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La puissance turque s’impose en pivot de plusieurs mondes 6 janvier 2011

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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La Tribune de Genève (Suisse)

6 janvier 2011, p. 2

Aux marges de l’Europe, la Turquie construit une puissance qui rayonnera dans toutes les directions en 2011. Sur le point d’être accueilli dans le club des pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine), ce pays affiche un taux de croissance qui flirte avec les 9% en 2010 et même 11% sur les derniers mois de l’année. Son économie s’est hissée au 15e rang mondial et a fait entrer Ankara parmi les grands du G20.

Sur les pourtours de la Méditerranée, cette insolente bonne santé économique contraste avec la morosité des pays latins, dévastés par la crise financière. Même les Grecs, élevés dans la méfiance du voisin turc, émigrent aujourd’hui vers l’est pour trouver du travail. Cette vigueur va inscrire au calendrier de cette année un ambitieux programme énergétique. La première centrale nucléaire turque va se construire à Mersin, avec l’aide des Russes. Et Ankara négocie avec le Japon un second projet de centrale à Sinop, sur les bords de la mer Noire, après l’échec des pourparlers avec la Corée du Sud. Une coopération tous azimuts se conjugue aussi avec l’Europe, la Russie et l’Iran, pour faire passer du gaz par le corridor énergétique turc. Que le projet européen de gazoduc Nabucco aboutisse ou pas en 2015.

Bon voisinage

Au carrefour des Balkans, de la Russie, du Moyen-Orient et de l’Europe occidentale, Ankara a inauguré l’an dernier une politique étrangère de pivot entre plusieurs mondes. «Sur le dossier du nucléaire iranien, qui sera brûlant en 2011, la Turquie s’est affirmée au printemps dernier aux côtés du Brésil en proposant sa solution puis en refusant de voter de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité, rappelle Jean Marcou, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Cette posture s’inscrit aussi dans la politique de bon voisinage orchestrée par le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu. » Elle a balayé bien des tabous, renouant un dialogue constructif avec l’Arménie, qui accuse les Turcs de génocide, ou «les Arabes, qui constatent que l’ancien colonisateur ottoman ne regarde plus l’Orient de haut».

Quand Erdogan fait la leçon au président israélien Peres sur l’opération militaire «Plomb durci» à Davos ou accueille en héros l’équipage duMarvin Marmara, qui a tenté de forcer le blocus de Gaza au prix de neuf morts, la Turquie fait figure de champion de la rue arabe. Elle assurait pourtant il y a peu la médiation de paix entre la Syrie et l’Etat hébreu, avec qui une improbable alliance stratégique s’était nouée depuis vingt ans. Un retournement qui ne s’explique pas seulement par le fait «que le parti islamiste AKP est aux affaires», commente Jean Marcou.

Ankara a aussi pris du champ avec les Etats-Unis. «Sa marge de manœuvre a grandi au sein de l’OTAN», l’alliance militaire atlantique à laquelle la Turquie apporte le deuxième plus fort contingent, avec 500 000 hommes. «Ankara a, par exemple, imposé qu’on ne désigne pas son voisin iranien comme l’Etat voyou justifiant le projet de bouclier antimissile européen et refusé d’envoyer des forces supplémentaires en Afghanistan», note Jean Marcou.

L’’Europe a besoin de la Turquie

Candidate à une entrée dans l’Union européenne, sa situation a également changé vis-à-vis de Bruxelles. Des oppositions à son entrée se sont manifestées au sein des Vingt-Sept. Et Ankara n’en fait plus le seul axe de sa politique régionale. «C’est l’Europe qui aurait besoin de la Turquie aujourd’hui, s’amuse le spécialiste de l’Institut français d’études anatoliennes. Erdogan a même parlé de créer l’espace Shamgen – de Al Sham, le nom arabe de Damas – en allusion ironique à l’espace Schengen de libre circulation. » Cependant, le réalisme turc devrait relancer ce dossier. Car la Turquie sait qu’elle fait la moitié de son commerce avec l’Europe. Les législatives de juin pourraient redistribuer les cartes. Mais la victoire récente de l’AKP, avec 58% de voix, au referendum qui finit de démilitariser la vie politique turque semble repousser l’alternance kémaliste au-delà de 2011. Même si le parti d’Atatürk s’est trouvé un nouveau leader propre en la personne du proeuropéen Kemal Kilicdaroglu.

Au carrefour entre Orient et Occident, la Turquie veut transformer sa force économique en influence

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