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Ex-Yougoslavie: dans les manuels scolaires, l’Histoire à géométrie variable 23 juin 2011

Posted by Acturca in History / Histoire, South East Europe / Europe du Sud-Est.
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Agence France Presse, 23 juin 2011

Katarina Subasic

La réconciliation a beau être à l’ordre du jour dans les pays de l’ex-Yougoslavie, avenir européen oblige, la façon dont l’histoire tragique des conflits des années 90 est enseignée diffère selon les pays, entretenant les préjugés sur chaque peuple, déplorent des historiens.

Les manuels d’histoire sont comme « un feu très doux sur lequel la haine mijote patiemment sur une très longue période », explique l’historienne serbe Dubravka Stojanovic, une formule illustrant bien le poids du passé dans les pays des Balkans.

Alors que la Slovénie et la Croatie s’apprêtent à célébrer samedi le vingtième anniversaire de la proclamation de leur indépendance, qui allait marquer le début de la désintégration de la Fédération yougoslave, l’analyse de ces événèments est bien différente, selon que l’on soit Croate ou Serbe par exemple.

Un jeune Serbe apprendra que la guerre en Croatie (1991-1995), qui a suivi la proclamation d’indépendance, a éclaté en raison d’une « intensification des haines inter-ethniques et que l’expression publique du nationalisme (croate) a ravivé les peurs et le souvenir des atrocités commises par les Oustachi », le régime croate pro-nazi pendant la Seconde guerre mondiale.

En Croatie, les jeunes générations découvriront que l’éclatement de l’ex-Yougoslavie résulte du « nationalisme serbe » qui voulait créer « une grande Serbie », incluant les territoires croates peuplés par la minorité serbe.

Un jeune Serbe et un jeune Croate se verront proposer aussi des versions différentes de l’opération « Tempête », qui a précipité la fin de la guerre en Croatie, à l’été de 1995.

Cette opération a permis la libération des « territoires occupés » par les Serbes en Croatie, explique un manuel croate. Il n’explique qu’incidemment qu’elle a eu également pour résultat l’exode vers la Serbie des Serbes de Croatie, « qui redoutaient d’avoir à répondre des crimes qu’ils avaient commis ».

En Serbie, on souligne en revanche que la fin de la guerre en Croatie a été marquée par « les actions de l’armée croate contre la population serbe (…) et l’expulsion de plus de 220.000 Serbes ».

Damir Agicic, universitaire à Zagreb, estime que les manuels manquent de « perspectives multiples » sur l’histoire récente. « La vérité est qu’aujourd’hui, les auteurs (des manuels) écrivent exclusivement sur les souffrances de leurs propres nations et insistent sur la culpabilité des autres » peuples.

En Bosnie, l’analyse historique de la guerre (1992-1995) différera, selon que l’on soit Serbe, Croate ou Musulman.

Le Fonds pour une société ouverte, une ONG bosnienne, a relevé dans une étude des manuels scolaires que chaque communauté souligne son propre rôle dans l’histoire et a recours aux stéréotypes pour les autres.

« Les Bosniaques (Musulmans de Bosnie) se considèrent comme (le peuple) fondateur de la Bosnie alors que les autres (Serbes et Croates) sont perçus comme les détracteurs de cet Etat ».

Les Serbes de Bosnie, quant à eux, « se voient comme des victimes éternelles qui ont toujours voulu la paix », tandis que les Croates sont persuadés d’être « discriminés » par les deux autres communautés, selon cette analyse.

Parler uniquement de sa communauté et négliger le rôle des autres dans les livres d’histoire « sapent le processus d’intégration (des groupes ethniques) comme l’illustre des sondages d’opinions d’étudiants qui considèrent que « la Bosnie n’existe que sur le papier », conclut le document.

Les jeunes générations grandissent, en conséquence, avec « des stéréotypes terribles » sur les uns et les autres, peu propices à la réconciliation, s’alarme Dubravka Stojanovic.

Selon Dubravka Stojanovic, un projet régional réunissant une soixantaine d’historiens va voir le jour en septembre, avec pour objectif de rédiger des suppléments aux manuels actuels portant sur l’histoire récente et comprenant plusieurs points de vue. Il appartiendra aux jeunes de se faire leurs opinions.

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