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Fort comme un Turc 26 mai 2011

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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L’Usine Nouvelle (France) no. 3241, jeudi 26 mai 2011, p. 19

Pierre-Olivier Rouaud

Ankara a connu l’an dernier une croissance de 8,9 %, portée par l’investissement. Cette année, elle devrait atteindre 4,6.

L’approche des élections est propice aux promesses grandioses. C’est sans doute ainsi qu’on peut lire, avant les législatives du 12 juin en Turquie, le projet du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan. Ultra-favori des sondages avec son parti islamiste modéré l’AKP, ce Stambouliote de 57 ans veut doubler le mythique Bosphore par un canal de 50 km qui faciliterait le transit entre la mer Noire et celle de Marmara, en limitant les risques de pollution et d’encombrement à Istanbul. Le « kanal », tant par son coût pharaonique que par ses contraintes physiques, a peu de chances d’aboutir. Mais ce projet fou (à vrai dire éclipsé depuis peu par des scandales sexuels impliquant des députés) révèle l’assurance croissante dont la Turquie fait preuve en matière économique ou diplomatique. Côté économique d’abord, c’est l’incroyable rapidité avec laquelle ce pays est sorti de la crise. Après un trou d’air en 2009, Ankara a connu l’an dernier une croissance à la chinoise de 8,9 %, portée par l’investissement. Cette année, elle devrait atteindre 4,6 % et autant en 2012. Certes, l’économie de cette nation de 78 millions d’habitants ne pèse encore qu’un tiers de celle de la France, certes elle a ses faiblesses connues (déficit commercial, inflation, poids du secteur informel…), mais ses performances s’améliorent sans cesse. Alors que sa rivale, la Grèce, lutte avec Hadès, le dieu des Enfers, sur ses comptes publics, la Turquie, elle, tutoie les nuages avec une dette inférieure à 50 % de son PIB et un déficit qui passera sous les 3 % cette année. C’est-à-dire pile dans les critères de Maastricht, comme un clin d’œil à cette Europe rétive à l’adhésion de la Sublime porte. Mieux, le gouvernement assure qu’il aura remboursé 100% de sa dette envers le FMI en 2013, effaçant le souvenir d’un temps pas si lointain où Ankara se trouvait dans la situation d’Athènes. Forte de ces résultats, côté diplomatique, la Turquie endosse peu à peu les habits d’une puissance régionale, non sans ambiguïté. Ce pilier de l’Otan garde l’adhésion à l’Europe comme objectif et participe même aux opérations en Libye. Mais l’affaire de la flottille de Gaza, en 2010, et les stances anti-israéliennes du pouvoir ont renforcé, dans le monde arabe, l’image de ce pays longtemps proche de l’État hébreu. Dans le monde arabe en ébullition, l’ex-colonisateur ottoman ferait figure surtout de modèle alliant islamisme modéré et succès économiques. Une version orientale des chrétiens-démocrates européens. On peut y croire. C’est oublier la terrible lutte à l’oeuvre entre la tendance séculière de l’État, symbolisé par l’armée, et l’AKP, allié au mouvement caritatif Hizmet. Une lutte dont, à vrai dire, les libéraux font les frais. Les forts, souvent, cachent bien leurs fragilités.

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