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Yiannos Charalambides: The big bet : will the Turkish accession to the EU threaten the European cohesion? 17 mai 2011

Posted by Acturca in Books / Livres, EU / UE, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Agence Europe, Bibliothèque européenne n° 914, 17 mai 2011 (extrait)

Michel Theys

La question de l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union européenne suscite très souvent – trop souvent même ! – des prises de position où les émotions et les passions l’emportent sur la raison. Rien de tel dans cet ouvrage qui, au-delà de son titre « Le grand pari », voit un juriste et politologue offrir un tableau clinique des effets, positifs comme négatifs, qui résulteraient d’un élargissement de l’Union à ce grand pays, tant pour les Turcs que pour les Européens. Cette approche est rigoureusement scientifique en ce qu’elle s’appuie notamment sur différentes théories des relations internationales (réalisme, réalisme structurel, fonctionnalisme et néo-fonctionnalisme, l’auteur ayant l’honnêteté de reconnaître son penchant pour la première d’entre elles, lui qui accorde aussi une place de choix à l’approche théorique de Robert Gilpin selon laquelle « les changements qui se produisent dans le système international entraînent le renforcement ou le déclin de ce dernier et peuvent même conduire au conflit et à la guerre »).

Le parti pris résolument scientifique de Yiannos Charalambides n’empêche pas le journaliste qui sommeille en cet homme ayant aussi été le conseiller politique de quelques membres du Parlement européen d’avoir le sens de la formule. Ainsi, en guise d’introduction, il n’hésite pas à ressortir une question qui avait eu cours juste après l’effondrement du bloc soviétique (« aurons-nous une Allemagne européenne ou une Europe allemande » ?) en estimant que « la question relative à l’adhésion turque est de savoir si nous aurons une Turquie européenne ou une Europe turque ». Les réponses circonstanciées qu’il y apporte tiennent notamment compte de la distinction radicale à opérer entre la politique de cohésion de l’Union et la cohésion du club européen, la première étant un instrument au service de cette dernière qui dépasse, et de loin, les seuls critères sociaux et économiques pour embrasser des facteurs tels que les intérêts communs, les intérêts nationaux conflictuels, la redistribution et le partage du pouvoir, les menaces pouvant peser sur les rapports de force existants, la culture, la puissance militaire ou encore la gouvernance et les institutions… En clair, c’est la place que prendrait la Turquie dans l’économie générale du projet européen que l’auteur s’emploie à discerner afin de savoir si elle ferait ou non courir un risque à l’Union et à ses États membres, ainsi d’ailleurs qu’à la Turquie elle-même.

Au terme d’une investigation qui le voit notamment éclairer des aspects souvent méconnus de la longue marche vers l’Europe entreprise par la Turquie sous la férule de Kemal Atatürk et de la manière dont les Européens – en particulier les députés européens – la vivent ces dernières années, ce sont des conclusions plutôt négatives qui sont cliniquement tirées par Yiannos Charalambides. À ses yeux, plusieurs facteurs sont de nature à altérer la cohésion de l’Union. Il y a d’abord l’état de la démocratie qui prévaut dans ce pays, avec des carences pour ce qui est, par exemple, des minorités religieuses, des droits des femmes et des enfants ou encore de la liberté d’expression. Il y a ensuite, sur le plan économique, « l’étatisme » qui est un héritage d’Atatürk que l’armée, surtout, s’emploie toujours à faire prospérer. Un autre facteur négatif est précisément la puissance de cette armée, la deuxième en importance du monde occidental après celle des États-Unis, laquelle risque de faire de l’ombre aux forces des « grands » pays actuels de l’Union, ce qui est vrai aussi de manière plus générale tant le poids démographique de la Turquie (seule l’Allemagne conservera sa place) bouleversera l’actuel rapport de forces au sein des rouages institutionnels européens. Donc, juge Yiannos Charalambides, la cohésion de l’Union sera affectée car « il est évident que la variable de l’intérêt national affecte la scène politique et ses développements », le positionnement de la chancelière Merkel et du président Sarkozy en étant très certainement une manifestation. L’auteur s’intéresse aussi au soutien évident qu’apportent les États-Unis à la candidature turque, jugeant qu’il fait naître la crainte que la Turquie puisse devenir la « cinquième colonne » des États-Unis au sein de l’Union. Faut-il réellement s’en émouvoir ? Sans doute. Mais ainsi que le reconnaît l’auteur lui-même, l’Union compte déjà en son sein des pays qui, comme la Grande-Bretagne, la Pologne et la République tchèque, ont déjà « chacun, à plusieurs reprises, soutenu les intérêts américains plutôt que les intérêts de l’Union ». Dès lors, ne serait-il pas malvenu d’éconduire un pays sous le prétexte que certains le suspectent de vouloir se comporter ainsi que le font déjà ouvertement certains États membres ? Ne serait-ce pas manier outrancièrement le deux poids deux mesures ?

Yiannos Charalambides: The Big Bet. Will the Turkish Accession to the EU Threaten the European Cohesion? Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 – fax: 3761727 – Courriel: info@peterlang.com – Internet: www.peterlang.com). Collection « Koinon: Sozialwissenschaftliche interdisziplinäre Studien », n° 8. 2010, 269 p., 39,10 €. ISBN 978-3-631-59055-3.

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