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La Turquie est fortement affectée par les révoltes touchant ses partenaires économiques du monde arabe 30 avril 2011

Posted by Acturca in Economy / Economie, Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France)samedi 30 avril 2011, p. 16

Guillaume Perrier,Istanbul

La Libye représente le deuxième débouché mondial pour les entreprises de construction du pays. Depuis le mois de février, début du mouvement insurrectionnel en Libye, l’activité économique est suspendue en Turquie. C’est un sérieux coup dur pour les entreprises de construction du pays : après la Russie, la Libye était leur deuxième débouché mondial.

« Nos pertes sont considérables. Mais le plus important est la sécurité des vies », commente Hüseyin Bilmaç, le président de l’association turque des producteurs de matériaux de construction. Depuis le début de la crise, les compagnies nationales ont rapatrié près de 25 000 salariés présents en Libye. Akfen-TAV a ainsi fait évacuer les ouvriers et les ingénieurs affectés aux deux aéroports en construction, à Tripoli et Sebha.

Un chantier d’autoroute dans l’Est a aussi été abandonné. Plus de 220 entreprises turques de construction étaient implantées dans le pays. « Il y a beaucoup de grosses affaires, constate Bahar Kavala, responsable du dossier libyen au Conseil du commerce extérieur (DEIK). Les Turcs avaient signé en Libye pour environ 30 milliards de dollars [20,2 milliards d’euros] de contrats, dont 7,6 milliards pour 2009 et 2010. Maintenant, tout le monde est rentré. On attend le retour à la normale, c’est-à-dire à un environnement sécurisé. » Les échanges entre Ankara et Tripoli se sont élevés à 2,3 milliards de dollars en 2010.

Dès les premiers jours qui ont suivi les révoltes en Tunisie et en Egypte, le ministre d’Etat chargé du commerce extérieur, Zafer Caglayan, a mis sur pied une cellule de crise, pour accompagner en temps réel les entreprises déstabilisées par les événements dans le monde arabe. « Nous renverrons dans la région plus d’hommes d’affaires que nous n’en avons rapatriés », avait lancé, fin février, le ministre, pour stimuler le moral de ses troupes.

M. Caglayan a aussi appelé les banques turques qui financent les investissements à l’étranger à « la plus grande sensibilité » devant ces bouleversements. Le montant des échanges entre la Turquie et la Tunisie, relativement faible, ne constitue pas un enjeu économique majeur pour Ankara. Et avec l’Egypte, où des sociétés textiles turques avaient massivement investi en 2010, les liens commerciaux n’ont pas été rompus. Une délégation d’industriels cairotes est venue en Turquie début mars et le président Abdullah Gül fut le premier chef d’Etat à se rendre au Caire après le renversement d’Hosni Mubarak.

Pour compenser les pertes libyennes, certains groupes réorientent leurs investissements. Le constructeur Ayyildizlar, qui détient 40 % des parts du libyen NUJWM, a dû mettre en sommeil 13 projets à Tripoli et à Benghazi, renonçant à près de 15 millions de dollars de contrats. D’autres songent déjà à retourner travailler dans le pays, malgré les risques. « Le sud est plus calme. De nombreuses entreprises ont laissé les machines sur place et les ouvriers continuent d’être payés », explique Rizanur Meral, le président de la confédération des patrons et industriels turcs (Tüskon). « Nous ne savons pas combien de temps nous allons devoir nous tenir à l’écart de la Libye. A partir de maintenant, nous allons nous concentrer sur nos projets en Irak », affirme Muhammed Tüysüz, dirigeant d’Ayyildizlar.

La compagnie vient de signer un juteux contrat pour des résidences dans la région autonome kurde d’Irak : 62 000 logements à Erbil. L’Irak, qui a fait appel à la Turquie pour construire près de 2 millions de logements en quatre ans, est devenu le marché le plus porteur pour les exportations turques dans la région, chiffrées à 6 milliards de dollars en 2010. La Syrie, touchée à son tour par les troubles politiques, s’était installée comme un partenaire important, avec 2,5 milliards de dollars. Le Moyen-Orient contribue désormais à 22 % du volume des échanges de la Turquie, contre 60 % aux pays européens.

Ankara scrute désormais la situation politique dans la péninsule Arabique, où d’autres intérêts pourraient être affectés. « Bahreïn est un petit marché, à peine 171 millions de dollars d’exportations, indique M. Kavala. En revanche, le pays-clé de la région, c’est l’Arabie saoudite : 4,5 milliards de dollars d’échanges. » Pour consolider cette alliance, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, était l’invité d’honneur du forum économique de Djeddah, fin mars. L’objectif était de développer les échanges avec le monde arabe en 2011. La Turquie doit se tourner vers d’autres marchés émergents, notamment la Russie et l’Afrique.

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