qu’Istanbul devient « de plus en plus complexe et cosmopolite, centre d’attraction pour l’immigration en provenance d’Asie et d’Afrique ». À son avis, l’Europe ne doit pas s’opposer à ce mouvement migratoire: « Elle ne peut pas se fermer aux chômeurs pauvres et sans défense qui fuient leurs pays d’origine à la recherche d’un endroit où ils puissent vivre et travailler ». Une chose n’est pas claire: pourquoi, dans l’esprit du prix Nobel, cet afflux d’immigrés asiatiques et africains devrait être accueilli par la Grèce, pays en pleine crise économique et financière, qui a fait appel aux instruments de l’UE pour se protéger face à un fardeau qu’elle n’est pas en mesure d’assumer, plutôt que par la Turquie elle-même, qui est en plein boom économique, avec un taux de croissance de 10% par an. Presque tous les pays de l’UE sont en train de soumettre leurs populations à des restrictions et des disciplines souvent douloureuses, pour sauvegarder notamment les conquêtes sociales, fruit de tant d’efforts et de sacrifices. Aujourd’hui, les disponibilités financières sont ailleurs, notamment chez qui est en train d’acheter dans cette vieille Europe équipes de football, hôtels de luxe et bâtiments historiques, ou de prendre le contrôle de ses entreprises. L’Europe doit respecter ses engagements à l’égard des pays tiers ; mais en sauvegardant ses acquis.

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