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Paradoxe monétaire en Turquie 19 janvier 2011

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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L’Agéfi Suisse

19 janvier 2011

La crise de la dette en Europe, les errements monétaires et fiscaux aux Etats-Unis ainsi que les difficultés croissantes de la Chine à calmer son économie en surchauffe sont actuellement au centre de l’attention des marchés. C’est pourquoi des informations mineures mais non dénuées d’intérêt sont souvent délaissées.

C’est le cas de la décision de la Banque centrale de Turquie de réduire ses taux directeurs en décembre dernier. Au vu de la situation du pays, il est difficile de trouver des arguments pour ou contre cette décision. L’économie turque se porte plutôt bien. La croissance a un peu ralenti par rapport à des niveaux auparavant trop élevés pour durer et l’inflation, si elle dépasse toujours les 7%, ne s’est pas accentuée.

Dans un contexte aussi calme, l’inertie serait en principe la politique habituelle d’une Banque centrale. Ce n’est cependant pas pour cela que la décision de réduction de taux est remarquable. C’est plutôt le motif invoqué dans le communiqué de la Banque centrale de Turquie qui a surpris : les taux ont été réduits pour empêcher une surchauffe de l’économie. Oui, vous avez bien lu. Il ne s’agit pourtant pas d’une erreur de communication. Erdem Basci, sous-gouverneur de la banque, a depuis confirmé à plusieurs reprises, dans des interviews et des éditoriaux, cette étrange justification.

Pourtant une baisse de taux pour calmer l’économie contredit non seulement la théorie macroéconomique fondamentale, mais, en plus, elle semble même aller à l’encontre de tout bon sens. Si les intérêts sont revus à la baisse, n’est-ce pas une incitation pour les entreprises et les ménages à emprunter et à dépenser plus ? Et cela ne se traduit-il pas par une hausse de la demande qui stimule l’économie ? Quelque chose nous aurait-il échappé ?

C’est en effet le cas. A l’instar du Brésil et de plusieurs marchés émergents d’Asie du sud-est, la Turquie est devenue une destination privilégiée qui attire d’importants flux de capitaux internationaux. Avec des taux d’intérêt proches de zéro aux Etats-Unis, au Japon et au cœur de l’Europe, les investisseurs recherchent des rendements ailleurs, en transférant leurs actifs dans des régions et pays aux rendements plus prometteurs. Et lorsqu’un pays réduit les rendements en baissant ses taux d’intérêt, cela peut avoir le même effet atténuateur qu’une régulation des capitaux: réduire l’afflux de capitaux, réduire le déficit de la balance courante et en définitive calmer l’économie.

Mais que vaut vraiment ce raisonnement? A notre avis, il comporte plusieurs faiblesses. La réduction de taux touche essentiellement les instruments du marché monétaire. Bien sûr, les investisseurs internationaux qui ont recours à ce type de véhicules pour investir en Turquie trouveront désormais les opportunités moins intéressantes. Mais cela ne dissuadera pas ceux qui y investissent directement en achetant des obligations, des actions ou de l’immobilier.

De plus, si elle peut réduire l’afflux de capitaux internationaux vers la Turquie, la baisse des taux devrait considérablement stimuler l’activité de crédit et les dépenses des ménages. Il se pourrait même que cette mesure bascule le moteur de croissance issu des investissements internationaux vers la consommation intérieure, ce qui, à plus long terme, pourrait s’avérer être un modèle de croissance moins durable.

Enfin, en réduisant ses taux d’intérêt, la Banque centrale a considérablement affaibli la lire turque, augmentant ainsi le prix des importations. Une grande partie du déficit de la balance courante turque est liée aux importations d’énergie. La dépréciation de la lire ne fera qu’accentuer le phénomène. Aussi, tout au moins de cette manière, la réduction des taux exacerbe le principal problème qu’elle était censée résoudre, car la hausse des prix de l’énergie exprimée en monnaie locale creusera le déficit de la balance courante.

Evidemment la Banque centrale de Turquie n’est pas totalement sourde face à ces critiques et a en conséquence pris quelques mesures pour sinon contrer tout au moins atténuer ces effets inflationnistes. Par exemple en augmentant le niveau des réserves obligatoires des banques, elle a réduit leur capacité à octroyer des prêts.

Si vous n’êtes pas Turc ou si vous ne vivez pas en Turquie, vous vous demandez sans doute en quoi les manœuvres de la Banque centrale de Turquie vous concernent. En fait, si la Turquie semble être le seul pays à mener une politique monétaire plutôt paradoxale pour le moment, d’autres pays envisagent des mesures contradictoires du même ordre. Dans ces conditions, on peut considérer la réduction de taux opérée par la Turquie comme une nouvelle petite offensive en marge d’une guerre larvée des monnaies.

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