jump to navigation

Le moment turc 3 mars 2011

Posted by Acturca in France, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
Tags: , , ,
trackback

Valeurs Actuelles (France) no. 3875, jeudi, 3 mars 2011, p. 24

Nay Catherine

Nicolas Sarkozy s’est rendu à Ankara vendredi 25 février. Un voyage éclair de six heures dont la brièveté a heurté le premier ministre turc, qui s’en est plaint dans la presse. Sa visite ne se présentait donc pas sous les auspices les meilleurs. Entre Paris et Ankara, le contentieux est lourd. Le président s’oppose à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne (comme 53 % des Fran çais). Seulement, il a besoin de la Turquie pour réussir le G20.

En homme pressé, Nicolas Sarkozy a toujours pensé qu’en matière diplomatique, on peut faire le tour des questions en quatre ou cinq heures. Pas besoin de dîner officiel ni de passer la nuit dans le pays. Ce qui est toujours frustrant pour les hôtes.

Il a donc passé deux heures avec le premier ministre, Erdogan, puis deux heures avec son homologue, Abdullah Gül. Il leur a expliqué qu’il était là en tant que président du G20 et non comme président de la France qui viendrait en visite bilatérale : « Quand j’ai rendu visite à Barack Obama, j’ai atterri à Washington en fin de matinée et je suis reparti dans la soirée. » Mais il leur a promis de revenir en visite d’État. Il a aussi fait valoir qu’aucun président français n’était revenu chez eux depuis François Mitterrand en 1992 et, curieusement, pas Jacques Chirac qui, pourtant, soutenait l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Le voyage s’est mieux terminé qu’il avait commencé. Les dirigeants turcs soutiennent les propositions françaises. Entre autres, sur la nécessaire régulation du prix des matières premières.

Le contentieux sur l’entrée de la Turquie dans l’Union n’a pas été apuré, bien sûr. Angela Merkel, qui s’y oppose elle aussi, parle de « partenariat privilégié » avec Ankara. Ce qui vexe les Turcs qui, depuis cinquante ans, sont déjà des partenaires de l’Europe. Nicolas Sarkozy a bien pris soin d’éviter le terme. Lui parle d’association : « Entre le tout-adhésion et l’association, il y a un chemin d’équilibre que l’on peut trouver », a-t-il dit, tout en rappelant que si les négociations sont aujourd’hui au point mort, c’est parce que la Commission a gelé le processus tant que le gouvernement turc refuse de reconnaître la partie grecque de Chypre. Comme le souligne un participant au voyage : « L’atmosphère était cordiale sur la base d’un désaccord assumé. »

Nicolas Sarkozy a surtout fait valoir que les bouleversements qui se produisent dans les pays du Sud offrent à la Turquie un nouveau rôle. Celui de modèle, dont devraient s’ins – pirer ceux qui sortent de la dictature. La Turquie, qui compte 74 millions d’habitants, est une vraie démocratie, avec des élections régulières et libres. C’est un pays laïc, avec au pouvoir un parti conservateur musulman. L’économie affiche une croissance de 5 % à 6 % l’an, alors qu’elle a peu de ressources en matières premières, mais une population éduquée, des coûts salariaux faibles et une industrie qui exporte.

Au moment où tant de cartes sont rebattues, ce nouveau rôle pourrait aussi rendre moins réaliste son désir d’entrer dans l’Union, qui n’est pas le seul passage obligé pour sa croissance. En symétrie, la Turquie pourrait faire moins peur aux Européens. C’est le tourbillon de l’Histoire.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :